Star-Trek-into-darkness.jpgde J.J. Abrams (USA)

Avec Chris Pine, Zacchary Quinto, Benedict Cumberbatch, Simon Pegg, Zoe Saldana, Karl Urban, Peter Weller, Alice Eve

 

Au moment de la sortie de son premier Star Trek, alors qu’un journaliste lui demandait de définir ce que pourrait être la séquelle d’une préquelle, J.J. Abrams avait répondu : « un remake ». Derrière la boutade, le cinéaste mettait en avant la complexité liée aux multiples déclinaisons qu’Hollywood fait subir depuis le début des années 2000 à la majorité de ses films à succès : remakes, suites, prequels, reboots, crossovers, spin-off… Pour compliquer davantage les choses, Abrams a décidé de situer les aventures de son  Star Trek dans une réalité parallèle alternative, s’autorisant ainsi à puiser dans le très riche patrimoine créé par Gene Roddenberry et ses successeurs, tout en réorganisant les données à sa sauce et en toute liberté.  

 

Star Trek Into Darkness permet d’apprécier pleinement le potentiel de ce parti pris expérimental. L’équipage de l’Entreprise ayant été constitué dans le film précédent, l’action peut démarrer sur les chapeaux de roues sans nécessité de présentations préalables. Un pré-générique conçu sur le modèle de ceux des James Bond nous coupe donc le souffle dès les premières minutes : course-poursuite échevelée sur une planète écarlate peuplée d’aliens primitifs, menace d’une colossale éruption volcanique, tensions extrêmes lorsqu’un des héros décide de se sacrifier, compte à rebours décisif… Après cette entrée en matière explosive, l’intrigue se met en place sur la Terre du futur. Alors que Kirk est rétrogradé pour cause d’insubordination, un terrible double attentat frappe la Fédération et oblige les membres de l’Enterprise à parcourir l’espace à la recherche d’un terroriste impitoyable dont les intentions sont énigmatiques. Leur périple les conduit en territoire ennemi, dans une zone habitée par le peuple Klingon, mais ils sont loin d’être au bout de leurs surprises.

 

Le tour de force scénaristique de Star Trek Into Darkness réside dans la construction d’une intrigue totalement originale, mais dont la majorité des éléments narratifs proviennent pourtant d’un autre film : le fameux  Star Trek 2 réalisé en 1982 par Nicholas Meyer. Du coup, nous n’avons affaire ni à un remake, ni à une prequel, mais plutôt à une variante audacieuse qui met tout particulièrement l’accent sur les dilemmes, les choix cornéliens, les luttes intestines et les coups de théâtre. L’humain est donc au cœur de l’aventure, comme toujours chez J.J. Abrams, et même les séquences d’action les plus extrêmes (la fusillade en pleine cité, les combats spatiaux, l’hallucinante poursuite finale) sont sous-tendue par des enjeux personnels qui, souvent, se redéfinissent en cours de route.

 

L’implication du spectateur est donc totale, d’autant que Benedict Cumberbatch, transfuge de la série Sherlock, nous hypnotise quasiment à chacune de ses apparitions, son charisme imprégnant durablement l’écran. D’un seul regard, d’une seule intonation, le comédien s’impose et devient la figure centrale du drame, les posters du film ne laissant aucune ambiguïté à cet égard. Le seul véritable reproche qu’on pourrait adresser au film est son absence de dimension métaphysique ou politique, deux composantes pourtant essentielles de l’univers imaginé par Roddenberry. Mais les intentions de J.J. Abrams se situent ouvertement ailleurs, sur le terrain brut de la tragédie à échelle humaine et du conflit interne. Et dans ce domaine, force est de reconnaître que Star Trek Into Darkness est une prodigieuse réussite.

 


© Gilles Penso
Thema: Space Opera, Extra-Terrestres, Futur

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