Mercredi 11 juin 2008
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17:31
(Gritos en la Noche)
de Jess Franco (Espagne/France)
avec Howard Vernon, Ricardo Valle, Diana Lorys, Conrado San Martin, Perla Cristal, Maria Silva, Mara Laso, Venancio Muro
Le DVD est
disponible ici
Pour son premier film d’épouvante, Jess Franco est allé chercher l’inspiration du côté de Georges Franju, son Horrible Docteur Orloff étant un remake à peine déguisé des
Yeux Sans Visage sortis sur les écrans français deux ans plus tôt. Succédant à Pierre Brasseur, Howard Vernon (l’acteur fétiche de Franco qui joua dans plus de quarante de
ses films) incarne donc le docteur Orloff du titre, un chirurgien rendu fou de chagrin lorsque sa fille Melissa fut défiguré au cours d’un incendie dans son propre laboratoire. Pendant six mois, il
l’a maintenue en vie, assassinant cinq jeunes filles pour reconstruire son visage avec une peau neuve. Tout ceci a un petit air de déjà vu, n’est-ce pas ? Mais Franco étant un amateur de péripéties
rocambolesques et de visions fantasmagoriques, il ajoute à ce refrain connu quelques éléments de son cru. Le plus mémorable d’entre eux est Morpho (Ricardo Valle), une espèce de robot à tête
humaine, drapé de noir comme Dracula, dont les yeux ressemblent presque à des balles de ping-pong et dont le maquillage blafard évoque celui de Christopher Lee dans Frankenstein s’est
échappé.
Cliniquement mort, cet ancien tueur psychopathe a été « ressuscité » par Orloff, qui s’en sert désormais de fidèle serviteur. Errant nuitamment dans les rues parisiennes, les deux hommes capturent
leurs proies féminines, les camouflent dans un cercueil, les trimballent dans une carriole, puis dans une barque jusque dans un laboratoire secret dissimulé dans un sinistre château digne des films
Universal. Le film est d’ailleurs serti dans une magnifique photographie noir et blanc, signée, Godofredo Pacheco, laquelle crève l’écran lors des séquences nocturnes dans les ruelles pavées du
début du siècle, ainsi que dans les intérieurs expressionnistes du château. La police finit par se pencher sérieusement sur l’affaire, via l’inspecteur Tanner (Conrado San Martin) et son bras
droit, dont les joutes verbales apportent un humour bienvenu et inattendu en pareil contexte. L’enquête policière elle-même prend une tournure plutôt intéressante, notamment au cours de la séquence
du portrait robot, où les témoignages contradictoires permettent de comprendre que les malfrats sont deux individus distincts.
Ainsi, même si l’intrigue emprunte des voies fort connues et s’achemine vers un dénouement prévisible, le film se suit sans déplaisir. Notamment lorsque la célèbre ballerine Wanda Bronsky (Diana
Lorys), fiancée de Tanner, décide de mener sa propre enquête en se faisant passer pour une fille de joie, quitte à servir elle-même d’appât au sinistre Orloff. L’érotisme et l’horreur, qui feront
partie intégrante de l’œuvre à venir de Jess Franco, sont déjà présents, mais à l’état embryonnaire (une paire de seins par ci, un visage décomposé par là), et le cinéaste fait ici preuve d’une
précision et d’une minutie qu’on ne retrouvera guère dans ses mises en scène futures. Comme si L’Horrible Docteur Orloff avait été conçu pour qu’ils puisse démontrer son savoir-faire
technique afin der mieux s’en défaire ultérieurement et de livrer des œuvres plus brutes et plus conceptuelles.
© Gilles Penso
Thema: Médecine en folie
Par Gilles Penso
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Publié dans : les films de Jess Franco
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