Phase IV est un film très curieux, quasi expérimental, qui marque les débuts de Saul Bass aux commandes d’un long-métrage. A son génie visuel, nous devons les extraordinaires génériques
animés d’une soixantaine de films, notamment L’Homme au Bras d’Or, Le Tour du Monde en 80 Jours, Sueurs Froides, La Mort aux Trousses, Spartacus, Exodus, West Side Story, Bunny Lake a disparu,
Grand Prix, Alien, Les Nerfs à Vif et Casino. A travers ses splendides storyboards, il participa aussi activement au découpage de la célèbre scène de la douche de Psychose. L’homme est donc un vétéran ayant touché à tous les genres, y compris au documentaire en tant que réalisateur, et son
entrée dans la fiction pour le grand écran prend la tournure d’une fable de science-fiction conceptuelle, reposant sur un scénario de Mayo Simon.
A cause d’un déséquilibre écologique, des fourmis douées d’une redoutable intelligence se regroupent en Arizona et passent à l’attaque. James R. Lesko (Michael Murphy) et Ernest D. Hobbs (Nigel
Davenport), deux scientifiques, s’installent dans un dôme rempli d’équipements électroniques afin d’interpréter le langage des fourmis. Après qu’elles aient détruit leur véhicule et, du même coup,
leur générateur d’énergie principal, ils répandent un poison ocre autour du laboratoire, tuant des millions d’entre elles. Les survivantes trouvent un antidote et, de plus en plus fortes, se
retournent contre leurs agresseurs. Mais l’insecticide a également tué des fermiers imprudents qui cherchaient refuge dans le dôme. Au petit matin, leur cadavre jauni gît dans la carcasse de leur
camion. Kendra Eldridge (Lynne Frederick), une jeune fille qui a survécu à l’empoisonnement, se joint bientôt aux deux scientifiques…
Le sujet de Phase IV est à la fois fascinant et terrifiant, dans la mesure où il repose sur des faits scientifiques indiscutables, d’autant qu’il est traité avec un maximum de réalisme. Mais
le style du film, qui privilégie les images emblématiques au détriment de la psychologie de ses personnages (tant humains que fourmis) atténue beaucoup son impact. Jouant au maximum la carte de
l’épure, le scénario se concentre uniquement sur trois personnages, mais exploite très évasivement la claustrophobie et l’angoisse de ce huis clos représenté par le dôme, entièrement cerné par les
dangereux hyménoptères.
Les prises de vues des fourmis, qui n’ont rien à envier à celles des meilleurs documentaires animaliers, sont très impressionnantes, d’autant qu’elles ne doivent rien aux effets spéciaux (ce qui
implique hélas le massacre d’innombrables insectes pour les besoins du film). Quelques images choc ponctuent également Phase IV, comme l’araignée dévorée en quelques secondes par une horde
de carnassières, les tours gigantesques bâties par les fourmis, la main du cadavre d’où s’échappent les dangereux insectes (une vision qui servira de support au fameux poster du film), ou le
scientifique échoué dans un piège et bientôt recouvert de milliers d’entre elles. Le final, très ouvert, est un peu escamoté, une voix off nous expliquant ce que des images auraient pu nous faire
comprendre avec un impact bien plus fort.
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Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…
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