de  Mathieu Kassovitz (France)
avec Vin Diesel, Mélanie Thierry, Michelle Yeoh, Lambert Wilson, Mark Strong, Charlotte Rampling, Gérard Depardieu


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Il est difficile, quand on réalise un film d’anticipation, de s’affranchir de l’influence de ses prédécesseurs. Et de prime abord, Babylon A.D. évoque beaucoup Les Fils de l’Homme et Le Cinquième Elément, dont il reprend un certain nombre de thématiques. Pourtant, Mathieu Kassovitz parvient sans peine à s’extraire de l’influence d’Alfonso Cuaron et Luc Besson, affirmant sa personnalité par une mise en scène exemplaire et une direction artistique minutieuse. Tourné en grande partie en République Tchèque, avec un budget confortable mais sans commune mesure avec celui d’une production américaine analogue, l’auteur de La Haine tire au mieux parti des décors sinistres conçus par Sonja Krauss et Paul Cross et des excellents effets visuels de Buf Compagnie pour bâtir de toutes pièces un 21ème siècle guère reluisant.

Co-écrit avec Eric Besnard, le scénario puise sa source dans le roman « Babylon Babies » de Maurice G. Dantec, sans jamais chercher à respecter le texte à la lettre. Vin Diesel est le mercenaire Toorop, un homme désabusé ayant mené de nombreux combats et survécu à toutes les guerres qui ont ravagé la planète depuis des décennies. Désormais, la mafia règne sur l’Europe de l’Est, et Gorsky (Gérard Depardieu), un puissant chef de gang, confie à Toorop une mission délicate : convoyer de Russie jusqu’à New York une mystérieuse jeune fille prénommée Aurora (Mélanie Thierry) pour la remettre aux mains d’un ordre religieux tout puissant…

L’arrivée à New York matérialise deux autres influences : Blade Runner de Ridley Scott et le magazine « Métal Hurlant », fer de lance de la culture parallèle des années 80. Mais une fois de plus, Kassovitz affiche sa propre singularité. Derrière la colossale mise en œuvre technique, derrière les innombrables difficultés ayant émaillé le tournage, son style et son caractère sont omniprésents. Sa direction d’acteurs instinctive, ses choix musicaux audacieux, son rapport à l’individu immergé dans un contexte socio-politique aux allures de poudrière, tout ce qui séduisit les fans de la première heure de Métisse et La Haine est dans Babylon A.D., une bande dessinée en chair et en os mais aussi un drame intimiste, un bon gros film de science-fiction mixé à une parabole sur la valeur de la vie, la préservation de l’enfance et des générations futures.

Bien sûr, le film n’est pas exempt de faiblesses, mais elles prennent plus l’allure de frustrations que de fautes de goût, comme si la tourmente du tournage avait empêché Kassovitz de s’attarder suffisamment sur ses personnages. Pourquoi les batailles mettant en scène Michelle Yeoh sont-elle si peu lisibles et si confuses ? Pourquoi le personnage énigmatique campé par Charlotte Rampling, véhiculant l’idée passionnante que toute religion n’est qu’un business comme les autres, est-il à peine survolé ? Pourquoi le scientifique incarné par Lambert Wilson verse-t-il à ce point dans la caricature ? Ces questions trouvent probablement leur réponse dans la densité du matériau littéraire ayant servi de base au scénario. Pour pouvoir traiter en profondeur toutes les thématiques et tous les protagonistes rattachés au récit, il eut fallu sans doute rallonger le métrage d’une bonne heure.

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