de Ruggero Deodato (Italie)
Avec Francesca Ciardi, Perry Pirkanen, Robert Kerman, Lucas Barbareschi, Gabriel Yorke, Salvatore Basile


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Reprenant les thématiques qu’il développa deux ans plus tôt dans Le Dernier Monde Cannibale, Ruggero Deodato signe avec Cannibal Holocaust le plus marquant et le plus controversé des films italiens consacrés aux rites anthropophages de peuplades primitives. L’entrée en matière, quasiment idyllique, ne laisse guère imaginer les abominations que réserve le long-métrage au spectateur. Car les premiers plans sont des vues aériennes d’une splendide jungle sud-Américaine, tournées dans la région Colombienne et serties dans une langoureuse mélodie que composa le très prolifique Riz Ortolani (La Vierge des Nurenberg, Danse Macabre, Les Fantômes de Hurlevent). Le récit se centre alors sur Harold Monroe, un éminent anthropologue new-yorkais qui dirige une expédition au cœur d’une forêt dense et peu connue surnommée « l’enfer vert », quelque part aux alentours du Brésil.

Son équipe est à la recherche de quatre occidentaux partis tourner un documentaire sur les tribus cannibales, sous la direction du cinéaste Alan Yates. Au beau milieu de deux peuplades anthropophages, les Yakumo et les Yamami, l’équipe de secours trouve les cadavres amochés des documentaristes ainsi que plusieurs bobines de films. De retour à New York, Monroe se voit confier par la télévision la présentation d’une émission spéciale consacrée à l’expédition d’Alan Yates. Il visionne alors les morceaux de pellicule trouvés dans la jungle, en compagnie des producteurs, et le résultat s’avère horrifiant… pour lui comme pour les spectateurs du film. On y voit en effet Yates et son équipe torturer, violer et tuer sans aucun scrupule les membres des tribus qu’ils rencontrent, afin d’obtenir les images les plus choquantes possibles. En l’occurrence, ils ne sont guère déçus, car les indigènes se vengent de fort sanglante manière.

Ruggero Deodato s’efforce ainsi de dénoncer les atrocités du monde dit civilisé, et de détourner le cliché du sauvage cannibale, mais la complaisance des séquences d’horreur laisse dubitatif quant à l’honnêteté véritable de ses intentions. Des jambes y sont tranchées à la machette, une femme adultère avortée violemment par des sauvageonnes surexcitées, les viols, les émasculations et les empalements s’y étalent sans retenue. Sans compter les multiples massacres d’animaux qui, eux, ont réellement été commis face à la caméra : tortue éviscérée, rat-musqué écorché vif, cochon abattu d’une balle en pleine tête, serpent décapité… Autant de séquences scandaleuses et parfaitement gratuites qu’aucun film ne saurait justifier.

L’ensemble est filmé avec un réalisme tel qu’on jurerait visionner les images d’un véritable reportage, et c’est sans doute là que Cannibal Holocaust tire la majeure partie de sa force. Deodato entretint d’ailleurs le doute à ce sujet, à tel point qu’il fut condamné par un tribunal et contraint de prouver  la non-authenticité des prises de vues. Une fois cette affaire réglée, Cannibal Holocaust n’en demeura pas moins interdit de projection partout dans le monde, pour cause d’obscénité, et ne fut visible qu’à partir de 1983, date à laquelle le réalisateur, malin, tira profit de ce bannissement pour en faire l’un des éléments clefs de la promotion du film.

© Gilles Penso

Thema:
Cannibales

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