(Sweeney Todd, the Demon Barber of Fleet Street)
de Tim Burton (Etats-Unis)
avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Tomothy Spall, Sacha Baron Cohen, Jayne Wisener
Avec Johnny Depp (son acteur fétiche depuis Edward aux Mains d’Argent), Helena Bonham Carter (son épouse à la ville), une
partition chantée (comme dans L’Etrange Noël de Monsieur Jack), des décors gothiques (à l’instar de Sleepy Hollow) et le récit d’un monstre humain isolé de ses semblables (la
thématique de quasiment tous ses films), Tim Burton semblait, avec Sweeney Todd, fouler sans trop d’audace des sentiers bien familiers. Mais ce n’était qu’une apparence. Car si Sweeney
Todd marque indéniablement l’empreinte du réalisateur d’Ed Wood, ce dernier ne nous avait guère habitué à une telle noirceur. Œuvre puissante, désespérée, violente et profondément
émouvante, cette adaptation d’un show musical très populaire de Stephen Sondheim (lui-même inspiré d’une vieille légende urbaine londonienne) semble même marquer un tournant inattendu dans la
filmographie burtonienne.
Alors que Big Fish, Charlie et la Chocolaterie et Les Noces Funèbres nous rabibochaient avec un auteur ayant quelque peu perdu son mordant, Sweeney Todd semble nous
montrer son nouveau visage. L’exploit est d’autant plus étonnant que l’auteur-compositeur Sondheim a tenu à valider la moindre des décisions artistiques du film, Burton ayant même eu besoin de son
aval pour pouvoir engager ses acteurs ! L’histoire, mélodramatique en diable, concerne le barbier Barker, injustement incarcéré après que l’ignoble juge Turpin (excellent Alan Rickman) ait jeté son
dévolu sur son épouse Lucy puis adopté sa fille Johanna.
Quinze ans plus tard, le barbier s’évade, regagne Londres sous l’identité de Sweeney Todd et, ivre de vengeance, regagne son ancienne échoppe. Là sévit désormais Madame Lovett, une piètre
pâtissière qui se vante de vendre « les pires tourtes de la ville » et qui, secrètement amoureuse de cet homme brisé, accepte de l’aider à prendre sa revanche. Animé par une folie meurtrière depuis
qu’il a appris que sa fille est cloîtrée chez Turpin et que son épouse s’est empoisonnée, Todd égorge désormais tous ses clients et se débarrasse des corps avec la complicité de Miss Lovett, qui
trouve là une matière première inespérée pour ses tourtes à la viande… Lesquelles, comble d’ironie, deviennent les plus prisées de toute la ville !
Un tel postulat, doublé d’une trentaine de chansons interprétées par l’ensemble du casting, aurait pu muer Sweeney Todd en farce grand-guignolesque et satirique, une sorte de Petite Boutique des Horreurs version mousse à raser. Il n’en est rien. Le drame y est douloureux, les émotions exacerbées, et les
meurtres sacrément gratinés. « Avec un film qui parle de meurtres en séries et de cannibalisme, les gens se doutent qu’ils ne vont pas voir La Mélodie du Bonheur ! », confesse
Burton. « Mais la violence du film est très exagérée. Notre sang rouge vif est plus proche des films de la Hammer que de Hostel. » (1) Porté par un casting habité, une partition
envoûtante et une direction artistique sublime (les « Universal Monsters » des années 30 ne sont pas loin), Sweeney Todd est donc une œuvre pleine de surprise, dont la conclusion nihiliste
accentue encore l’impact.
(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2008
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Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…
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