de Francis Leroi (France)
Avec Anny Duperey, Jean-Claude Brialy, Pierre Santini, Cerise, Gabriel Cattand, Catherine Alcover, Juliette Brac, Bruno Bruneau


Le Démon dans l’Île est un vrai petit chef d’œuvre du cinéma fantastique français, passé injustement inaperçu malgré le « prix du suspense » qui lui fut décerné à Avoriaz en 1983. Anny Duperey prête sa beauté froide et altière à Gabrielle Martin, une jeune femme médecin venue s'installer sur une petite île de la Manche après la mort de son mari et de son fils dans un accident de la route. Le Conseil Municipal a voté à l’unanimité son arrivée dans la mesure où son confrère, le docteur Marshall, installé sur l’île depuis huit ans, n’inspire plus confiance. Et c’est Jean-Claude Brialy, formidable dans un contre-emploi inquiétant et douceâtre, qui incarne le médecin en disgrâce…

Le Démon dans l’Île instille l’angoisse dès sa séquence prégénérique, lorsque le maire de l’île se taillade la joue et le cou avec force jets de sang à cause d’un rasoir apparemment défectueux. Plus tard, deux yeux brillent dans l’obscurité d’un magasin d’électroménager et se fixent sur une cafetière. Le lendemain, la ménagère qui a acheté la cafetière a le visage horriblement ébouillanté par un jet de vapeur de l’appareil qu’elle vient d’acheter. Puis c’est une mère de famille qui se fait offrir pour son anniversaire un couteau électrique. Son mari installe la lame et l’appareil, pourtant pas branché, se met tout de suite en marche, lui sectionnant deux doigts. Plus le film avance, plus les dégâts causés par les objets du quotidien s’avèrent effroyables : une fillette se fait offrir un petit ours joueur de tambour qui lui crève un œil avec une de ses baguettes, un homme se coupe la bouche avec une coupe à champagne qui lui éclate dans la main…

Les scènes de suspense sont très réussies, et les effets sanglants simples mais diablement efficaces. Sans parler des bruitages stressants au possible. La moindre cocote minute, le moindre barbecue s’avèrent alors aussi inquiétants qu’un Jason ou un Michael Myers ! L’efficacité de la mise en scène de Francis Leroi atteint son apogée dans cette séquence de cuisine où tous les objets – téléviseur, épluche légumes, plaque chauffante, mixer – s’avèrent menaçants. C’est Destination Finale avec vingt ans d’avance. La clef de l’énigme semble résider dans la petite supérette côtière où se réfugie nuitamment un enfant étrange au crâne hypertrophié et aux apparents pouvoirs télékinétiques. Et l’on repense alors à la nouvelle « La Maison Enragée » de Richard Matheson, dans laquelle le romancier écrivait : « une puissance vindicative avait pris racine dans la maison et insufflait une vie sauvage aux objets inanimés. »

Le film emprunte même les voies du giallo lorsque Marshall, ganté de noir, un rasoir effilé à la main, approche de Gabrielle coincée devant une porte fermée et lui lance cette savoureuse réplique à double sens : « voulez-vous que je vous ouvre ? ». Brialy collectionne d’ailleurs les dialogues cinglants (« je trouve que la mort est un châtiment très médiocre. ») jusqu’à un final surréaliste où il s’enfonce lentement dans la terre d’un cimetière brumeux. Dommage que Francis Leroi se soit ensuite reconverti dans les téléfilms érotiques anonymes, car il prouvait ici un indéniable savoir-faire en matière d’épouvante et d’effroi. Bien plus qu’un Jean Rollin ou qu’un Jess Franco, seuls praticiens réguliers du genre en nos contrées à cette époque.

© Gilles Penso

Thema: Objets vivants, enfants, pouvoirs paranormaux
Tag(s) : #FILMS