de Robert Hardy (Grande-Bretagne)
Avec Edward Woodward, Christopher Lee, Britt Ekland, Ingrid Pitt, Diane Cilento, Lindsay Kemp, Russell Waters, Aubrey Morris


C’est Anthony Shaffer, brillant scénariste de Frenzy et du Limier (d’après sa propre pièce), qui initia le projet The Wicker Man en s’inspirant du livre « Ritual » de David Pinner. Son idée initiale était de proposer une alternative aux films d’épouvante classiques qui inondaient depuis la fin des années 50 les salles de cinéma britanniques. Pari tenu, car The Wicker Man, à mi-chemin entre le drame horrifique, la satire sociale, la comédie musicale et l’exercice surréaliste, est un chef d’œuvre absolu réalisé de main de maître par Robert Hardy et agrémenté de magnifiques ballades folk signées Paul Giovanni.

Le sergent Howie (Edward Woodward), un policier austère et bigot, débarque sur une île d’Ecosse pour enquêter sur la disparition d’une fillette nommée Rowan Morrison. Il découvre sur place une communauté joyeuse aux mœurs étranges. A l’auberge du coin, tout le monde entonne des chansons paillardes à l’attention de la jolie fille du tavernier, l’accorte Willow (Britt Ekland) qui, le soir même, chantonne en se déhanchant nue dans sa chambre pour séduire le policier. Dans les bois, le spectacle nocturne vaut aussi son pesant de cacahuètes : les couples y font l’amour par dizaines tandis que des femmes nues se lamentent contre des pierres tombales. Notre aimable sergent n’est pas au bout de ses surprises. Au matin, les enfants chantent et dansent autour d’un mat phallique. « C’est l’image du pénis, qui est vénéré dans des religions comme la nôtre, car il symbolise les forces génératrices qui font la nature », explique joyeusement l’institutrice à ses collégiennes. « Les enfants trouvent qu’il est plus facile d’imaginer la réincarnation que la résurrection », poursuit-elle à l’attention de Howie lorsque celui-ci, outré par son enseignement, évoque le christianisme.

Sur cette île qui semble frappée par une folie collective, les adultes mettent des grenouilles vivantes dans la bouche des enfants pour leur faire passer les maux de gorge, des arbres sont plantés sur les tombes avec le cordon ombilical du défunt accroché à une branche, les morts sont « protégés par l’éjaculation des serpents » et les jeunes filles dansent nues autour d’un feu pour être fécondées par les anciens dieux. Le tout-puissant Lord Summerisle (l’excellent Christopher Lee), petit-fils de celui qui colonisa l’île et raviva le culte païen des habitants, veille sur ce beau monde d’un regard bienveillant. Le voir chanter et danser pendant la fête des moissons, affublé d’une grande robe à fleurs et d’une longue perruque brune, est un spectacle tout à fait croquignol !

Mais la comédie burlesque vire finalement au drame horrifique lors du dernier quart d’heure du film, au moment de l’exhibition du colossal homme d’osier. The Wicker Man dénonce-t-il la foi chrétienne ou les rites païens ? Qu’importe ! Ici, aucune religion ne ressort grandie, et le message semble justement être agnostique. Trop de foi aveugle, trop de rites religieux mènent à la mort et à la destruction. Echec cuisant lors de sa sortie en 1973, The Wicker Man s’est mué depuis en œuvre culte générant une communauté de fans inconditionnels et très actifs. Quant à Christopher Lee, il est formel : à ses yeux, il s’agit du meilleur film de sa longue et prolifique carrière.

 

© Gilles Penso
Thema: Dieu
Tag(s) : #FILMS