de Russell Mulcahy (Australie)
avec Gregory Harrison, Chris Haywood, Bill Kerr, Arkie Whiteley, Judy Morris, David Argue, John Howard, John Ewart, Don Smith


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Prestigieux réalisateur de vidéoclips dans les années 80, Russel Mulcahy revint dans son Australie natale pour diriger Razorback, son premier long-métrage. Dans la petite ville de Gramulla vivent le vieux chasseur Jake Cullen et son neveu de deux ans Scotty. Un soir de tempête, un sanglier gigantesque, le razorback, surgit sans crier gare, détruisant la maison et emportant l’enfant. Au cours de l’enquête qui suit, personne ne croit au témoignage de Jake, qu’on prend désormais pour un vieux fou. Deux ans plus tard, Beth Winters, une journaliste new-yorkaise de la ligue mondiale de défense des animaux, vient sur place faire un reportage sur le massacre des kangourous. L’accueil des autochtones est pour le moins glacial. Cullen, pour sa part, est désormais obsédé par la chasse au razorback, fidèle au motif classique de Moby Dick et du capitaine Achab.

Un soir, Beth filme deux chasseurs, les frères Baker, qui la prennent en chasse avec leur camionnette rouillée et customisée façon Mad Max 2 et s’apprêtent à la violer. Mais un bruit sourd leur fait prendre la fuite. Bientôt, le razorback défonce la voiture de Beth et l’emporte dans sa gueule. Dans cette scène très efficace, le sanglier n’est aperçu que furtivement, suivant le modèle des Dents de la Mer. Karl, l’époux de Beth, débarque alors à Gramulla pour retrouver sa trace. Il mène l’enquête, part chasser avec les frères Baker qui l’abandonnent en pleine nuit, et se retrouve plongé dans les étendues désertiques et boueuses de l’Australie profonde. Après une nuit éprouvante passée dans la campagne glaciale, juché sur une éolienne, il cherche son chemin et se retrouve en proie à des hallucinations. Il semble alors traverser des étendues post-apocalyptiques, fouler le sol d’une planète inhospitalière. La terre se fissure comme en proie à un séisme colossal, des squelettes de sanglier surgissent du sol, des monolithes de pierre s’érigent sur un sol craquelé… Le temps d’un plan furtif, Karl croit même que Sarah, la jeune femme qui l’a recueilli et soigné, a un visage de sanglier !

Esthétiquement, Razorback est une pure merveille, pour peu qu’on accepte le visuel artificiel alors très en vogue dans les années 80, que Mulcahy hérite de son expérience du clip. Toutes les lumières sont abondamment filtrées, les nuits balayées par des sources de lumière irréelles, les avant-plans savamment composés, les transitions nerveuses et inventives (le cinéaste en fera sa marque de fabrique pour Highlander). Les cieux sont rouges, les nuits bleutées, et le chef opérateur Dean Semler (déjà à l’œuvre sur Mad Max 2) abuse des contre-jours, des mouvements de grue et des fumigènes… Parfois, la pilule est dure à avaler, notamment avec ces cieux écarlates à la Autant en Emporte le Vent
ou ces projecteurs géants noyés dans les fumigènes qui percent sans raison l’obscurité nocturne en dessinant des faisceaux dans les arbres. La musique synthétique elle-même a pris un sacré coup de vieux. Mais le film demeure un spectacle de haut niveau, bénéficiant d’un monstre animatronique extrêmement efficace (conçu par Bob McCarron), nous offrant une belle galerie de rednecks australiens, et s’achevant sur un affrontement spectaculaire dans l’usine des frères Baker.
© Gilles Penso

Thema: Mammifères
Tag(s) : #FILMS