Suite aux succès de Bad Taste et Les Feebles, Peter Jackson s’est décidé à passer à la vitesse supérieure avec Braindead, améliorant sa mise en scène, complexifiant son
scénario et multipliant les défis techniques malgré un budget toujours très modeste. Il n’hésite pas, du coup, à reconstituer la Nouvelle-Zélande des années 50 à l’aide d’astucieuses maquettes ou
d’user à outrance du steadycam pour dynamiser ses cadrages. Rétrospectivement, il est savoureux de revoir les allusions à King
Kong qui ponctuent le début du film, preuve que le parcours de Jackson suit depuis le début une ligne directrice logique. Braindead démarre en effet sur l’île du Crâne, au sud-ouest
de Sumatra (les connaisseurs apprécieront !).
Là, un zoologiste brave les indigènes et capture un singe-rat vorace, au prix de sa vie. Ainsi le ton est-il donné dès la scène pré-générique. Après l’allusion au chef d’œuvre de Schoedsack et
Cooper, nous avons droit à une parodie du prologue des Aventuriers de l’Arche Perdue, puis au gag très sanglant de
l’homme découpé à la machette... Ce n’est pourtant rien à côté de ce qui suit, c’est-à-dire une hystérie collective dans laquelle le sang gicle à un débit rarement vu à l’écran, ce qui valut à
Braindead le titre fort convoité de film le plus gore de l’histoire du cinéma, carrément ! Le mal prend ses racines au zoo dans lequel a été transféré l’animal hybride, et où se promènent
Lionel (Tim Balme) et Paquita (Diana Penalver), qui viennent de tomber amoureux l'un de l'autre.
Mais la très possessive mère de Lionel, qui les espionne, se fait mordre par le singe-rat. Le monstre est animé image par image (maladroitement mais non sans charme) par Peter Jackson himself,
lequel avoue ouvertement le clin d’oeil à Ray Harryhausen en plaçant dans la chambre de Lionel une affiche du Monstre des Temps
Perdus. Une fois mordue, la mégère massacre la bestiole, très énervée, puis se mue progressivement en zombie avant de contaminer tout son entourage : une infirmière, le Père McGruder, un
nourrisson, un gang de teenagers et une bande de fêtards invités par le cupide Oncle Les. L’assaut final des zombies dans la grande maison, version hard de celui de La Nuit des Morts-Vivants, accumule de tels débordements gore qu’il en devient forcément jubilatoire.
L’imagination de Jackson et de son expert ès effets spéciaux Richard Taylor fonctionnent à plein régime, nous offrant des démesures sanglantes inédites : l’homme au visage arraché comme un masque
révélant un crâne grimaçant, la fille dont la tête plantée dans une ampoule s’allume à la manière d’un abat-jour, le zombie coupé en deux qui traîne derrière lui une colonne vertébrale et quelques
organes rampants… Sans parler du massacre à la tondeuse à gazon, qui bat tous les records ! Assez curieusement, au milieu de ces débordements, l’idylle très naïve du jeune couple vedette a
quelque chose de touchant, probablement grâce à la spontanéité et à la fraîcheur de Diana Penalver et Tim Balme, imperturbablement sérieux au beau milieu de ce gigantesque bain de sang
parodique.
Avis aux amateurs d'effets spéciaux
Le livre STOP-MOTION, L'ANIMATION IMAGE PAR IMAGE DANS LE CINÉMA FANTASTIQUE, aujourd'hui épuisé, est désormais disponible en ligne. Pour en savoir plus, cliquez ici.
:
Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…
Derniers Commentaires