(Die Another Day)
de Lee Tamahori (Grande-Bretagne)
avec Pierce Brosnan, Halle Berry, Toby Stephens, Rosamund Pike, Rick Yune, Judi Dench, John Cleese, Michael Madsen, Madonna


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Les James Bond des années 90 étaient parvenu tant bien que mal à se remettre au goût du jour après l’explosion des blockbusters d’action produits par Joel Silver et Jerry Bruckheimer. Mais début 2000, les temps ont changé, et trois Austin Powers se sont chargés de tourner en dérision les poncifs inhérents à la mythologie James Bond. Pour célébrer les quarante ans cinématographiques de l’agent secret britannique et inaugurer le nouveau millénaire, un retour aux sources, à l’espionnage pur et dur et à des enjeux dramatiques plus réalistes eut donc été de bon aloi. Bizarrement, Lee Tamahori et ses producteurs ont opté au contraire pour la surenchère et l’excès. Triste corollaire de ce parti pris, Meurs un autre jour contient quelques-unes des séquences les plus outrancièrement grotesques de toute la saga et se mue en gigantesque parodie involontaire.

Pourtant, la séquence prégénérique laissait beaucoup d’espoir : un agent 007 qui échoue dans sa mission, est abandonné par ses supérieurs, croupit pendant de longs mois dans une cellule crasseuse, subit tortures raffinées et interrogatoires musclés… Voilà qui laissait augurer du changement. Mais dès que Pierce Brosnan échappe à ses geôliers et réendosse son smoking, nous nous retrouvons en plein festival des clichés, lesquels sont décuplés par une envie manifeste d’en mettre plein la vue. Du coup, les gadgets deviennent improbables (la voiture de Bond est carrément invisible !), les séquences d’action absurdes (Brosnan fait du surf des neiges sur un bout de carcasse via un trucage assez risible) et l’intervention des James Bond girls caricaturale (Hale Berry sort des eaux au ralenti en imitant grossièrement Ursula Andress).

Mais ce n’est rien à côté du climax dans lequel deux voitures bourrées de gadgets se poursuivent et se lancent des roquettes à l’intérieur d’un gigantesque palais de glace qui s’effondre sous les flots tandis que l’héroïne est sur le point de se noyer et qu’un satellite lance des rayons laser tout autour ! Au passage, Meurs un autre jour s’efforce de rendre hommage aux films qui l’ont précédé, notamment dans le laboratoire de Q où trônent pêle-mêle la chaussure avec couteau rétractable de Bons Baisers de Russie, le réacteur dorsal d’Opération Tonnerre, ou encore l’avion monoplace et le bathyscaphe-crocodile d’Octopussy. Mais l’élément le plus important manque hélas à l’appel : Desmond Llewelyn, décédé juste après le tournage de Le Monde ne Suffit Pas, et remplacé ici par John Cleese qui s’acquitte plutôt bien de cette lourde succession.

Il y a bien quelques scènes réjouissantes dans Meurs un autre jour, comme ce brutal duel à l’épée entre Bond et Gustav Graves (Toby Stephens), et une poignée de seconds rôles réussis, notamment l’inquiétant Zao (Rick Yune) dont le visage est constellé de diamants. Mais ces trouvailles se noient dans un fatras trop indigeste pour convaincre. A l’avenant, la partition de David Arnold continue à mixer les orchestrations de John Barry et les sons électroniques, mais l’inspiration n’est plus au rendez-vous, malgré un ultime hommage plutôt réussi au thème principal d’On ne vit que deux fois.



© Gilles Penso

Thema: Espionnage et Science-Fiction

Tag(s) : #FILMS