de James Wan (Etats-Unis)
Avec Leigh Whannell, Cary Elwes, Danny Glover, Monica Potter, Ken Leung, Dina Meyer, Mike Butters, Michael Emerson


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Jusqu’alors inconnus au bataillon, les scénaristes James Wan et Leigh Whannell provoquèrent un petit raz de marée à Hollywood en faisant circuler le script de Saw, relecture surprenante du thème éculé du psycho-killer. Soucieux de convaincre d’éventuels financiers, ils tournèrent avec leurs économies l’une des scènes clefs du film et la montrèrent au producteur Gregg Hoffman qui décida aussitôt de se lancer dans l’aventure, acceptant les conditions posées par Wan et Whannell : le  premier réaliserait le film et le second y jouerait l’un des rôles principaux. Pour limiter les risques, Saw fut tourné dans des conditions précaires, avec un modeste budget de 1,2 million de dollars, un planning serré de 18 jours et un destin de film directement distribué en DVD. Les projections test enthousiasmantes en décidèrent autrement, et ce slasher d’un genre nouveau eut droit à une sortie en salles.

Dès ses premières minutes, Saw agrippe son spectateur et ne le lâche plus. Dans une salle de bain en décrépitude, deux hommes qui ne se connaissent pas se réveillent endoloris, chacun étant enchaîné à un des murs de la pièce. Au sol gît un cadavre ensanglanté. Pourquoi sont-ils là ? Qui les a enfermés ? David (Leigh Whannell) est un jeune photographe sans le sou, Lawrence Gordon (Cary Elwes) un chirurgien renommé, et rien ne semble les relier. Autour d’eux, plusieurs objets leur donnent des indices sur la situation et sur la marche à suivre : un revolver, des balles, des cigarettes, une clef, deux scies, des photos, des minicassettes et un dictaphone. Le kidnappeur leur lance bientôt un ultimatum sans appel : si Lawrence ne tue pas David d’ici 18 heures, sa famille sera massacrée… A priori, Saw évoque beaucoup Cube, avec ce prologue en forme de point d’interrogation dans un huis clos mystérieux, et Seven, à travers ce tueur vengeur dont la machiavélique intelligence semble suivre un plan minutieusement préétabli. Mais il faut surtout chercher les influences de Wan et Whannell ailleurs, du côté de l’Europe et du giallo italien.

Car le surréalisme des meurtres et l’outrance des situations évoquent finalement plus Dario Argento et Mario Bava que Vincenzo Natali et David Fincher. Notamment ce désormais célèbre casque broyeur, réminiscence visuelle d’un des pièges de Terreur à l’Opéra, ou cet emprisonnement dans les fils de fer hérité de Suspiria. Les mises à mort machiavéliques de L’Abominable Docteur Phibes nous reviennent également en mémoire. D’ailleurs, cette marionnette de ventriloque que le « tueur au puzzle » emploie comme avatar se réfère directement à une imagerie « à l’ancienne » du cinéma d’épouvante. L’Œuvre d’Alfred Hitchcock figure également parmi les références de Saw, qui recycle habilement le flash de l’appareil photo de Fenêtre sur Cour et les ciseaux du Crime était presque parfait. Summum de suspense, de tension et d’horreur psychologique, le premier long-métrage de James Wan est donc une perle rare truffée de trouvailles, bénéficiant en outre de la présence de Danny Glover, vieux routard venu prêter sa trogne familière à cette œuvre de jeunesse dont il apprécia l’inventivité et l’audace. Certes, le twist final est un peu gros et plutôt difficile avaler, mais il ménage une sacrée surprise et parachève en beauté ce bel exercice de style.


© Gilles Penso


Thema: Tueurs

Tag(s) : #FILMS