de Robert Longo (Etats-Unis)
Avec Keanu Reeves, Dina Meyer, Ice-T, Takeshi Kitano, Dennis Akayama, Dolph Lundgren, Henry Rollins, Udo Kier


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Johnny Mnemonic repose sur un scénario de William Gibson, pape de la littérature cyberpunk (auto baptisée « The Movement » par ses praticiens), qui adapte ici l’une de ses nouvelles publiées dans le recueil « Gravé sur Chrome » en 1986. Nous sommes dans le futur, un futur peu surprenant à première vue dans la mesure où il restitue la vision sombre, urbaine et claustrophobique désormais incontournable depuis Blade Runner. Mais par un intéressant caprice temporel que ne renierait pas le Terry Gilliam de Brazil, la mode vestimentaire évoque celle des années 30, et les véhicules sont très proches de ceux des années 90. Dans ce 21ème siècle finalement familier, tout le monde peut devenir un cyborg. Il ne s’agit pas de se muer en Terminator ou en Robocop, mais simplement de renforcer ou de modifier certaines fonctions de son propre organisme biologique par la greffe d’éléments technologiques.


Pour gagner sa vie dans cet univers peu engageant, Johnny s’est mué en véritable disque dur vivant. Son cerveau est capable d’emmagasiner quelque 80 gigaoctets de mémoire, ce qui s’avère fort pratique pour véhiculer des documents ultra-confidentiels. Devenir un tel messager a obligé Johnny à faire quelques sacrifices, en particulier à effacer de sa mémoire tous ses souvenirs d’enfance. Las de n’être plus qu’un récipient aveugle véhiculant les informations des multinationales qui contrôlent le globe, au mépris de sa propre mémoire, Johnny accepte une dernière mission, au risque de se surcharger pour en finir au plus vite. Il s’aperçoit bientôt que sitôt l’ultime livraison enregistrée dans son cerveau, tout le monde se lance à ses trousses et réclame sa tête… au sens propre !


Un tel sujet aurait pu séduire David Cronenberg, qui avait déjà transformé James Woods en magnétoscope humain dans Videodrome. Mais ici, le scénario évacue toute considération philosophique au profit d’une action au rythme soutenu un peu calquée sur celle de New York 1997. Le scénario aurait mérité de se pencher davantage sur les tourments psychiques de Johnny, et de pousser plus loin son discours sur l’omniprésence croissante de l’information dans notre univers, le futur du film n’étant qu’une simple extrapolation de notre quotidien. Le film permet cependant, via une séquence riche en images de synthèse, d’anticiper sur les pratiques futures de la réalité virtuelle, un pas qui avait déjà été amorcé par Barry Levinson dans Harcèlement.


Keanu Reeves, qui fut un magnifique prince Sidârtha dans Little Buddha et un convaincant substitut du Bruce Willis des Die Hard dans Speed, se tire honorablement de ce rôle étrange, un homme–ordinateur à la dérive qui ne comprendra que tardivement la portée des informations codées enregistrées dans son cerveau. Au détour du film, on découvre quelques visages familiers et quelques guest-stars comme Henry Rollins en médecin rivé contre le système, Ice-T en chef des rebelles de l’Undertech, Udo Kier, qui fut le Dracula et le Frankenstein de Paul Morissey, en traître efféminé, et Dolph Lungren, le méchant cyborg de Universal Soldiers, méconnaissable en terrifiant prédicateur plus machine qu’homme.

© Gilles Penso

Thema: Robots, Futur
Tag(s) : #FILMS