de Scott Derrickson (Etats-Unis)
Avec Craig Sheffer, Nicholas Turturro, James Remar, Doug Bradley, Nicholas Sadler, Noelle Evans, Lindsay Taylor


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Après le cuisant échec artistique d’Hellraiser Bloodline, qui avait incité son réalisateur Kevin Yagher à le signer sous le fameux pseudonyme Allan Smithee, la saga créée par Clive Barker était mal en point, et l’écrivain lui-même décida de ne plus s’impliquer dans les séquelles ultérieures, cédant tous ses droits à la compagnie Dimension Films. La série ne s’arrêta pas pour autant et ce cinquième épisode, conçu directement pour le petit écran comme son prédécesseur, fut confié à Scott Derrickson, le scénariste d’Urban Legend Final Cut, effectuant là ses premiers pas de réalisateur. « J’ai eu la chance de rencontrer l’immense réalisateur Robert Wise quand j’étais étudiant », raconte Derrickson. « Lorsque je lui ai demandé conseil, il m’a dit que la meilleure façon de faire ses preuves de metteur en scène était de commencer par un film d’horreur ». (1)

Le personnage principal de cet énième opus est l’inspecteur de police Joseph Thorn, incarné par Craig Sheffer (qui fut le héros de Cabal réalisé par… Clive Barker !). Infidèle, drogué, peu scrupuleux, cet individu peu recommandable enquête sur un tueur qui laisse le doigt coupé d’un enfant sur les lieux de ses crimes. Etrangement,  chaque meurtre semble avoir un lien avec le policier. Tandis que ses investigations avancent, Thorn est frappé de cauchemars terrifiants et finit par se mettre en chasse d’un énigmatique personnage connu sous le surnom de « l’ingénieur »… De prime abord, ce scénario n’entretient que très peu de rapports avec la mythologie d’Hellraiser. La fameuse boîte de Pandore est à peine évoquée, les Cénobites sont devenus de simples apparitions oniriques et Pinhead lui-même n’intervient que quelques minutes au cours du métrage.

Tout se passe comme si l’intrigue policière avait d’abord été construite indépendamment, n’intégrant que dans un second temps (et au compte goutte) les éléments récurrents de la saga. Cet état de fait peu frustrer les amateurs du Hellraiser d’origine. Mais il faut reconnaître que cette approche présente le mérite de bousculer les clichés pour saisir les démons de Clive Barker sous un autre angle, les déséquilibres psychologiques du protagonistes se substituant aux traditionnelles visions d’horreur. La différence majeure avec les autres films de la série réside dans le fait qu’après l’ouverture de la boîte, les démons n’apparaissent pas subitement pour embrocher le protagoniste avec leurs chaînes. Leur intervention est plus insidieuse. Le héros a des hallucinations, perd pied avec la réalité, voit partout des visages monstrueux (un procédé que le réalisateur réutilisera avec L’Exorcisme d’Emily Rose).

En ce sens, les séquences de cauchemar mettant en scène un homme-tronc sans visage et deux cénobites femelles aux langues noires démesurées sont particulièrement efficaces. Si les talents de réalisateur de Scott Derrickson sautent aux yeux dès les premières minutes, la fadeur de Craig Sheffer joue sérieusement en défaveur du film, tout comme la morale judéo-chrétienne qui auréole d’un peu trop près le scénario, notamment lorsque Pinhead révèle au héros la nature de ses démons intérieurs. « Ta chair détruit ton corps » affirme-t-il, une métaphore illustrant aussitôt le propos (Joseph adulte assassine l’enfant qu’il était). Le péché, la rédemption, la foi sont donc au cœur d’Hellraiser Inferno, cette « débauche religieuse » étant la marque de fabrique de Derrickson, ce que confirmera sa filmographie ultérieure.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2008

© Gilles Penso

Thema:
Diables et Démons

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