de Frank Miller (Etats-Unis)
Avec Gabriel Macht, Eva Mendes, Samuel L. Jackson, Sarah Paulson, Paz Vega, Eric Balfour, Jaime King, Scarlett Johansson
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Frank Miller est un auteur surdoué qui participa activement au renouveau du comic book traditionnel dans les années 80 et 90. Pour son premier long-métrage en tant que réalisateur, il s’attaqua à «
The Spirit » de Will Eisner, une œuvre majeure de la BD américaine des années 40. « The Spirit » est l’histoire d’un policier, Denny Colt, mystérieusement revenu d’entre les morts après une
fusillade et mué en justicier affrontant le mal dans les rues de Central City. Son ennemi juré est Octopus, un génie du crime omniprésent. Confiant dans les techniques déjà éprouvées sur Sin
City et 300, le réalisateur décida de tourner son film sur fond vert, laissant aux infographistes tout le loisir de
reconstituer après coup des décors immenses et excessifs. Ce choix se justifie pleinement par l’aspect iconique du personnage et par ses origines dessinées. Libre à Miller, dès lors, de faire
voltiger son justicier au-dessus des toits de la ville avec l’agilité d’un acrobate ou de mettre en scène des bagarres homériques dignes d’un cartoon de Tex Avery.
Suivant une méthode établie par Richard Donner pour Superman, Frank Miller choisit un acteur peu connu pour incarner son
super-héros, en l’occurrence Gabriel Macht, et offre le rôle de son ennemi juré à un comédien renommé, l’incontournable Samuel L. Jackson. Car si l’Octopus de la bande dessinée originale
n’apparaissait que sous forme de gants blancs énigmatiques, il affirme ici sa présence avec une emphase ostentatoire, arborant toutes sortes de tenues excentriques (cow-boy de western spaghetti,
combattant chinois, officier nazi) et pratiquant des expériences scientifiques démesurément contre-nature. Hélas, The Spirit ne parvient jamais à convaincre et encore moins à toucher, tant
il multiplie les maladresses et les fautes de goût. La direction artistique est partiellement en cause. L’idée de Frank Miller consiste à inscrire le film dans un contexte rétro-futuriste au datage
indéterminé. Or la mayonnaise ne prend pas, faute d’homogénéité et d’unité. Comment pourrait-il en être autrement lorsque des héros vêtus à la mode des années 40 et conduisant des berlines des
années 50 utilisent des caméscopes numériques, sont équipés de téléphones portables et chaussent des baskets dernier cri ?
Au lieu de s’harmoniser, les anachronismes se nuisent ici les uns aux autres et brisent la cohérence de l’univers mis en place dans le film. Mais le pire travers du film est probablement son
traitement de l’humour. Certes, le sujet prête volontiers à la dérision et Will Eisner lui-même n’était pas d’un sérieux papal. Mais de là à déculotter le super-héros lorsqu’il se trouve en
mauvaise posture, à laisser cabotiner Samuel Jackson jusqu’à l’indigestion ou à accumuler les séquences embarrassantes donnant la vedette à une infinité de clones stupides et zozotants, il y a tout
de même une marge ! Au détour de plusieurs séquences, The Spirit laisse pourtant entrevoir le passionnant long-métrage qu’il aurait pu être, assumant pleinement son caractère fantastique et
muant la ville imaginaire de Central City en personnage à part entière, à la fois alliée et maîtresse éternelle d’un héros qu’on eut aimé plus torturé et plus sombre.
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Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…
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