Le fantastique cinématographique de qualité made in France n’était pas légion depuis le début des années 80, malgré quelques intéressantes tentatives de Caro et Jeunet (Le Bunker de la Dernière
Rafale), Francis Leroi (Le Démon dans l’Île), Luc Besson (Le Dernier Combat), Jean-Jacques Annaud (La
Guerre du Feu) ou Alain Robak (Baby Blood). Au début de la décennie suivante, René Manzor tenta de renouveler quelque
peu le genre. Attiré depuis toujours par le fantastique sous toutes ses formes (comme en témoignent ses participations aux séries L’Auto-Stoppeur et Sueurs Froides, ainsi que son
premier long-métrage Le Passage), Manzor ne signe certes pas un chef d’œuvre avec 36-15 Code Père Noël, mais il sort du lot grâce à une mise en forme soignée et un argument plutôt
efficace.
Thomas (Alain Musy), un gamin surdoué, passionné d’électronique et d’informatique, doute de tout en bloc. Il remet en cause aussi bien l’existence des hommes préhistoriques que celle de
Vercingétorix. Par contre il croit aux extra-terrestres, et à la rigueur il admettrait – s’il existe vraiment – que le Père Noël soit originaire d’une autre planète. Pour en avoir le cœur net,
Thomas va utiliser tous ses équipements techniques sophistiqués, dont un fabuleux circuit vidéo, pour le voir et peut-être même le capturer. Ce qu’il ignore, c’est que cette année, sous la
robe rouge et derrière la fausse barbe blanche se cache un dangereux psychopathe prêt à liquider tout le monde. Un duel sans merci s’engage donc dans le manoir familial…
Chaque séquence de 36-15 Code Père Noël témoigne d’une forte inspiration anglo-saxonne, et au-delà d’un argument de départ qui semble vouloir opérer un croisement étrange entre le slasher
des années 80 et Maman j’ai raté l’avion, on sent planer constamment des références au cinéma d’Alfred Hitchcock et Steven Spielberg, références qui viennent dicter bon nombre d’éclairages
et de cadrages supervisés par le chef opérateur Michel Gaffier. Sous influence, le cinéaste s’en tire tout de même avec bonheur, stylisant sa mise en scène avec beaucoup de savoir-faire, et bien
plus d’efficacité que dans son très brouillon Le Passage, trop mièvre pour convaincre. Ici, les effets de suspense et l’exploitation de l’unité de lieu et de temps sont souvent remarquables,
bien que le montage ne soit pas toujours très rigoureux et que Manzor se laisse parfois aller à quelques scènes clipées maniérées venant briser rythme et tension.
Les acteurs sont très convaincants, surtout cet incroyable Alain Musy, petit génie déjà présent dans Le Passage, qui s’avère en fait être Alain Lalanne, le propre fils de René Manzor. Une
mention spéciale également à Patrick Floersheim, parfait en Père Noël psychopathe au regard glaçant. Les films de Manzor étant des affaires de familles, le cinéaste fait une apparition dans le rôle
du responsable de stock d’un magasin, et son frère Jean-Félix Lalanne compose une nouvelle fois la bande originale. Le titre est évidemment très daté aujourd’hui, mais il fait office de témoin
d’une époque révolue où Internet n’était encore qu’un doux rêve. D’ailleurs, l’affiche portait la mention « le film » pour que le public ne croie pas avoir affaire à une affiche publicitaire pour
le minitel.
Partager l'article !1990 - 36 15 CODE PÈRE NOËL: de René Manzor (France)
avec Alain Musy, Brigitte Fossey, Louis Ducreux, Patrick Floersheim, François Eric Gendron
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Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…
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