de Steve Barker (Grande-Bretagne)
Avec Ray Stevenson, Julian Wadham, Richard Brake, Paul Blair, Brett Fancy, Enoch Frost, Julian Rivett, Michael Smiley


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Une histoire de zombies nazis directement distribuée en vidéo ? A priori, ça sent le nanar. D’autant que le sous-genre « SS d’outre-tombe » avait déjà donné naissance à quelques piteux fleurons tels que Le Lac des Morts-Vivants ou Le Commando des Morts-Vivants. Mais rien de tel ici. Car dès ses premières minutes, Outpost surprend par sa patine impeccable : superbe photographie quasi-monochrome façon Il faut sauver le soldat Ryan, musique symphonique emphatique de James Seymour Brett (arrangeur et orchestrateur de nombreux blockbusters comme 
X-Men, Transformers, La Boussole d’Or), cadrages en 35 mm au format cinémascope, découpage nerveux, « gueules » charismatiques (notamment Ray Stevenson, le Titus Pullo de l’excellente série Rome)…

 

Bref, l’ambition du film semble plus importante que ce que l’on pouvait escompter, malgré un budget très serré. Pourtant, l’argument de départ n’est pas d’une folle originalité. Pour le compte de mystérieux commanditaires, sept mercenaires (sans rapport avec les cow-boys de John Sturges) s’enfoncent dans une forêt d’Europe de l’Est à la recherche d’un mystérieux artefact, au fin fond d’un ancien bunker nazi. Mais dès qu’ils arrivent sur place, des tireurs semblent se terrer dans les bois et les prendre pour cible. Le commando dresse alors un camp souterrain et y fait d’étranges découvertes, notamment un amas de cadavres blafards desquels émerge un miraculeux survivant à l’état de légume. Tandis que d’inquiétants phénomènes paranormaux émaillent le séjour forcé des soldats, l’objet de toutes les convoitises apparaît enfin sous forme d’une énigmatique machine digne du docteur Frankenstein.

 

« Ça n’a l’air de rien comme ça, mais c’est peut-être le Saint Graal des physiciens », explique Hunt (Julian Wadham), intermédiaire entre les mercenaires et les commanditaires. Reprenant à son compte l’intérêt présumé des nazis pour les forces occultes, le scénario d’Outpost imagine ainsi que les savants à la solde du troisième reich cherchèrent un moyen de créer des soldats indestructibles via la génération de puissantes ondes électro-magnétiques muant les cobayes en zombies. Cette explication scientifique, que les dialogues écrits par Rae Brunton s’efforcent de rendre crédible et argumentée, bouleverse du coup toutes les règles auxquels les films de George Romero nous avaient familiarisé.

 

Les codes établis par La Nuit des Morts-Vivants et ses séquelles n’ont pas cours ici. Car les nazis d’outre-tombe, incarnation du Mal absolu, semblent évoluer dans un autre espace-temps. Insensibles aux balles (même tirées en plein crâne), ils n’agissent pas comme agents contaminants, pas plus qu’ils ne sont anthropophages. En revanche, leur soif de mort est irrépressible et rien, absolument rien, ne semble susceptible de les détruire. Au motif classique du mort-vivant se superposent ainsi ceux du fantôme et du voyage dans le temps, le huis-clos oppressant du film s’acheminant vers un final d’une noirceur absolue. Pétri de qualités, ce premier long-métrage d’un téléaste britannique jusqu’alors méconnu du public laisse augurer une suite de carrière très prometteuse pour Steve Barker.

© Gilles Penso
Thema: Zombies
Tag(s) : #FILMS