de David Fincher (Etats-Unis)
Avec Sigourney Weaver, Charles Dutton, Charles Dance, Paul McGann, Brian Glover, Ralph Brown, Danny Webb


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Audace. Voici le maître mot d’Alien 3. Bousculant sans vergogne toutes les sacro-saintes conventions qui musèlent le cinéma américain à grand spectacle, David Fincher a réalisé une œuvre extraordinaire qui relance magistralement une trilogie hors du commun. Alien, baigné dans le noir, était un film d'épouvante placé dans un contexte d'anticipation hyperréaliste. Aliens, aux lueurs bleutées chères à James Cameron, usait la science-fiction comme prétexte à un film d'action haletant. Alien 3, nimbé d'ocres, d'oranges et de bruns, semble inaugurer un genre hybride : la science-fiction moyenâgeuse. Bénéficiant d'une superbe photographie due au maestro Alex Thomson (Excalibur, Legend, Labyrinthe), le film de Fincher entretient une ambiance très pesante, austère et claustrophobique. Le scénario de cette troisième mouture, sombre, triste et tragique, impose un nouveau style et de nouveaux thèmes, tout en respectant les règles édictées par les deux films précédents.

Sigourney Weaver (qui toucha pour cette deuxième séquelle un cachet confortable de cinq millions de dollars contre lequel elle accepta de se raser le crâne !), reprend logiquement le rôle d’Helen Ripley, seule survivante du vaisseau spatial Sulcao après son crash sur Fiorina 161, une planète prison où sévissent les pires criminels de la Terre. La présence d’une femme parmi ces brutes masculines réunies sous forme d’un ordre monastique a de quoi semer le trouble. Mais ce n’est rien à côté de l’intrusion d’un Alien dans les lieux, plus vorace et féroce que jamais. Ripley tente de former ses compagnons d’infortune à la lutte contre ce monstre qu’elle ne connaît que trop bien. Mais un obstacle de taille va réfréner ses ambitions guerrières : les détenus ne possèdent aucune arme. La situation dégénère d’un cran lorsque notre héroïne découvre qu’elle a elle-même été engrossée par une des créatures extra-terrestres qui la répugne tant, et que l’accouchement sanglant est pour bientôt…

Physiquement plus proche de la créature du film de Ridley Scott que de celles de James Cameron, l'alien de Fincher, enfanté par un chien (réminiscence de The Thing ?), a ici une allure et une agilité canines des plus réussies. Malgré quelques invraisemblances (comment deux « face-hugger » ont-ils bien pu se retrouver dans la navette de Ripley et de ses compagnons au début du film ?) et une poursuite finale assez confuse (tous les couloirs et tous les prisonniers se ressemblent), ce troisième
Alien s'avère donc une surprise fort agréable, et constitue assurément une très belle réussite. Pourtant, cette réussite n’était pas gagnée d’avance. Extrêmement médiatisés lors de la sortie du film, les conflits intensifs qui opposèrent le réalisateur et ses producteurs alimentèrent en effet les tabloïds et valurent à Alien 3 une réputation de film maudit que personne, à l’arrivée, n’eut envie de défendre, Fincher reniant le résultat final à cause des concessions qu’il dut accepter et la Fox s’avérant déçue par le caractère trop insolite – et surtout trop nihiliste - de ce troisième opus. « Sur le tournage d’Alien 3, j’avais parfois l’impression que l’extra-terrestre, c’était moi ! », reconnaît Fincher « J’étais souvent seul dans mon coin, livré à moi-même. » (1) Quoiqu’il en soit, un metteur en scène de talent se révélait, Fincher transformant l’essai par la suite avec le magistral Seven.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2009

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