de David Fincher (Etats-Unis)
Avec Brad Pitt, Morgan Freeman, Kevin Spacey, Gwyneth Paltrow, John C. McGinley, Endre Hules, Andrew Kevin Walker


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Alien 3 avait été une expérience douloureuse pour David Fincher, et malgré les indéniables qualités du film, le jeune cinéaste en était ressorti éreinté. Mais son talent, son sens graphique, sa minutie et son originalité y étaient déjà parfaitement décelables. En acceptant de diriger Seven, après le désistement de David Cronenberg, il entra pour de bon dans la cour des grands, redéfinissant les codes du film de serial killer en s’appuyant sur l’excellent scénario d’Andrew Kevin Walker. Pourtant, de prime abord, Seven fleure bon le déjà-vu. Le vieux flic noir à une semaine de la retraite et le jeune flic blanc un peu turbulent, obligés de faire équipe pour coincer un tueur, semblent vouloir reproduire le motif de L’Arme Fatale. Mais ce n’est qu’un leurre. En réalité, Seven ne ressemble à rien de connu et aucun des spectateurs ne l’ayant visionné n’en est resté indemne.

Car au-delà d’un film, nous avons affaire à une véritable expérience sensorielle et intellectuelle. Pas à pas, nous suivons l’enquête de William Sommerset (Morgan Freeman) et David Mills (Brad Pitt), lancés sur les traces de l’un des assassins les plus cruels et les plus abominables de l’histoire de la police. A ceci près que cet homme, qui se fait appeler John Doe, ne tue jamais ses victimes lui-même, laissant la Faucheuse faire son travail via de monstrueux stratagèmes. On le voit, les auteurs de Saw ont de qui tenir. S’inspirant des sept péchés capitaux, il s’érige ainsi en juge et en bourreau, punissant ceux qui ont péché en retournant contre eux leurs propres travers. Le gourmand meurt d’indigestion, le paresseux de malnutrition, l’avare d’horribles mutilations, le tout à travers des mises en scènes toutes plus macabres les unes que les autres.

Malgré l’apport du génial maquilleur Rob Bottin (The Thing, Legend), les effets spéciaux participent moins au potentiel horrifique du film que l’imagination du spectateur. Car nous n’assistons jamais aux mises à mort, la vue fugitive des cadavres suffisant à imaginer le pire. Là réside toute la force de Seven. Pour renforcer davantage le climat oppressant, Fincher filme ses protagonistes sous une pluie permanente, noyant sa cité (clone apparent de Los Angeles) dans une humidité et une moisissure quasi-palpables. Seul le climax se déroule en plein soleil, au croisement de deux routes de campagne, suivant la voie tracée par la fameuse scène de l’avion de La Mort aux Trousses. « Le tournage de Seven était pour moi beaucoup plus agréable que celui d’Alien 3 », se souvient Fincher. « C’est là que j’ai fait la connaissance de Brad Pitt et que j’ai appris à l’apprécier. J’ai aimé sa capacité à incarner un être complexe, sympathique et charmant d’un côté, mais aussi dangereux et colérique. » (1)

Pitt ne tarit pas non plus d’éloge sur son réalisateur : « Vous voulez travailler avec les conteurs que vous respectez le plus. Fincher en fait partie. C’est l’un des meilleurs que nous ayons. Je me sens très chanceux chaque fois qu’il m’emmène avec lui. » (2) Le reste du casting ne démérite guère. Morgan Freeman excelle en vieux policier blasé, Gwyneth Paltrow est parfaite en jeune épouse évaporée. Quant à Kevin Spacey, il tient là l’un de ses rôles les plus marquants, offrant aux spectateurs qui s’attendaient à un monstre le visage ordinaire (et parfaitement chauve) d’un homme calme, calculateur et effroyablement intelligent. « J’ai eu beaucoup de mal à accepter de me raser la tête », nous avoue-t-il. « Je faisais la grimace dans la salle de maquillage, alors David Fincher a trouvé une méthode imparable pour me convaincre. Il m’a dit : « si tu te rases, je me rase aussi ». Et c’est ce qu’il a fait ! » (3)

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2009
(3) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2006

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