Mercredi 21 janvier 2009
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(The Curious Case of Benjamin Button)
de David Fincher (Etats-Unis)
avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond, Taraji P. Henson, Jason Flemyng, Elias Koteas, Tilda Swinton, Jared Harris
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« La vie serait bien plus heureuse si nous naissions à 80 ans et nous approchions graduellement de nos 18 ans » affirma un jour Mark Twain. De cette pensée naquit une nouvelle écrite par F.
Scott Fitzgerald, transformée 80 ans plus tard en fresque cinématographique par David Fincher. « J’ai lu le scénario original que Steven Spielberg envisageait de porter à l’écran au début
des années 90 », raconte le réalisateur. « Depuis, j’ai suivi les différentes tentatives d’en tirer un film, chacune se soldant finalement par un abandon. » (1) Le concept de
Benjamin Button se rattache à une thématique majeure de la littérature et du cinéma fantastiques : les amours impossibles entre deux êtres qui ne sont pas soumis aux mêmes lois physiques
ou biologiques. Le cas de Benjamin Button et de la belle Daisy présente de fait des similitudes avec le dilemme posé par Highlander. Ici, les amoureux ne vieillissent pas à la même
allure par les caprices d’une étrange inversion du temps : abandonné à la naissance, un bébé présente les caractéristiques physiques d’un homme de 80 ans et rajeunit graduellement au lieu de
vieillir.
Son appréhension du monde est forcément altérée par cette « vie à reculons », et les choses se compliquent lorsqu’il tombe amoureux. Comment construire une vie de couple épanouie lorsque les
deux êtres qui s’aiment n’empruntent pas la même trajectoire ? Toute la complexité de cette situation est remarquablement résumée par le slogan du film : « Pour eux, la vie n’a pas le même sens
». Le mot « sens » est évidemment à considérer ici sous ses deux définitions : signification et direction. A travers le destin incroyable de son héros et les conflits qu’il vit, le septième
long-métrage de David Fincher trace tout un pan de l’histoire des Etats-Unis. Cette dualité entre le portrait intimiste et l’arrière-plan épique n’est pas sans évoquer les pérégrinations de Tom
Hanks dans Forrest Gump. Ce n’est pas tout à fait fortuit, dans la mesure où le scénariste Eli Roth a écrit les deux films. Une réplique de Queenie, la mère adoptive de Benjamin Button,
semble d’ailleurs jeter volontairement un pont entre les deux films : « Tu ne sais jamais ce qui peut t’arriver dans la vie ». Par ailleurs, si le titre L’Etrange Histoire de Benjamin
Button sonne un peu comme Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, ce n’est probablement pas non plus le fruit du hasard. Plusieurs correspondances avec l’univers filmique de Jean-Pierre
Jeunet viennent en effet émailler le récit, à travers une série de petites histoires secondaires et souvent loufoques soutenues par une voix off et illustrées par de fausses images
d’archive.
Le plus étonnant, dans L’Etrange Histoire de Benjamin Button, est probablement le fait que les spectateurs l’appréhenderont comme une histoire réelle, faisant abstraction de son postulat
pourtant ouvertement fantastique. La condition unique de son héros, sa naissance monstrueuse, son vieillissement inversé sont acceptés sans réserves, sans la nécessité d’une moindre explication
médicale. A l’unisson, les effets spéciaux révolutionnaires, combinaison époustouflante de maquillages prosthétiques et d’effets visuels, s’immiscent en toute discrétion dans le film. « Je
m’étais toujours juré de ne pas faire de film avec des prothèses sur le visage », raconte Brad Pitt. « Mais finalement, l’expérience était mois désagréable que prévu. Nous nous sommes
assurés que le visage restait mobile et que je puisse conserver mes expressions. Le plus pénible était de se faire engluer le visage à trois heures du matin tous les jours ! » (2) Le génie
de Fincher aura été d’user ces trucages fabuleux sans la moindre ostentation, effaçant lui-même ses effets de style pour mieux servir son histoire.
(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2009
Par Gilles Penso
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