(Meet Joe Black)
de Martin Brest (Etats-Unis)
avec Anthony Hopkins, Brad Pitt, Claire Forlani, Jake Weber, Marcia Gay Harden, Jeffrey Tambor, David S. Howard


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L’ombre de Frank Capra, d’Ernst Lubitsch et de Michael Powell plane sur Rencontre avec Joe Black, une œuvre atypique révélant une élégance et une finesse auxquelles le réalisateur Martin Brest (Le Flic de Beverly Hills) ne nous avait pas vraiment habitués jusqu’alors. A quarante-huit heures de son soixante-cinquième anniversaire, le magnat William Parrish (Anthony Hopkins), entend une voix étrange qui lui annonce sa mort prochaine. Le lendemain, un jeune inconnu, qui se fait appeler Joe Black (Brad Pitt), se présente à son domicile pour l’accompagner dans son dernier voyage. Délestée des attributs habituels que l’imagerie d’épinal véhicule depuis toujours (un squelette en suaire armé d’une faux), la Mort prend donc ici les traits d’un jeune homme curieux, candide et capricieux.

Véritable enfant dans un corps d’adulte, il promène sa silhouette nonchalante dans l’univers du milliardaire moribond, intriguant ses proches, irritant ses associés et séduisant sa fille cadette Susan (Claire Forlani). Tel un extra-terrestre posant un regard mi-surpris mi-amusé sur l’espèce humaine (on pense parfois au Jeff Bridges de Starman), Brad Pitt livre ici une prestation toute en retenue, assortissant son sex-appeal de moues enfantines du plus curieux effet. « En tant que comédien, vous voulez aller vers l’inconnu, vous voulez jouer des rôles différents, faire des choses que vous n’avez pas encore eu l’occasion de faire », explique-t-il. « C’est en tout cas ce que je recherche en permanence. » (1) « Vous n’êtes pas la Mort », s’exclamera William Parrish, incrédule face à cette apparition quasi-surréaliste. « Vous êtes juste un gamin dans un costume ! »

Nanti d’un budget de 90 millions de dollars, Rencontre avec Joe Black est le remake d’un classique des années 30, Trois Jours chez les Vivants (Death Takes a Holiday en VO, autrement dit « La Mort prend des vacances »), dirigé par Mitchell Leisen, avec Frederic March dans le rôle de la Camarde, film lui-même inspiré de la pièce de théâtre italienne « La Morte in Vacanza » d’Alberto Casella montée pour la première fois en 1924. Le concept, on le voit, est atemporel et universel, franchissant sans encombre les frontières et les ans. Dans la version de Martin Brest, Anthony Hopkins envahit l’écran de sa présence charismatique et Brad Pitt et Claire Forlani forment le couple le plus glamour qui soit.

On s’étonne d’ailleurs que la beauté étourdissante de la comédienne, interprète furtive de la fille de Sean Connery dans The Rock, n’ait pas inspiré plus de cinéastes par la suite (on la retrouvera dans une maigre poignée d’œuvrettes anecdotiques). D’excellents seconds rôles leur donnent la réplique, et malgré la relative maigreur de l’intrigue (la Mort se contente d’assister malgré lui Parrish dans toutes ses activités pour assouvir sa curiosité de la nature humaine et finit par connaître une idylle qui le dépasse totalement), les trois heures du métrage passent comme une lettre à la poste. Quant à la magnifique musique de Thomas Newman, elle contribue beaucoup à l’envoûtement provoqué par le film.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2009
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