(Twelve Monkeys)
De Terry Gilliam (Etats-Unis)
Avec Bruce Willis, Madeleine Stowe, Brad Pitt, Christopher Plummer, Joseph Melito, David Morse


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En 1963, Chris Marker réalisait La Jetée, un court-métrage constitué intégralement d’images fixes en noir et blanc, à l’exception d’un seul plan filmé, le regard d’une femme s’animant furtivement au milieu des photos. Ni hermétique ni austère pour autant, le film racontait l’histoire passionnante d’un homme amoureux et prisonnier d’un paradoxe temporel, porté par la narration en voix off de Jean Négroni. Son format et sa nature l’ayant condamné à une certaine confidentialité, La Jetée fit malgré tout beaucoup d’effet dans la communauté des cinéphiles et des cinéastes, et le scénariste David Peoples (Blade Runner, Ladyhawke, Impitoyable) eut l’idée d’en reprendre le concept pour les besoins d’un long-métrage à plus large auditoire. Il s’attela donc à l’écriture du script avec son épouse Janet et Terry Gilliam fut aussitôt séduit par ce récit post-apocalyptique. Conquis par sa performance dans Piège de Cristal, Gilliam envisageait déjà d’employer Bruce Willis à l’époque de Fisher King, avant que le rôle principal n’échut à Jeff Bridges.

L’Armée des 12 Singes permit enfin la rencontre au sommet entre l’auteur de Brazil et le héros de Die Hard. En le dirigeant, Gilliam demanda toutefois à Willis d’éviter tous ses « tics » de jeu habituels. Les sourires en coin, les moues mouqueuses, les regards malicieux qui faisaient le charme de John McLane se sont donc évaporés au profit d’une prestation quasi-monolithique. Chauve, le regard vague, la bave aux lèvres, Bruce Willis incarne ici John Cole, prisonnier dans une cellule souterraine de 2035. Pour réduire sa peine, un groupe de scientifique lui propose de se soumettre à une expérience consistant à voyager dans le passé afin de découvrir l’origine du virus qui éradiqua la majorité de la race humaine en 1996. Propulsé en 1990, il est immédiatement pris pour un dangereux malade mental et interné dans une institution psychiatrique. Bientôt, un lien étroit se tisse entre lui et le docteur Kathryn Railly (Madeleine Stowe)…

Aux côtés du couple vedette, Brad Pitt, dans le rôle d’un jeune homme passablement perturbé, nous livre une prestation hallucinante. Les yeux fous, les gestes saccadés, le début haché, le cheveu hirsute, il semble échappé du cartoon de Tex Avery diffusé sur le téléviseur de la maison de repos où John Cole le rencontre. Si Terry Gilliam s’octroie quelques parenthèses humoristiques dans la droite lignée de son passé chez les Monty Pythons (les savants du futur qui bercent leur cobaye en le bordant dans une couette ornée de nounours), le climat oppressant de L’Armée des 12 Singes ne prête que rarement au rire. De prisons totalitaires en hôpitaux sinistres, de souterrains poisseux en bâtiments délabrés, nos héros errent dans un environnement claustrophobique qui suscite un sentiment constant d’étouffement. Traqués, ils trouveront refuge dans un cinéma projetant Sueurs Froides. Or le classique d’Hitchcock fut une influence majeure pour Chris Marker à l’époque où il mit en chantier La Jetée. Voilà une belle manière de boucler le jeu des références, la boucle étant justement le motif narratif clef de L’Armée des 12 Singes, ce que prouve un climax vertigineux que n’aurait pas renié Brian de Palma.

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