(Låt den rätte komma in / Let the Right One in)
de Tomas Alfredson (Suède)
avec Kare Hedebrant, Lina Leandersson, Per Ragnar, Henrik Dahl, Karin Bergquist, Peter Carlberg, Ika Nord, Mikael Rahm


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Une histoire d’amour entre deux adolescents dont l’un est un vampire… A priori, ce postulat évoque beaucoup celui de Twilight, mais c’est à peu près le seul point commun qui relie le film de Tomas Alfredson à celui de Catherine Hardwicke. Tiré lui aussi d’un roman à succès, écrit par John Ajvide Lindqvist et traduit dans une douzaine de langues, Morse s’inscrit dans un contexte réaliste et glacial : la banlieue de Stockholm dans les années 80. Dans cette atmosphère rugueuse, le jeune Oskar (Kare Hedebrant), âgé de douze ans, est la victime de ses camarades de classe qui prennent un malin plaisir à le terroriser et le martyriser.

Lorsque Eli (Lina Leandersson) s'installe avec son père sur le même palier que lui, Oskar trouve enfin quelqu'un avec qui se lier d'amitié. Ne sortant que la nuit, la jeune fille ne manque pas de l'intriguer... et son arrivée semble coïncider avec une série de morts sanglantes et de disparitions mystérieuses. Il n'en faut pas plus à Oskar pour comprendre : Eli est un vampire, et celui qui semblait être son père n’est peut-être qu’un ancien amant ayant vieilli avant elle. Car Eli, à l’instar du personnage incarné par Kirsten Dunst dans Entretien avec un Vampire, est une femme piégée dans un corps d’enfant. Tiraillée entre ces deux états et tenaillée par une soif de sang insatiable, elle s’inscrit forcément en marge des humains. D’où son rapprochement avec le solitaire Oskar, et leur complicité inespérée.

L’un des grands atouts de Morse est sa capacité à ancrer les motifs inhérents au vampirisme (la peur de la lumière solaire, le sommeil dans les cercueils) dans un cadre ultra-réaliste. Selon la lecture que l’on adopte, on pourrait même envisager Eli comme une amie imaginaire, un alter-ego féminin et surnaturel qui aide Oskar à vaincre l’adversité, à grandir et évoluer. Ce qui n’empêche pas Alfredson de se payer quelques séquences d’effets spéciaux d’autant plus spectaculaires qu’elles sont inattendues en pareil contexte, notamment les acrobaties insectoïdes de la jeune vampire (incroyablement bestiale durant ses attaques nocturnes), l'horrible décomposition d'un visage rongé à l'acide ou la combustion spontanée qui gagne une femme dans une chambre d’hôpital. Le scénario aborde aussi une thématique majeure liée aux émules de Dracula qu’aucun autre film n’avait jusqu’alors traitée frontalement, et qui se résume en une interrogation : que se passe-t-il si un vampire entre chez quelqu’un sans y être invité ?

La réponse, que le cinéaste traduit viscéralement à l’écran, justifie le titre original : Låt den rätte komma in, autrement dit « laisse entrer celui qui le mérite ». Les distributeurs français, eux, ont opté pour un Morse d’autant plus saugrenu qu’il se réfère à un élément très anecdotique du récit, et qu’il risque même d’être pris à contresens (le gros mammifère marin aux canines pointues !). Serti d’une photographie magnifique et d’une très belle bande originale, Morse souffre parfois d’un rythme trop lent et de quelques incohérences narratives. Mais il a le mérite d’utiliser son argument fantastique avec intelligence pour mieux raconter le trouble d’une population laissée pour compte et les affres d’une pré-adolescence regorgeant de violence larvée. « Je tiens à remercier les deux magnifiques enfants qui jouent dans mon film », lâchait Alfredson, ému, en recevant le Grand Prix du Festival de Gérardmer. « Pour moi, ce sont les meilleurs acteurs du monde. »

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