de Paul Solet (Etats-Unis)
Avec Jordan Ladd, Gabrielle Rose, Samantha Ferris, Malcolm Stewart


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« Alors que j’avais 19 ans, ma mère m’a appris que j’avais eu un frère jumeau mort-né »
, nous raconte Paul Solet, dont il s’agit du premier long-métrage. « C’est un sujet qui m’a touché d’un point de vue très personnel, et j’ai décidé d’en faire un film ». (1) Pour prouver ses capacités de metteur en scène, Solet tourne d’abord un court-métrage en 35 mm et en Cinémascope, prélude d’une version longue qu’il baptisera Grace. Enceinte de huit mois, Madeline Matheson (Jordan Ladd) est déterminée à accoucher par voie naturelle chez une sage-femme adepte de la culture bio et du végétalisme. Son époux n’y voit pas d’inconvénient, mais sa belle mère, dont le métier de juge a visiblement forgé un caractère autoritaire et directif, voit cette initiative d’un très mauvais œil, ne jurant que par les hôpitaux traditionnels et par son médecin personnel. Suite à un accident de voiture qui coûte la vie à son mari, Madeline perd le bébé qu’elle porte. Elle décide cependant de mener sa grossesse à terme, et après un douloureux accouchement, le bébé revient à la vie, comme par miracle. Mais ce miracle va bientôt se transformer en cauchemar…

« Dans un film de genre, je veux simplement avoir peur, avoir peur comme quand j’étais petit », déclare Paul Solet. « Et c’est très difficile à obtenir ». (2) La vision que le film donne des institutions est assez cauchemardesque : l’hôpital est un univers kafkaïen, les parents sont des monstres phagocyteurs et le mariage n’est qu’une mascarade. Grace ressemble donc à un plaidoyer vivace pour la marginalité, la différence. Ce que confirme ouvertement le look du réalisateur, arborant sa casquette et ses tatouages comme un adolescent qui aurait refusé de grandir. Par ailleurs, Grace donne tout pouvoir aux femmes, l’homme s’y révélant faible, manipulé, voire inexistant. Ce que confirme cet époux dont la disparition passe presque inaperçue, ce beau-père écrasé par son épouse ou ce médecin que l’on agite comme une marionnette. La femme, au contraire, s’y exprime avec force, qu’elle soit grand-mère possessive, mère opiniâtre, amante hétérodoxe ou bébé luttant contre sa propre mort.

L’isolation de Madeline, sa rupture avec le monde réel et son basculement progressif vers la folie renvoient immanquablement à Répulsion, tandis que les cris lancinants du bébé dans cet appartement clos et décrépit évoquent régulièrement Eraserhead. Le film entretient d’ailleurs longtemps l’ambiguïté sur la nature réelle de la petite Grace. S’agit-il vraiment d’un bébé zombie avide d’hémoglobine, ou tout se passe-t-il dans la tête malade de sa mère ? S’il retrouve par moments le climat oppressant et le malaise diffus des œuvres de Roman Polanski et David Lynch, Paul Solet n’en imite jamais les effets de style, composant une mise en scène personnelle et un univers propre. « Lorsque j’étais enfant, mes deux héros étaient David Cronenberg et Roman Polanski », avoue le réalisateur. « J’adore Répulsion et Le Locataire. La manière dont ces films sont racontés est très mature. » (3) Une maturité qu’on retrouve dans Grace, une excellente surprise, hargneuse et sans concession, signée par un jeune cinéaste à suivre de très près. Le film remporta le prix du jury lors de sa présentation au 16ème Festival du Film de Gérardmer.

(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2009

Ci-dessous l'interview complète de Paul Solet :


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