de Ryuhei Kitamura (Etats-Unis)
Avec Bradley Cooper, Vinnie Jones, Brooke Shields, Leslie Bibb, Roger Bart, Tony Curran, Peter Jacobson, Dan Callahan


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Peu de films sont parvenus à retranscrire avec fidélité l’univers viscéral de Clive Barker : Hellraiser et Cabal, réalisés par l’écrivain lui-même, Candyman de Bernard Rose… et c’est à peu près tout. Il faudra maintenant ajouter à la liste The Midnight Meat Train (adapté de la nouvelle « Le Train de l'abattoir » publiée dans le premier tome du recueil « Livres de Sang »), une réussite d’autant plus inattendue que son réalisateur Ryuhei Kitamura avait jusqu’à présent mis sa virtuosité de metteur en scène au service de scénarios pas vraiment convaincants (Versus, Godzilla Final Wars). Or ici, l’alchimie entre la noirceur de Barker et les effets de style de Kitamura fonctionne à merveille. Le film est souvent inquiétant, parfois terrifiant, et le sang y gicle avec panache.

Plutôt habitué aux comédies (Yes Man, Ce que pensent les hommes), Bradley Cooper incarne ici Leon, un photographe new-yorkais obnubilé par l’envie de retranscrire à travers ses clichés l’âme de la ville. La responsable d’une galerie très réputée (Brooke Shields, savoureusement glaciale) est prête à exposer son travail, à condition que Leon aille au bout de ses intentions. Notre homme se met alors à arpenter les bas-fonds et croit assister à un meurtre. Comme David Hemmings dans Blow Up, il décortique ses photos, en quête d’indice, et finit par se persuader qu’un homme, qui travaille comme boucher dans la journée et réside dans un hôtel isolé, passe ses nuits à massacrer les passagers du dernier métro. Sa quête prend une tournure obsessionnelle, jusqu’à ce qu’il se retrouve lui-même sur le chemin de l’assassin…

Une grande partie de l’impact de The Midnight Meat Train repose sur la prestation de Vinnie Jones, figure récurrente de l’univers de Guy Ritchie (Arnaques Crimes et Botanique, Snatch). D’un seul regard, il parvient à pétrifier le héros et le spectateur, poussant le minimalisme jusque dans ses derniers retranchements. N’importe quel autre acteur eut probablement été ridicule sous la défroque de ce boucher en costume massacrant les usagers du métro à coup de marteau. Débarrassé des accessoires qui composent la panoplie habituelle de ses prédécesseurs (le masque, la respiration asthmatique, la démarche de zombie), Jones compose l’un des psycho-killers les plus marquants de ces dernières années. Et si son attitude autiste peut susciter la moquerie (« la vie est comme une boîte de chocolat » lui lance un passager hilare face à sa posture recluse effectivement proche de celle de Forrest Gump), le sourire se mue vite en cri d’épouvante face à la brutalité de ses exactions.

Les séquences gore extrêmes qui ponctuent le film, mixage impressionnant de maquillages spéciaux et d’effets numérique, dépassent tout ce qui a été vu dans le domaine, d’autant que Kitamura – loin des excès vulgaires d’une séquelle de Saw ou d’un Hostel – transcende ce jeu de massacre par les mouvements d’une caméra voltigeante ne révélant que par étapes l’ampleur des dégâts et passant en plan séquence du point de vue de la victime à celui du bourreau. Le quasi-surréalisme de ces scènes arrache progressivement la narration à son cadre réaliste pour la plonger dans une atmosphère de pur cauchemar chère à l’auteur d’Hellraiser. Ce que confirme ce climax claustrophobique nous transportant littéralement dans les entrailles de l’Enfer.

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