de Pascal Laugier (France)
Avec Mylène Jampanoï, Morjana Alaoui, Catherine Bégin, Robert Toupin, Patricia Tulasne, Juliette Gosselin, Xavier Dolan-Tadros


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Avec Saint-Ange, Pascal Laugier avait démontré un indéniable savoir-faire et une culture fantasticophile sans accrocs (Argento et Fulci en tête), même si cette première œuvre souffrait d’un rythme languide et d’une certaine carence de péripéties. Mais quelles que fussent les qualités de Saint-Ange, rien ne nous préparait au choc de Martyrs. Débarrassé de références cinéphiliques et d’effets de styles esthétisants, Laugier s’est lancé à corps perdu dans un récit brutal, éprouvant et ultra-violent, au sein duquel émerge pourtant une tendresse désenchantée et désespérée. Voilà un film qui se vit comme une expérience, laisse des traces indélébiles et témoigne de l’humeur alors très anxieuse de son auteur. En élaborant Martyrs, Pascal Laugier était triste et en colère. Et ça se sent.

Le film démarre en 1971. Lucie, une fillette de dix ans, disparue quelques mois plus tôt, est retrouvée errant sur la route. Traumatisée, enfermée dans un mutisme quasi-autistique, elle présente de très nombreuses traces de maltraitances physiques. Les raisons de son enlèvement demeurent mystérieuses, et elle semble en proie à des hallucinations prenant la forme d’une créature agressive et difforme. Mais s’agit-il vraiment d’hallucinations ? Placée dans un hôpital spécialisé, Lucie se lie d’amitié avec Anna, une fille de son âge. Quinze ans plus tard, Lucie est persuadée d’avoir reconnu ses bourreaux sur la photo d’un journal. Armée d’un fusil, elle débarque chez eux, une famille tout ce qu’il y a de plus ordinaire… et le massacre commence.

Extrême à tous les points de vue, Martyrs n’a rien en commun avec l’horreur surréaliste d’un Audition ou le gore obscène d’un Hostel, même s’il semble partager avec Takashi Miike et Eli Roth plusieurs motifs thématiques. Le film de Laugier frappe en effet là où on ne l’attend pas, le crescendo dans l’abomination atteignant rapidement un point de non retour et la violence physique assénée aux protagonistes étant presque partagée par le spectateur. En ce sens, Martyrs est quasiment une œuvre interactive. Rebondissant sans cesse, l’intrigue ne se révèle qu’au fur et à mesure de son déroulement, et le propos du cinéaste ne s’explicite totalement qu’à l’issue d’un dénouement hallucinant, quasi-christique, au cours duquel le titre du film prend tout son sens. Il n’y avait guère que Richard Grandpierre, déjà producteur de Saint-Ange et du très controversé Irréversible de Gaspard Noé, pour oser se lancer dans une telle expérience cinématographique.

Echappant de peu à l’interdiction aux moins de 18 ans, qui faillit l’enfermer dans le ghetto du cinéma X, Martyrs sortit discrètement en salles, mais tous ceux qui eurent la possibilité de le découvrir sur grand écran en furent durablement bouleversés. Car Martyrs n’est pas un film qui laisse indemne. Cette œuvre tourmentée et douloureuse peut également s’apprécier comme le testament du maquilleur Benoît Lestang, un artiste au talent souvent sous-exploité, qui conçut pour Pascal Laugier l’un de ses travaux les plus aboutis (comment oublier ces corps horriblement marqués par la souffrance, ces apparitions décharnées et grimaçantes, ces visions dantesques dignes d’Hellraiser ?) et mit fin à ses jours quelques mois avant la sortie du film.

Le DVD :  Sur support DVD et Blu-Ray, le film ne perd rien de son impact, d'autant que des suppléments à foison permettent de pousser l'expérience plus loin. Un making of d'une heure et demie, un documentaire sur la censure, un entretien de vingt minutes avec Pascal Laugier et une rencontre avec le regretté Benoît Lestang sont en effet disponibles sur les deux supports. Quant aux amateurs de home cinéma, ils seront comblés par un son DTS plein débit impeccable.

© Gilles Penso


Thema: Mort

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