(The Keep)
de Michael Mann (Etats-Unis)
avec Scott Glen, Alberta Watson, Jurgen Prochnow, Robert Prosky, Ian Mc Kellen, Gabriel Byrne, Michael Carter


La Forteresse Noire adapte le roman homonyme de F. Paul Wilson, publié en 1981 et dédié à H.P. Lovecraft, Robert Howard et Clark Ashton Smith. Mais le vampire assoiffé de sang du texte initial s’est ici mué en démon colossal et exterminateur aspirant l’énergie vitale de ses victimes. L’intrigue prend place en 1943. Un détachement de l’armée allemande est envoyé au cœur de la Transylvanie afin d’investir une gigantesque et antique forteresse. Ces hommes sont dirigés par le capitaine Klaus Woermann, intentionnellement éloigné de l’Allemagne par les nazis. Dès qu’il observe de plus près la forteresse, Woermann reconnaît l’architecture d’une prison. Abriterait-elle quelqu’un ? Alors qu’ils inspectent l’imposante bâtisse, deux soldats décident de dérober les croix en argent qu’ils découvrent.

Bien mal inspirés, ils viennent de réveiller Molassar, une entité monstrueuse qui va désormais massacrer les intrus un à un. Woermann, terrifié, tente en vain d’opposer une résistance à la créature qui extermine ses soldats. Il lance un message alarmé à l’état major des forces allemandes, afin de quitter au plus tôt le lieu maudit. Mais les nazis ont d’autres objectifs : ils préfèrent envoyer des renforts de SS, dirigés par l’officier tortionnaire Kaempfer. Woermann et Kaempfer n’ont rien en commun, et une animosité croissante va les opposer. Mais les morts répétées dans le donjon prennent le pas sur ce conflit d’autorité. Il semble que le docteur Cuza, un Juif déporté, soit la seule personne capable de résoudre cette énigme…

Vétéran de séries TV policières dans les années 70 et 80, Michael Mann réalisait ici son second long-métrage, après Le Solitaire mettant en vedette James Caan. La Forteresse Noire se pare d’un casting impeccable, avec en tête Jurgen Prochnow (Le Bateau), Scott Glenn (
Le Silence des Agneaux), Gabriel Byrne (Usual Suspects) et Ian McKellen (Le Seigneur des Anneaux). Esthète en diable,  le futur metteur en scène de Heat et Révélations dote son film d’une atmosphère très étrange, le nimbant de clairs-obscurs monochromes et embrumés, et optant pour les angles de prise de vue surprenants. Cette mise en forme, très en accord avec les luxueux films publicitaires et clips musicaux du début des années 80, évoque beaucoup les premiers travaux de Ridley Scott. D’où le choix d’un directeur de la photographie aux partis pris tranchés, en l’occurrence Alex Thompson qui allait justement œuvrer plus tard pour Scott à l’occasion de Legend.

Mann marque également ici ses goûts prononcés pour les partitions électroniques, confiant la bande originale de son film au groupe Tangerine Dream. L’œuvre est donc somptueuse et très graphique, mais elle sous-exploite quelque peu son potentiel d’épouvante, l’intérêt du réalisateur étant visiblement ailleurs. Car même si le monstre Molassar, conçu par le dessinateur Bilal, est une création inspirée et fort impressionnante, il fonctionne moins comme un archétype des terreurs primales frappant dans les ténèbres (façon
Alien) que comme une métaphore du démon qui sommeille en chaque homme, en l’occurrence les nazis qu’elle élimine impitoyablement.

© Gilles Penso
Thema: Diables et Démons
Tag(s) : #FILMS