(House of Wax)
de André de Toth (Etats-Unis)
avec Vincent Price, Charles Bronson, Frank Lovejoy, Phyllis Kirk, Carolyn Jones, Roy Roberts, Paul Picerni, Paul Cavanagh


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Remake fidèle du magistral Masques de Cire de Michael Curtiz, cet autre classique du cinéma d’épouvante pousse l’analogie jusqu’à reproduire intégralement des portions de dialogues, des cadrages, des décors et des accessoires de son modèle. Pourtant, L’Homme au Masque de Cire possède une identité tout à fait autonome, notamment grâce à la prestation de Vincent Price qui, comme à son habitude, crève l’écran par son charisme, son élégance et son inimitable prestance. Succédant à Lionel Atwill, il reprend le rôle du sculpteur de figurines de cire laissé pour mort dans l’incendie de son musée.

Ici, il se nomme Henry Jarrod, et sa folie n’a rien à envier à celle de son prédécesseur, même s’il compose sur un registre doucereux et bienveillant, au lieu de la noirceur aigrie que campait Atwill. Quant au visage défiguré de Jarrod, œuvre du maquilleur Gordon Bau, il est moins impressionnant que celui de 1933 mais vaut lui aussi son pesant de grand-guignol. Pour se distinguer du chef d’œuvre de Curtiz, l’intrigue a ici été transposée au début du siècle, le personnage de la journaliste a été éliminé, et la structure du récit initial a été légèrement modifiée par le scénariste Crane Wilbur afin de fluidifier le récit. Le résultat, il faut l’avouer, est des plus heureux.

On note au passage la prestation d’un tout jeune Charles Bronson, dans le rôle d’Igor, un serviteur sourd-muet et patibulaire qui n’aurait pas dépareillé dans le château du docteur Frankenstein. La scène où une réplique de son visage buriné, posée sur une étagère aux côtés d’autres figures en cire, s’anime pour s’avérer être sa vraie tête, est d’une redoutable efficacité. D’une manière générale, le travail de mise en scène d’André de Toth (signataire de nombreux westerns et films noirs des années 50) est tout à fait prodigieux, composant des atmosphères oppressantes et des moments franchement spectaculaires, notamment le fameux incendie rongeant de ses hautes flammes le créateur et ses œuvres. Comme beaucoup de films fantastiques du milieu des années 50, L’Homme au Masque de Cire fut tourné et projeté en relief, marquant là les premiers pas de la Warner dans cette innovation technique vite muée en argument marketing imparable.

D’où certaines séquences un peu gratuites qui s’amusent à projeter toutes sortes de choses en direction des spectateurs, notamment le french cancan auquel assistent les deux jeunes héros du film, ou le bateleur qui attire le public dans le musée de cire en tapant sur des balles avec ses raquettes de ping-pong. Mais au-delà du gadget, le procédé crée un intéressant phénomène de mise en abîme, notamment lorsque le saltimbanque susnommé s’adresse directement à la caméra pour inciter le public à venir visiter la galerie des horreurs. Par une cruelle ironie du sort, André de Toth, privé de l’usage d’un de ses yeux, n’eut jamais la possibilité d’admirer son chef d’œuvre en relief. Vincent Price, quant à lui, acquit définitivement ici son statut de star de l’épouvante, et multiplia dès lors les mémorables prestations en ce domaine, notamment pour Roger Corman à partir de 1960.

© Gilles Penso
Théma: Super-Vilains
Tag(s) : #FILMS