Le premier Piranhasimitait avec une touchante maladresse Les Dents de la Mer, échappant au ratage grâce au style et à
l’ironie de Joe Dante. Rien de tel ici, et si la plupart des filmographies officielles de James Cameron oublient volontairement de mentionner Piranhas 2, c’est que cette improbable séquelle ne fait pas très bon effet sur un CV. Cela dit, avant de réaliserTerminator, Aliens, AbyssetTitanic, il fallait bien que le cinéaste fasse ses premières armes. Il trouva de
quoi s’occuper dans la société New World Pictures de Roger Corman, œuvrant tour à tour comme maquettiste (Les Mercenaires de l’Espace), peintre sur verre (New York 1997), designer (La Galaxie de la
Terreur, Androïd).
Le flair de Corman l’incita à pousser ce jeune homme derrière une caméra. Voici donc Cameron aux commandes de Piranhas 2dont le scénario se contente de piocher un maximum d’idées dans les deux premiersJaws. Lance
Henriksen, en shérif, remplace ici Roy Scheider, avec qui il présente quelques similitudes physiques. Comme dans Jaws 2, il part
en hélicoptère à la recherche de son fils perdu en mer. Ici encore, l’armée américaine finance des recherches pour créer des « machines à tuer » indestructibles destinées aux rivières du
Vietnam. Mais il y a quelques bavures, et parmi elles la création involontaire d’une nouvelle race de piranhas munis d’ailes. S’il n’y a pas grand-chose à sauver de cette entreprise, dont l’humour
gras lorgne carrément du côté de Police Academy, deux séquences surnagent un peu et valent presque le détour : l’attaque
des piranhas volants sur la plage, et le regroupement des poissons voraces dans l’épave, au moment du climax.
Ces séquences doivent leur efficacité à la nervosité du montage et aux astucieux effets spéciaux de Gianetto de Rossi, maquilleur attitré des films gore de Lucio Fulci. Les analystes percevront
tout de même déjà quelques composantes récurrentes de l’univers de James Cameron : les prises de vues sous-marines, bien sûr, les éclairages bleutés, également, mais aussi et surtout la mise
en scène d’un protagoniste féminin volontaire, fort et héroïque, prélude aux personnages d’Helen Ripley et Sarah Connor. Pour le reste, la médiocrité semble être le maître mot de
Piranhas 2, mais les conditions étranges dans lesquelles le film fut réalisé expliquent sans doute en partie cet état de
fait.
Peu satisfait des images tournées par Cameron, le producteur Ovidio G. Assonitis décida de reprendre les rênes du film, d’en tourner lui-même de larges séquences et d’exclure le metteur en scène de
la salle de montage. Cameron, qui n’était déjà pas du genre à se démonter, décida d’entrer par effraction dans les locaux de la production, en pleine nuit, afin de remonter le film à sa
guise ! Hélas, le cinéaste rebelle fut surpris en flagrant délit et interrompu sur le champ. Le montage que nous connaissons est donc l’œuvre d’Assonitis, dont les crédits de metteur en scène
comptent des œuvres aussi impérissables que Le Démon aux Tripesou Tentacules. Des années plus tard, au faîte de sa gloire, Cameron citera avec cynisme Piranhas 2comme « le film le plus subtil jamais réalisé sur des piranhas volants » !
Avis aux amateurs d'effets spéciaux
Le livre STOP-MOTION, L'ANIMATION IMAGE PAR IMAGE DANS LE CINÉMA FANTASTIQUE, aujourd'hui épuisé, est désormais disponible en ligne. Pour en savoir plus, cliquez ici.
Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…
Derniers Commentaires