Exorciste-book.jpgde William Peter Blatty (Etats-Unis) - 1971

Traduction de Jacqueline Remillet. Publié aux éditions J'AI LU.

 

Le chef d'œuvre de William Friedkin, souvent considéré comme l'un des films d'épouvante les plus terrifiants de tous les temps, s'appuie sur un roman éprouvant de William Peter Blatty. Ancien universitaire et journaliste, Blatty s'inspire ici d'un fait divers qu'il découvrit alors qu'il était encore étudiant : l'exorcisme d'un adolescent américain, pratiqué en 1949 dans le Maryland. C'est le directeur de la Société de Jésus pour le Diocèse de New York qui lui suggère le sujet de son roman, et l'auteur, alors âgé de 42 ans, ignore qu'il tient là un futur best-seller, lequel se vendra par dizaines de millions d'exemplaires à travers le monde.

 

Pourquoi L'Exorciste touche-t-il autant ? Pourquoi bouleverse-t-il au point de hanter ses lecteurs longtemps après sa lecture ? Probablement parce que Blatty appuie son écriture sur une recherche minutieuse et encyclopédique. La foule de détails qu'il emploie pour décrire les hypthèses élaborées tour à tour par les médecins, les psychiatres et les hommes d'église afin d'expliquer l'inquiétante métamorphose de Regan MacNeil, une fillette de 12 ans jusqu'alors sans histoire, frappe par son réalisme. L'histoire est crédible parce qu'elle est ancrée dans le réel, dans le concret, dans le vraisemblable. Progressivement, nous découvrons la possession de Regan par une redoutable entité démoniaque, provoquant le désarroi de sa mère célibataire et du père Damien Karras, prêtre et psychiatre appelé en dernier recours pour tenter une intervention de la dernière chance.

 

L'écrivain ne nous épargne aucun détail sordide, mais son livre ne bascule jamais dans l'horreur putassière ou la vulgaire pornographie, malgré quelques passages franchement gratinés (la description minutieuse de certaines pratiques des adorateurs de Satan soulève allègrement l'estomac !). Sans doute parce que Blatty a la plume instinctive, vagabonde, nimbant régulièrement son récit d'une sorte de poésie urbaine et désenchantée qui berce l'imagination et saisit au plus juste les sentiments mitigés de ses protagonistes désemparés. Bref, voila un livre unique en son genre, indispensable pour tout adepte du genre. Un complément idéal au long-métrage mythique que le réalisateur de French Connection en tira en 1973.

 

© Gilles Penso

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