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Cet été, la presse française aura atteint les cimes de la bêtise, de la bassesse, de la mesquinerie, de la balourdise, de l'ignorance et du racolage. Le sommet semblait avoir été atteint avec Télérama et le triste article de Jérémy Couston, lequel s'efforça de prouver en quelques jets de bave pestilentiels qu'il était beaucoup plus intelligent que Tony Scott et que ce dernier n'était qu'un pauvre cocaïnomane jaloux de son frère… Très fier de son petit effet, ce journal télé nauséabond s'éclata ensuite de rire sur le cadavre de Jean-Luc Delarue à grands coups de mots d'esprit très spirituels (« les hommages se succèdent à la vitesse d'une métastase au galop » ah ah ah !).

 

Le mépris du grand public a toujours été le mot d'ordre de Télérama, et suffisait déjà amplement à nous faire détester l'immonde torchon fat et pédant fondé par Georges Montaron. Mais cette nouvelle ligne éditoriale, qui consiste à attendre avec impatience quelques morts croustillantes pour pouvoir s'en repaître voracement, prouve qu'il était finalement possible de tomber encore plus bas. La couverture du numéro 3264, titrée "Batman assassin ?", annonçait clairement la couleur. "Tremblez Ici Paris, VSD, France Dimanche et Paris Match : un nouveau concurrent vient piétiner vos plates-bandes", semblait dire ce visuel grotesque.

 

Mais aujourd'hui, c'est Le Nouvel Observateur qui décide de placer son incompétence et sa stupidité sous le feu des projecteurs. Sous la plume d'un François Forestier qui n'en est pas à sa première ineptie (ses livres "101 Nanars" et "Le Retour des 101 Nanars" sont des sommets de condescendance et d'inculture), un article titré "Marre du cinéma-massacre" entend bien nous faire comprendre qu'Hollywood est une entreprise de destruction massive qui fabrique des psychopathes, des assassins et des terroristes. Evidemment, Batman est une fois de plus en ligne de mire, et sert de prétexte à une longue série d'arguments tellement dénués de sens que je ne résiste pas à la tentation de vous en livrer quelques morceaux choisis :

 

« Hollywood est devenu une machine à produire des films d'une violence inouïe. Les balles des super-héros traversent l'écran. » : Devenu ? Parce que le cinéma d'Arthur Penn, de Sam Peckinpah ou de William Friedkin était soft, lui, en revanche ? Parce qu'en France, Yves Boisset, Costa-Gavras et Henri Verneuil s'étaient spécialisés dans les comédies romantiques, peut-être ? Mon petit François, renseignez-vous donc un peu avant de vouloir à tout prix écrire un article sur un sujet que vous connaissez apparemment bien mal. Attendez, voici la suite : « Depuis que les sondeurs ont constaté que la tranche d'âge de la majorité des spectateurs se situait entre 15 et 20 ans, il a été entendu que les adolescents étant idiots, il fallait leur fournir des films idiots. De préférence, avec des explosions en masse et des tueries en kit. La révolution des effets spéciaux et de la 3D aidant, on assiste à un anéantissement de toute pensée critique, de toute distance. » Que François se rassure, il n'y a ni explosion, ni effets spéciaux, ni 3D dans Les Tuche. Donc ce n'est pas un film idiot. CQFD.

 

Mais ce n'est pas tout. En agitant ses petits poings indignés, notre valeureux journaliste s'enflamme soudain : « Donc : marre de ce cinéma d'abrutis, marre de ces films-massacres, marre de ce gavage d'explosions, marre, marre, marre. »  Voila, ça c'est de l'argumentation. Quand un raisonnement se tient aussi bien, il n'y a rien à ajouter. Et pour finir, une conclusion dans laquelle le surréalisme se mêle à un soupçon de schizophrénie : « constatons qu'aujourd'hui, quand on porte « Blanche-Neige » à l'écran, le conte de fées devient un film d'horreur. » De quoi parle-t-il, au juste ? Du film de Tarsem Singh ? De celui de Rupert Sanders ? Ignore-t-il que la version de Blanche Neige la plus proche du film d'horreur - au sens le plus strict du terme - est sans conteste celle que Walt Disney produisit en 1937 ? Oui, apparemment François Forestier ignore beaucoup de choses. Et pourtant Le Nouvel Observateur le paie pour écrire des articles sur le cinéma. Allez comprendre…

 

© Gilles Penso

Catégorie: Coups de gueules et billets d'humeur

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