Image 1Une chose est sûre : John Landis s’y connaît en monstres. Pour son premier long-métrage Schlock, il endossa lui-même la panoplie d’un homme-singe turbulent, conçue par le génial maquilleur Rick Baker. Puis il nous offrit le prodigieux Le Loup-Garou de Londres, transforma Michael Jackson en zombie, en lycanthrope et en panthère dans Thriller et Black or White, mua Anne Parillaud en vampire dans Innocent Blood, mit en scène les exploits sanglants de Burke et Hare dans Cadavres à la pelle… Fantasticophile accompli, Landis a eu la bonne idée de signer un superbe livre consacré aux bébêtes les plus marquantes de l’histoire du Septième Art, « Monsters in Movie », que les éditions Flammarion viennent de traduire en français sous le titre « Créatures Fantastiques et Monstres au Cinéma. » C’était l’occasion rêvée de soumettre à la question ce cinéaste légendaire, à qui nous devons aussi les cultissimes Blues Brothers et Un Fauteuil pour deux.

 

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John, pourquoi un livre sur les monstres au cinéma?

Et pourquoi pas?

 

Comment avez-vous déniché les splendides photos qui illustrent votre livre?

Environ 80% d’entre elles ont été fournies par mes partenaires sur ce livre, la légendaire Kobal Collection. Les autres viennent de plusieurs de mes amis.

 

Dans l’introduction du livre, vous affirmez qu’il ne s’agit pas d’une encyclopédie. J’ai pourtant l’impression du contraire. Certes, vous ne citez pas tous les monstres de l’histoire du cinéma, mais c’est l’un des répertoires les plus complets à ce jour.

Je suis très heureux que vous trouviez ce livre encyclopédique, mais il y a tant de monstres dans l’histoire du cinéma qu’il m’a fallu faire une sélection. Mon éditeur m’a logiquement restreint dans le nombre de pages à ma disposition. Sans parler de tous ces monstres que je n’ai découvert que tardivement, alors qu’il était trop tard pour rajouter des textes ou des images. Plutôt qu’une encyclopédie, je dirais qu’il s’agit d’un tour d’horizon illustré des monstres au cinéma. En fait, l’objectif principal de ce livre est d’être drôle et cool. Ce n’est pas un projet universitaire, son but est avant tout d’être distrayant.

 

Je suppose que parfois, il n’était pas facile de ranger certains monstres dans une catégorie plutôt qu’une autre. Les monstres de Lifeforce sont à la fois des vampires et des extra-terrestres par exemple… 

Ce n’est pas vraiment une question, mais vous avez raison ! Il a fallu les ranger selon une logique subjective, et les choses se sont organisées au feeling, au fur et à mesure de l’élaboration du livre.

 

Christopher Lee, Joe Dante, David Cronenberg, Sam Raimi, Guillermo del Toro, Ray Harryhausen, Rick Baker et John Carpenter sont interviewés dans le livre. Pourquoi avoir arrêté votre choix sur ces huit personnalités en particulier ?

Parce que chacun d’entre eux, à sa manière, a contribué de manière essentielle à la création de monstres cinématographiques. Et parce que ce sont tous des amis. Je savais que mes conversations avec eux seraient plus candides que s’il s’agissait d’interviews traditionnelles réalisées par un journaliste leur posant les mêmes questions.

 

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Comment définiriez-vous ce qu’est un monstre ?

Ma réponse à cette question se trouve dans l’introduction du livre ! Le mot « monstre » vient du latin monstrum. « Monstrueux » qualifie une perversion de l’ordre naturel, généralement d’un point de vue biologique. Le mot monstre est associé à quelque chose de mauvais et de sinistre. Un monstre est détestable, d’un point de vue physique ou mental. C’est souvent une aberration dans son apparence et son comportement. Le mot monstre est donc généralement associé au concept du mal, à la fois dans la pensée et dans l’action. Voilà pourquoi des gens d’apparence normale qui agissent de manière répréhensible sont aussi qualifiés de monstres.

 

Pourquoi pensez-vous que les films de monstres soient si populaires ?

Je dirais que les monstres existent dans le subconscient de chacun d’entre nous, et vivent dans nos souvenirs les plus primaires. Aller à leur rencontre dans un film équivaut quasiment à réaliser un exorcisme, une expérience cathartique qui a en outre le mérite d’être extrêmement distrayante.

 

Quels sont les premiers films de monstres dont vous ayez gardé le souvenir ?

Je me souviens avoir vu Frankenstein rencontre le Loup-Garou à la télévision alors que j’étais très jeune. C’est un souvenir très ancien. Et je me rappelle que je changeais de chaine chaque fois que le film devenait trop effrayant pour moi ! J’ai découvert tous les monstres classiques du cinéma sur le petit écran. En revanche, c’est en salle que j’ai vu la plupart des monstres de Ray Harryhausen.

 

Quels sont vos monstres cinématographiques favoris ?

Le King Kong original, L’Etrange Créature du Lac Noir, les hommes-animaux de L’Île du Docteur Moreau, le monstre de Frankenstein interprété par Boris Karloff, Le Loup-Garou, les deux versions de The Thing (celle d’Howard Hawks et celle de John Carpenter), le cyclope et le dragon du 7ème Voyage de Sinbad, Talos, les harpies et l’hydre de Jason et les Argonautes, et la bête dans La Belle et la Bête de Jean Cocteau.

 

Qui dit monstre dit souvent jolie fille qui crie. Quelles sont vos « scream queen » préférées ?

Fay Wray (dans le King Kong de 1933) et Mary Philbin (dans Le Fantôme de l’Opéra de 1925).

 

Vous avez vous-même mis en scène quelques monstres mémorables. A quand le prochain ?

Je ne sais pas, mais une chose est sûre : je suis toujours partant pour réaliser un film de monstre !

 

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A droite l'interviewé, à gauche l'interviewer…

 

Propos recueillis par votre serviteur le 3 décembre 2012

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