Sweeney-Todd-livre.jpgde James Malcolm Rymer (Etats-Unis) - 1850

Traduction de Thomas Garel. Illustration couverture de Melody Dafonseca. Publié aux éditions Callidor

 

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La majorité des films fantastiques puisant leur inspiration dans un matériau littéraire, il semblait primordial de réserver  tôt ou tard dans l’Encyclopédie du Cinéma Fantastique une place aux écrits de l’imaginaire, de la science-fiction et de l’horreur. Les jeunes éditions Callidor nous en offrent l’occasion grâce à une publication événementielle qui fera probablement date en nos contrées : la version intégrale de Sweeney Todd, connu également sous les titres alternatifs Le Collier de Perles et Le diabolique barbier de Fleet Street.

 

Influence directe du film homonyme de Tim Burton, mais également d’une dizaine d’autres adaptations cinématographiques, de plusieurs pièces de théâtre et d’un célèbre show musical concocté par Stephen Sondheim, ce récit mélodramatique à cheval entre l’investigation policière et le roman d’épouvante fut d’abord un feuilleton épisodique, avant que ses chapitres ne soient réunis sous forme d’un livre complet, le nom de l’auteur – James Malcolm Rymer, n’ayant été révélé que récemment après maintes confusions liées à la paternité de l’œuvre. Antérieur aux séminaux Dracula et L’Etrange cas du docteur Jekyll et de Monsieur Hyde, dont il annonce bon nombre de motifs et de thématiques, Sweeney Todd s’ouvre sur la disparition inexpliquée d’un marin en plein Londres. En avance sur les enquêteurs, le lecteur comprend bien vite que le sinistre barbier Sweeney Todd, contrefait, antipathique et misanthrope, n’est pas étranger à cette curieuse affaire.

 

La description que nous en donne Rymer (« un homme grand, au physique ingrat, comme un pantin dont les parties auraient été mal assemblées, doté d’une bouche, de mains et de pieds si immenses qu’il était lui-même, d’une certaine manière, une véritable curiosité de la nature ») n’est pas très éloignée de celle qu’utilisait Victor Hugo pour dépeindre Quasimodo dans Notre Dame de Paris (« de larges pieds, des mains monstrueuses (…) On eût dit un géant brisé et mal ressoudé. »). Dépassant le statut de « banal » criminel, Sweeney Todd se mue ainsi en véritable créature monstrueuse n’ayant plus beaucoup d’attributs humains. Et pourtant – perversion de la narration – l’intrigue emploie souvent le barbier comme protagoniste, incitant le lecteur à s’en servir de pôle d’identification, voire à devenir complice de ses crimes. Le chapitre situé dans la maison des voleurs est à ce titre édifiant. En fuite après avoir tenté de revendre un collier volé, il tombe sur un repaire de gredins dont il tente de s’échapper discrètement, avec comme armes principales sa force physique, sa détermination et notre sollicitude !  

 

Sweeney Todd n’est certes pas exempt de défauts, notamment des digressions un peu artificielles liées à sa nature initiale feuilletonante, et son style inégal qui laisse imaginer une co-écriture avec d’autres auteurs demeurés anonymes. Mais le dynamisme énergisant du récit, ses multiples rebondissements, son univers sinistre tempéré de nombreuses touches d’humour noir et la fascination malsaine qu’exerce son anti-héros emportent immédiatement l’adhésion. Pour ne rien gâcher, les éditions Callidor ont serti l’œuvre dans un emballage luxueux, la couverture crayonnée par Melody Dafonseca clignant discrètement de l’œil vers Tim Burton tout en se constellant de taches écarlates ô combien évocatrices.

 

© Gilles Penso

Catégorie: La Bibliothèque Fantastique

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