les films de Jack Arnold

Lundi 31 octobre 2011 1 31 /10 /Oct /2011 15:39

l homme qui retrecit,2(The Incredible Shrinking Man)

De Jack Arnold (Etats-Unis)

Avec Grant Williams, Randy Stuart, April Kent, Paul Langton, Raymond Bailey, William Schallert

 

Le DVD est disponible ici

 

Jack Arnold est l’un des artisans majeurs de la science-fiction des années 50, et la qualité de ses films de genre est allée crescendo. Après les extra-terrestres du Météore de la Nuit (1953), le monstre aquatique de  L’Etrange Créature du Lac Noir (1954) et l’effrayante araignée géante de Tarantula (1955), L’Homme qui rétrécit aura été le point culminant de sa carrière. Le scénario, écrit par Richard Matheson d’après un roman qu’il publia l’année précédente, repose sur une idée toute simple qui n’aurait pas détonné dans un épisode de La Quatrième Dimension, ce qui ne surprend guère lorsqu’on sait que Matheson fut l’un des collaborateurs réguliers de la série culte de Rod Serling.

 

Tout commence sur un yacht, lorsque Scott Carey (Grant Williams), en vacances avec sa femme Louise (Randy Stuart), traverse un nuage étrange. A son retour, il constate que sa taille diminue et consulte de grands savants. L’un deux arrête pour quelque temps cette décroissance. Soigné avec dévouement par Louise, il trouve une consolation passagère auprès d’une charmante naine, Clarice (April Kent). Mais sa taille recommence bientôt à diminuer. Réfugié provisoirement dans une maison de poupées, il est attaqué par le chat de la maison et tombe dans la cave. Là, il lutte contre une araignée, puis passe à travers une plaque d’aération et se retrouve enfin libre. Mais que va-t-il devenir désormais ?

 

Le postulat peut sembler rudimentaire, mais le soin que Richard Matheson et Jack Arnold ont mis à accentuer le drame humain plutôt que le fantastique fait toute la force du film. Comme dans bien des récits de Matheson, le spectateur en vient à se poser la question cruciale : « Et si ça m’arrivait ? » Arnold, pour sa part, a accru davantage l’identification du spectateur à son héros en focalisant toute l’action sur lui, évitant toute intrigue secondaire et parallèle. La scène de suspense dans laquelle Louise et son frère se rendent dans la cave pour réparer une fuite d’eau, ignorant que le minuscule Scott les appelle en vain pour qu’ils viennent le chercher, fait atteindre au spectateur les sommets de son implication. Les premières étapes de la métamorphose sont servies par des images simples mais extrêmement efficaces : les radios du crâne de Scott, de plus en plus petites, ou le malheureux protagoniste assis dans un fauteuil soudain trop grand pour lui.

 

Puis les magnifiques effets visuels de Clifford Stine (Les Survivants de l’Infini, Tremblement de Terre) prennent le relais : décors surdimensionnés, incrustations, perspectives forcées, le tout réalisé avec un effarant réalisme, tant et si bien que tous les trucages se font rapidement oublier. Les scènes les plus mémorables du film sont les affrontements du héros avec le chat et l’araignée, une tarentule géante un peu irréaliste (même minuscule, qu’est-ce qu’une tarentule viendrait faire dans la cave ?) mais réellement terrifiante, qui semble faire écho à celle de Tarantula. Comme dans le roman, le dénouement du film est on ne peut plus ouvert, jouant sur les lois de la relativité et offrant au spectateur le soin d’imaginer la suite de l’incroyable destin de Scott Carey.

 

© Gilles Penso

 

Thema: Nains et géants

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Jack Arnold - Communauté : The SciFi Geeks
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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 22:57
(Creature From the Black Lagoon)
de Jack Arnold (Etats-Unis)
avec Richard Carlson, Julie Adams, Richard Denning, Antonio Moreno, Nestor Paiva, Whit Bissell, Bernie Gozier, Henry Escalante


Voir la bande annonce

Le DVD est disponible ici

Après avoir usé jusqu’à la corde Dracula, Frankenstein, le loup-garou et la momie, à coup de séquelles, de cross-over et de parodies, les studios Universal avaient besoin d’un nouveau monstre, propre à enrichir un peu leur mythique bestiaire. Le producteur William Alland s’inspira donc d’une légende urbaine, prétendant qu’un homme-poisson vivrait quelque part en Amazonie, et se lança dans cette Etrange Créature du Lac Noir
appelée à devenir un classique. On y suit une expédition paléontologique aux abords d’un sinistre lagon, constituée d’une petite équipe de spécialistes : le professeur David Reed, l’industriel Mark Williams, le plongeur Carl Maia et sa fiancée scientifique Kay Lawrence.

Tout ce beau monde se retrouve bientôt nez à nez avec un chaînon manquant entre l’homme et le poisson, qui les agresse en se sentant envahi sur son propre territoire, puis s’émeut face à la beauté de Kay. Au cours d’une mémorable séquence de ballet aquatique, le monstre marin, tapi au fond de son lagon, imite les mouvements gracieux de la belle qui fait innocemment trempette dans son joli maillot de bain blanc. La musique d’Hans J. Slater et les cadrages en caméra subjective de cette séquence inspireront Steven Spielberg lorsqu’il s’attellera vingt ans plus tard aux
Dents de la Mer. Reproduisant assez fidèlement le schéma de King Kong, la créature saccage tout pour emporter la belle dans son repaire, jusqu’à ce que les hommes ne parviennent à l’abattre et l’envoyer par le fond.

Même si Bud Westmore, alors à la tête du département maquillages spéciaux d’Universal, s’octroya la paternité de cette étrange créature, il faut savoir qu’elle fut le fruit du travail d’une solide équipe de sculpteurs et de designers, notamment de la talentueuse Millicent Patrick. Cette dernière imagina en effet le look définitif du monstre, s’inspirant entre autres du « Moine des Mers », une bête marine apparaissant sur une vieille gravure du 17ème siècle. A la demande de Jack Arnold, la présence des branchies fut accentuée sur la tête du monstre, ce qui lui valut son surnom de « Gill Man » (« l’homme aux branchies »). Interprétée tour à tour par Ricou Browning (sous l’eau) et Ben Chapman (à la surface), elle ne fait d’abord que de furtives apparitions, sa main palmée et griffue surgissant lentement des eaux tandis que la bande originale d’Hans J. Slater s’affole avec tonitruance. Puis elle se montre au grand jour, exhibant sa surréaliste anatomie mi-humanoïde mi-écailleuse.

Jack Arnold donne ici la vedette à Richard Carlson, déjà héros du Météore de la Nuit, pilier d’un petit groupe de comédiens très convaincants. Le scénario s’enrichit d’une rivalité amoureuse marquée entre David et Mark, autour de la belle Kay par ailleurs courtisée par la créature, ce qui fait beaucoup pour une seule femme. Entièrement reconstitué en Floride (pour les extérieurs) et aux studios Universal (pour les intérieurs), le décor du lagon amazonien est criant de vérité et lugubre à souhait. Sorti en pleine vogue des films en trois dimensions, L’Etrange Créature du Lac Noir bénéficia à l’époque d’une imposante campagne publicitaire, clamant haut et fort qu’il s’agissait du premier film en relief avec des séquences sous-marines.

© Gilles Penso

Thema: Monstres marins
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Jack Arnold
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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 20:27
de Jack Arnold (Etats-Unis)
Avec John Agar, Mara Corday, Leo G. Carroll, Nestor Paiva, Ross Elliott, Edwin Rand, Raymond Bailey, Hank Patterson


Voir la bande annonce

Le DVD est disponible ici

Après l’homme-poisson de
L'Etrange Créature du Lac Noir, Jack Arnold livre à la science-fiction des années 50 un autre monstre glorieux avec Tarantula, bien vite propulsé au rang de classique du genre. Dans son laboratoire situé en plein désert arizonien, le professeur Dreemer (Leo G. Carroll) expérimente une nourriture artificielle destinée à préserver les générations futures de la famine. Hélas, la substance chimique qu’il produit a le fâcheux effet de déformer les humains et d'accroître les dimensions des autres animaux. Eric Jacobs, l'un des assistants du savant, malformé à la suite d'une injection de ce produit expérimental, devient fou furieux, détruit le laboratoire et libère une énorme tarentule que Dreemer utilisait comme cobaye. L'araignée ne cesse de grandir et commence à tuer du bétail, puis des hommes.

La mise en scène très efficace de Jack Arnold, servie par des trucages d'un réalisme surprenant, parvient à créer un climat d’angoisse croissante. C'est ce qui permet à Tarantula d'émerger sensiblement du lot des films de monstres géants tournés à la même époque. La première apparition de la tarentule, grande comme une pieuvre et collée à une vitre derrière Leo G. Carroll, s’avère déjà très effrayante, d’autant qu’elle est visualisée avec une sobriété et un réalisme remarquables. Plus tard, lorsque le monstre attaque de nuit un fermier, c’est l’horreur pure qui prend le relais. Les séquences choc s’ensuivent alors sans discontinuer : agression d’un cheval encerclé par les immenses pattes velues, apparition du faciès arachnéen hideux à la fenêtre d’une chambre… Jusqu’à cette scène génératrice d’une tension extrême, au cours de laquelle des militaires regagnent tant bien que mal leurs véhicules pour fuir, tandis que l’araignée grande comme une colline avance lentement vers eux sur la route nocturne.

Parallèlement aux évolutions très spectaculaires de la tarentule géante, dues au talent apparemment sans bornes du maître ès effets spéciaux Clifford Stinne, Jack Arnold décrit les ravages physiques progressivement causés au professeur Dreemer, atteint d'acromégalie par la grâce des maquillages spéciaux de Bud Westmore. Car le savant a été soumis à sa propre substance par son assistant Jacobs, devenu fou, lequel s’est enfui dans le désert pour y mourir dans de terribles souffrances. Le film prend, du coup, un ton pathétique qui sait éviter les pièges du mélodrame. Dommage que l'idylle entre le solide John Agar et la belle Mara Corday ne contourne pas aussi habilement les clichés, s'empêtrant tranquillement dans la romance convenue.

Au cours d’un dénouement abrupt cédant lui aussi quelque peu au déjà vu et s’inspirant visiblement de celui de
King Kong, un tout jeune Clint Eastwood dont on ne voit que le regard déjà très perçant, lâche sur l’araignée une bombe au napalm du haut de son avion de chasse. La cauchemardesque araignée finit ainsi ses jours à quelques pas de la bourgade qu’elle s’apprêtait à dévaster. Le film marqua tant le public qu’il contribua à populariser un sous-genre du cinéma fantastique amorcé dix-huit mois plus tôt par Des Monstres Attaquent la Ville : le film d’invasion d’insectes et d’arachnides géants, dont il demeure encore à ce jour l’un des mètres étalons.

© Gilles Penso

Thema:
Araignées
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Jack Arnold - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

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