les films d'Inoshiro Honda

Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 09:16

Prisonnières des martiens(Chikyu Boeigun)

De Inoshiro Honda (Japon)

Avec Kenji Sahara, Yumi Shirakawa, Momoko Kochi, Akihiko Hirata, Takashi Shimura, Susumu Fujita, Fuyuki Murakami

 

Premier film de science-fiction japonais à bénéficier du format cinémascope couleur, Prisonnières des Martiens s’est érigé dès sa sortie en classique du genre, et ce malgré une intrigue des plus improbables qui semble avoir inspiré celle de Mars Needs Women. La jolie fête des moissons qui ouvre le film est soudain perturbée par un curieux incendie de forêt, suivi par un glissement de terrain et par l'arrivée impromptue d'un robot géant et dévastateur.

 

Les habitants de Mystéroïd (et non de Mars, contrairement à ce que laisse imaginer le titre français) ont débarqué sur Terre suite à la destruction de leur planète par une catastrophe nucléaire et exigent deux choses : une parcelle de terrain et surtout quelques jolies terriennes triées sur le volet afin d'assurer leur descendance. Les effets de la radioactivité les empêchent en effet de se reproduire entre eux. Fasciné par les pouvoirs et l’intelligence des envahisseurs, un jeune savant humain se rallie à leur cause. A cette collaboration s’oppose un mouvement de résistance, reflet à peine caché des expériences personnelles qu’Inoshiro Honda vécut pendant la seconde guerre mondiale.

 

Un véritable grain de folie nimbe la direction artistique et les effets spéciaux du film, assurés par Eiji Tsuburaya, truqueur attitré de tous les premiers Godzilla. Hélas, la réalisation technique s’avère rarement à la hauteur des ambitions initiales. D’où des lignes de cache bien visibles (comme lorsque les protagonistes contemplent l'effet d'un glissement de terrain) et des incrustations sur fond bleu franchement épouvantables (notamment le tank qui avance vers le dôme extra-terrestre). Mais la palme du ridicule revient tout de même au robot des Mysterians, un bibendum caoutchouteux et pataud au vague look de samouraï, affublé d'un bec d’oiseau et de petites antennes, qui sème une panique godzillesque au début du film. Quelques jolies maquettes évoquent les Thunderbirds, mais la plupart d'entre elles ressemblent trop à des jouets pour qu'on puisse y croire une seconde.

 

Par ailleurs, certains grands moments d'humour involontaire émaillent le film : le présentateur TV qui, après l'attaque du robot et l'invasion des soucoupes volantes, affirme « cela confirmerait peut-être l'existence des extra-terrestres », ou encore les Mysterians qui choisissent d'après photo les femmes dont ils ont besoin pour se reproduire ! Si on ajoute le look Bio Man avant l'heure des extra-terrestres et les soucoupes volantes à la Ed Wood, on comprend à quel point il est difficile de prendre le film au sérieux, malgré son statut d’œuvre référentielle aux yeux de nombreux fantasticophiles. La seconde moitié de Prisonnières des Martiens est structurée autour d’un affrontement épique entre extra-terrestres et militaires, au cours duquel le rayon des envahisseurs fait fondre les canons et les tanks de l'armée, comme le faisait Gort dans Le Jour où la Terre s'arrêta. Le Japon et les Nations-Unies parviendront finalement à éradiquer la menace grâce à la mise au point des « markalites », de gigantesques antennes paraboliques conçues pour bombarder les Mysterians avec un rayon destructeur imparable.

 

© Gilles Penso

 

Thema: Extra-Terrestres

 

Par Gilles Penso - Publié dans : les films d'Inoshiro Honda - Communauté : Extraterrestres
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 25 mai 2008 7 25 /05 /Mai /2008 18:34
(Gojira)
de Inoshiro Honda (Japon)
Avec Akira Takarada, Takashi Shimura, Momoko Kawauchi, Akihiko Hirata, Takashi Shimura, Fujuki Murakami


Voir la bande annonce

Le DVD est disponible ici

Ami de longue date d’Akira Kurosawa, Inoshiro Honda réalisa son premier film en 1951, mais ce n’est qu’en 1954 qu’il entra dans la légende en imaginant Godzilla, métaphore rugissante des horreurs d’Hiroshima qui traumatisèrent le jeune cinéaste alors qu’il était mobilisé sur le front. Mine de rien, peu de réalisateurs peuvent se vanter d’avoir créé un mythe ayant perduré à travers les décennies, ainsi qu’un genre cinématographique à part entière, le « kaiju eiga », autrement dit le film de monstres japonais.

Inspiré par le succès de King Kong et par le scénario du Monstre des Temps Perdus, Godzilla raconte les méfaits d’un reptile préhistorique qui dormait depuis un million d’années au fond des mers avant d’être réveillé par des expériences atomiques. Le monstre gagne le Japon à la nage et sème la mort et la désolation dans Tokyo, écrasant les habitations et broyant les trains. L'armée est impuissante contre lui, car son corps semble être chargé d'électricité. Tanks, camions, bateaux, pièces d'artillerie, rien ne résiste aux assauts répétés du monstre antédiluvien. Les scientifiques perplexes se réunissent, mais la population s'affole. Au dernier moment, le docteur Serizawa trouve le moyen d'éliminer le dinosaure en détruisant l'oxygène autour de lui. Il donnera sa vie pour tuer le monstre en provoquant une explosion sous-marine.

Très sombre, parfois carrément mélodramatique, le film se sert du monstre comme élément déterminant d’une tragédie classique où se nouent des liens sentimentaux entre les jeunes protagonistes, où l'on se sacrifie, où l'on tire des morales sentencieuses de la situation (« A trop vous moquer des légendes, vous allez finir en pâture » déclame un vieillard qui sent poindre à l’avance la colossale menace). Tout ceci peut sembler à présent désuet, mais l’impact de Godzilla au milieu des années 50 fut impressionnant. Symbole des phobies nippones de l'époque (le péril nucléaire mais aussi les catastrophes naturelles et une certaine idée du fléau planétaire venu de l’irresponsabilité de l’Occident), le monstre possède la tête d’un tyrannosaure, le corps d’un allosaure et les plaques dorsales d’un stégosaure, même si son aspect général évoque surtout le dragon traditionnel asiatique.

La présence de l’acteur dans le costume en caoutchouc reste évidente, malgré l’utilisation du ralenti destiné à lui donner un pas lourd, et malgré les magnifiques maquettes de la ville de Tokyo vouées à la destruction. Artisan de ces mémorables effets spéciaux, Eiji Tsuburaya porte une grande partie du succès du film sur ses épaules. Dans la version américaine de Godzilla, Raymond Burr fait de la présence passive, afin que les spectateurs occidentaux puissent voir un visage familier au milieu de tous ces acteurs japonais inconnus. Le procédé, douteux, sera très souvent employé par les distributeurs américains pour d’autres films fantastiques nippons. Depuis, Godzilla est devenu un véritable héros national au Japon. Sa cote de popularité ne cessant de croître, il s'est peu à peu mué en monstre gentil, luttant contre des créatures diverses aux morphologies aberrantes qui auraient rendu jaloux Dali et Picasso.


© Gilles Penso

Thema:
Dinosaures
Par Gilles Penso - Publié dans : les films d'Inoshiro Honda - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 23:37
(Kingu Kongu taï Gojira)
De Inoshiro Honda (Japon)
Avec Tadao Takashima, Kenji Sahara, Mie Hama, James Yagi, Yu Fujiki, Michael Keith, Harry Holcombe, Ichiro Arishma


Voir la bande annonce

Le DVD est disponible ici

La bande originale est disponible ici

A l’instar des joueurs de fo
otball, les grands monstres s’échangent parfois d’une équipe à l’autre. Ainsi la compagnie nippone Toho a-t-elle racheté à la RKO les droits du personnage de King Kong pour qu’il affronte son champion national Godzilla, plagiant au passage sans vergogne un projet non abouti de Willis O’Brien, créateur des effets spéciaux du
King Kong de 1933. En 1962, au cœur de la guerre froide, un tel affrontement était riche en symbole, les scénaristes ne se souciant guère, par ailleurs, de la mort des deux monstres dans les films les ayant mis en vedette auparavant. Mais en tel contexte, la logique, on le sait, n’a pas vraiment cours. Assez paradoxalement, la créature la plus réussie du film n'est ni le gorille géant, ni le dinosaure radioactif, grotesquement interprétés par des comédiens dans des costumes plutôt ridicules, mais une superbe pieuvre géante, visqueuse à souhait, contre laquelle lutte Kong sur son île, dans une première partie exotique où les indigènes s'expriment en bon français (ou anglais ou japonais selon la version).

Découvert par les envoyés d’une compagnie pharmaceutique sur une île du Pacifique, Kong est drogué avec des baies au narcotique puis ramené en radeau au Japon. Evidemment, il ne tarde guère à s’échapper et à causer maintes destructions. Quant à Godzilla, brutalement réveillé par un sous-marin nucléaire, il surgit d'un iceberg en Arctique et se dirige lui aussi vers le Japon. Le dinosaure saccage un train et le gorille attaque un métro, hommages respectifs au
King Kong et au Godzilla originaux. Les deux créatures géantes semblant indestructibles, les autorités décident de provoquer un affrontement entre eux. Le manque de crédibilité des monstres vedettes est un peu rattrapé par la beauté des maquettes et la qualité des trucages optiques. Kong est endormi, transporté dans les airs par des ballons, dans une séquence quasi-surréaliste, puis c'est le vrai combat, moins palpitant que prévu.

Car le pugilat s’apparente bien plus à un match de catch maladroit qu’à un véritable affrontement antédiluvien. Et comme tout le monde a gardé en mémoire le magnifique corps à corps entre Kong et l’allosaure dans le chef d’œuvre de 1933, la comparaison est ici fort douloureuse. Comme toujours, les Américains ont cru bon de rajouter des plans explicatifs avec des comédiens occidentaux, où un « scientifique », en parlant de Godzilla, explique avec le plus grand sérieux que « cette créature de la préhistoire est un dinosaure. Peut-être est-il un mélange du gigantesque Dinosaurus Rex et du Spigosaurus, qui était une espèce de reptile descendant du Plésiosauridé (!!) ». A l’ issue du combat, tous deux tombent du Mont Fuji dans l’océan. Anecdote amusante : dans la version originale du film, c’est Godzilla qui gagne le combat, mais dans le montage américain, on nous laisse plutôt croire à la victoire de Kong. Jusqu’où le patriotisme va-t-il se nicher ! Dans ce nouveau montage, la bande originale emprunte des extraits musicaux de
L'Etrange Créature du Lac Noir.

© Gilles Penso

Thema: Singes,
Dinosaures
Par Gilles Penso - Publié dans : les films d'Inoshiro Honda - Communauté : Cinéastes et passionnés
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires

Recherche

Actualité

http://www.wikio.fr

 


Nombre de visiteurs
depuis le 6 mai 2008



Il y a actuellement
 12 fantasticophile(s) sur ce site

Thema

Interviews exclusives

Recommander

Coup de zoom sur…

Derniers Commentaires

L'auteur de ce site

  • L'Encyclopédie du Cinéma Fantastique
  • Gilles Penso
  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés