les films d'Alfred Hitchcock

Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /2008 00:48
(Psycho)
De Alfred Hitchcock (Etats-Unis)
Avec Janet Leigh, Anthony Perkins, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam, John McIntyre


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Le DVD est disponible ici

La bande originale est disponible ici

Le roman de Robert Bloch est disponible ici

La Mort aux Trousse
s
était une superproduction colossale aux moyens impressionnants et au casting prestigieux. Pour son film suivant, Alfred Hitchcock décida de revoir ses ambitions à la baisse, pour éviter la surenchère. Psychose est donc une œuvre plus minimaliste, et son impact n’en est que plus fort. Le scénario de Joseph Stefano adapte assez fidèlement le roman homonyme de Robert Bloch, édité l’année précédente. Mais là où l’écrivain évacuait tout glamour, décrivant son héroïne Mary Crane avec « un visage ravagé, aux traits tirés » et affublant son anti-héros Norman Bates d’« un gros visage à lunettes d’où sortait une voix hésitante et douce », Hitchcock opte pour des choix plus séduisants.

Mary – rebaptisée Marion – a désormais les traits particulièrement avenants de Janet Leigh, et Norman le visage sympathique et la silhouette svelte d’Anthony Perkins. Pourquoi ? Pour l’agrément du spectateur, sans doute, mais aussi et surtout pour que le choc gigantesque, surgissant à un tiers du métrage, n’en soit que plus fort. Car Psychose est une véritable montagne russe horrifique. Lorsque le film commence, Marion demande à son amant de l’épouser. Mais il a des difficultés d’argent. Elle se rend alors à son travail, vole à son patron une forte somme d’argent et s’enfuit en voiture. La nuit tombée, elle trouve refuge dans un motel dirigé par un jeune homme sympathique mais un peu timide, Norman Bates, dont la vieille mère vit dans la grande bâtisse qui se dresse près du motel. Alors qu’elle prend une douche, Marion est sauvagement assassinée par une silhouette féminine qui s’enfuit rapidement. En découvrant le cadavre, Norman s’affole, semble croire que sa mère est responsable, et s’empresse de dissimuler le corps…

Le film le plus célèbre du réalisateur le plus célèbre du monde, maintes fois copié, plagié et refait, est donc un formidable exercice de style sur la manipulation du spectateur et le faux-semblant. En ce sens, la première partie de Psychose est l’un des plus magistraux faux départs qu’il nous ait été donnés de voir. Nous sommes trompés à la fois sur le genre du film, sur son sujet et sur le personnage principal. En effet, ce qui ressemblait à un récit policier bascule brusquement dans l’épouvante, l’argent volé et la fuite ne sont qu’anecdotiques, et celle qui semblait être l’héroïne meurt en plein milieu du film ! Les scènes de meurtres sont d’autant plus efficaces qu’Hitchcock les suggère sans rien montrer, les violons déchirants de Bernard Herrmann décuplant leur impact.

Tourné avec une équipe réduite, un budget de téléfilm et une pellicule en noir et blanc, Psychose contourne en beauté ces contraintes, le réalisateur ayant concentré ses efforts sur quelques scènes clefs qui resteront à tout jamais gravées dans la mémoire des spectateurs, tout particulièrement le meurtre sous la douche, l’assassinat d’Arbogast et le coup de théâtre final, donnant soudain un sens nouveau à l’ensemble de l’intrigue. Anthony Perkins est si convaincant en schizophrène inhibé qu’il aura dès lors bien du mal à changer de registre, les réalisateurs l’ayant un peu vite catalogué sous l’étiquette exclusive des tueurs psychopathes.

© Gilles Penso

Thema: Tueurs
Par Gilles Penso - Publié dans : les films d'Alfred Hitchcock - Communauté : Vos critiques de cinéma
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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /2008 23:54
(The Birds)
De Alfred Hitchcock (Etats-Unis)
Avec Tippi Hedren, Rod Taylor, Jessica Tandy, Suzanne Pleshette, Veronica Cartwright, Ethel Griffies, Charles McGraw


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La nouvelle de Daphné du Maurier est disponible ici

Si Alfred Hitchcock a souvent flirté avec le fantastique, notamment à travers les
cauchemars surréalistes de
La Maison du Docteur Edwards ou l’atmosphère d’épouvante qui nimbe Rebecca et Les Amants du Capricorne, ses films les plus directement rattachés au genre sont les célèbres Psychose et Les Oiseaux, paradoxalement tous deux issus d’un fait divers réel. Alors que les cinéastes de SF des années 50 jetèrent leur dévolu sur les insectes et les reptiles mutants, l’auteur de La Mort aux Trousses prend le pari d’effrayer son public avec des animaux à priori inoffensifs, voire des symboles habituels de la paix et de l’harmonie, ce qui constitue en soi un véritable tour de force.

L’héroïne du film, Mélanie Daniels, fait la connaissance chez un marchand d'oiseaux de Mitch Brenner. Séduite par ce bel avocat, elle le rejoint sur l’île de Bodega Bay. En traversant un bras de mer, une mouette la blesse au front. Le lendemain, des oiseaux attaquent les enfants réunis pour l'anniversaire de Cathy, la jeune sœur de Mitch. Ce n’est que le prologue d’une menace qui s’étend bientôt à toute la région… Le passage le plus mémorable des
Oiseaux est probablement cette séquence apparemment anodine au cours de laquelle Mélanie, assise sur un banc, attend patiemment la sortie des classes, tandis que peu à peu les corbeaux s’amoncellent derrière elle jusqu’à atteindre un nombre démesuré, faisant basculer l’anecdote dans l’épouvante en l’espace de quelques minutes. La structure du scénario tout entier est à l’image de cette scène mémorable, jouant avec minutie la carte du crescendo.

Car si la première attaque ne concerne qu’une seule mouette sur le port, le final offre la vision dantesque d’une véritable marée de volatiles envahissant littéralement tout l’espace vital des héros. Avec, au beau milieu du métrage, une délirante séquence de destruction autour d’une pompe à essence. Là, le film affirme ouvertement son appartenance au fantastique, nous offrant l’étonnante vision subjective des oiseaux contemplant le monde des humains qu’ils viennent de dévaster, grâce à une superbe peinture sur verre signée Albert Whitlock. Le dénouement, quant à lui, évite le double cliché des explications scientifiques (nous ne saurons jamais pourquoi les oiseaux attaquent) et des solutions miracles de dernier recours (pour une fois les humains sont impuissants face à la menace animale). Le choix de l’absence de musique est plus discutable.

On sait Hitchcock friand d’expériences nouvelles (le relief du
Crime était presque parfait, le décor unique de Lifeboat, les plans-séquence de La Corde), mais il a également prouvé par le passé combien pouvait gagner en impact émotionnel une séquence soutenue par une partition judicieuse, surtout lorsque celle-ci est signée Bernard Herrmann. Au titre des réserves, on pourra aussi regretter des préliminaires interminables, même s’il est évident que les événements qui suivent n’en sont que plus surprenants. Les Oiseaux, en tout cas, frôle bien souvent le génie, et l’atteint même en quelques magistrales séquences, s’inscrivant dans la filmographie de son prestigieux cinéaste comme l’une de ses œuvres les plus abouties.

© Gilles Penso

Thema: Reptiles et volatiles
Par Gilles Penso - Publié dans : les films d'Alfred Hitchcock - Communauté : Cinéastes et passionnés
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  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

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