Mercredi 29 octobre 2008
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21:53
(El Espinazo del Diablo)
de Guillermo del Toro (Espagne/Mexique)
Avec Eduardo Noriega, Marisa Paredes, Federico Luppi, Iñigo Garcés, Fernando Tielve, Irene Visedo, Jose Manuel Lorenzo
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L'échine du diable
L'Echine du diable
Cronos, son premier long-métrage, ayant beaucoup fait parler de lui, Guillermo del Toro eut immédiatement accès aux gros studios hollywoodiens auprès desquels il se fourvoya dans un
Mimic inabouti. Avec L’Echine du Diable, il revient à une production plus modeste, orchestrée par Pedro Almodovar. Se laissant porter par ses propres souvenirs d’enfance et par ses
croyances de l’époque, le cinéaste signe ici une œuvre magnifique et maîtrisée de bout en bout, aboutissement de plus de quinze ans de gestation (Del Toro en commença l’écriture alors qu’il était
encore au lycée) qui porte en germe toutes les composantes de son futur chef d’œuvre Le Labyrinthe de Pan.
Les premières images du film, énigmatiques, sont portées par la voix off du vénérable Federico Luppi (héros de Cronos), nous offrant une définition poétique du mot fantôme : « Qu’est-ce
qu’un fantôme ? Un fait terrible condamné à se répéter encore et encore ? Un instant de douleur, peut-être. Quelque chose de mort qui semble encore en vie. Un sentiment suspendu dans le temps,
comme une photo floue, comme un insecte piégé dans l’ambre. » Nous découvrons alors le contexte historique du film : la guerre civile espagnole. Carlos, un garçon de douze ans qui vient de perdre
son père, débarque à Santa Lucia, un établissement catholique pour orphelins. Il est confié par son tuteur à la directrice Carmen (Marisa Paredes, inoubliable dans Talons Aiguilles, La Vie est
Belle et Tout sur ma Mère), et au vieux professeur Casares (Lupi).
Dès qu’il découvre les lieux, Carlos se heurte à l’hostilité de ses camarades et de Jacinto (Eduardo Noriega, héros de Tesis et Ouvre les Yeux d’Alejandro Amenabar), un homme à tout
faire brutal qui semble très attiré par l’or de la cause républicaine caché quelque part en ces lieux sinistres. Bientôt, Carlos découvre que le sous-sol est hanté par le fantôme d’un garçon qui
lui rend régulièrement visite et qui semble porter un lourd secret… Chaque apparition de ce spectre décharné dont le sang s’échappe de sa tête en flottant, partiellement inspiré des fantômes
japonais fleurissant sur les écrans depuis Ring, est pour le moins effrayant. Mais L’Echine du Diable joue moins la carte de l’horreur que celle du drame humain mâtiné de poésie âpre.
D’ailleurs, les pires exactions ne sont pas ici commises par les fantômes mais par les humains, comme en témoignent la révélation finale et un climax particulièrement violent.
Les partis pris visuels du film sont forts, notamment une image saturée, presque sépia, signée Guillermo Navarro et quelques visions quasi-surréalistes comme cette immense bombe plantée dans la
cour de l’orphelinat, épée de Damoclès menaçant à retardement chaque protagoniste, ou ce bocal de formol abritant le fœtus d’un enfant à la colonne vertébrale malformée, à laquelle le film doit son
titre. Quant au casting, il est tout simplement parfait, adultes comme enfants rivalisant de justesse et de sensibilité. Fort de ces multiples atouts, L’Echine du Diable est ni plus ni moins
l’une des plus belles histoires de fantômes jamais portées à l’écran. Quel dommage qu’il soit autant passé inaperçu au moment de sa sortie en salles…
© Gilles Penso
Thema: Fantômes et Maisons Hantées
Par Gilles Penso
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Publié dans : les films de Guillermo del Toro
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Mardi 28 octobre 2008
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16:00
de Guillermo del Toro (Etats-Unis)
Avec Wesley Snipes, Ron Perlman, Kris Kristoferson, Leonor Varela, Norman Reedus, Thomas Kretschmann, Luke Goss
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Le comic book est disponible
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Blade remporta un certain succès auprès du public, d’autant qu’il s’était affirmé comme la première adaptation cinématographique d’un personnage Marvel digne de ce nom. Une séquelle fut donc
aussitôt envisagée, mais Stephen Norrington décida de ne pas la diriger, afin d’éviter de se répéter. La réalisation fut alors confiée à Guillermo del Toro, qui avait déjà abordé le thème du
vampirisme de manière très expérimentale dans Cronos avant de mettre en scène Mimic, son premier film hollywoodien. Or en se réappropriant le légendaire personnage de Blade, Del Toro
trouve enfin le parfait équilibre entre sa sensibilité artistique et les contraintes d’une superproduction de studio, menant tambour battant une séquelle très supérieure au film original.
Le scénario de David S. Goyer, truffé de rebondissements et de chausse-trappes, s’articule autour d’un commando de vampires dirigé par l’arrogant Reinhardt (l’excellent Ron Perlman) que Blade est
obligé d’épauler pour lutter contre un ennemi commun des plus redoutable : le Faucheur, un mutant insensible à l’argent, au pieu et à l’ail, et se nourrissant du sang des vampires ! Et c’est parti
pour 100 minutes d’action ininterrompue, propres à ravir les fans d’horreur, d’arts martiaux et d’effets spéciaux spectaculaires. Dans ce dernier domaine, le mélange de 3D et de maquillages
spéciaux permet de visualiser l’ouverture des hideuses mâchoires des Faucheurs, conçues comme des gueules carnassières multiples et visqueuses qui rappellent celles d’Alien et de Predator.
Les trucages numériques permettent également de mettre en scène d’étonnantes désintégrations lorsque les vampires sont touchés par des balles d’argent ou lorsque les Faucheurs sont exposés à la
lumière du jour. Les combats, très nombreux et pourtant jamais répétitifs, s’inscrivent dans l’héritage logique du cinéma de Hong-Kong et des jeux vidéo, mais sans pour autant marcher sur le
terrain balisé par Matrix. Plus charismatique que jamais, Wesley Snipes mouille une fois de plus sa chemise et délivre au
passage la célèbre réplique « garde tes amis proches de toi et tes ennemis encore plus proches », se référant ainsi à Sun Tzu comme il le fit déjà dans Passager 57, Soleil Levant et L’Art
de la Guerre.
Au beau milieu de cette frénésie musclée, Blade 2 se permet pourtant une poignée de moments franchement émouvants, comme dans la scène où Blade offre son sang à Nyssa (Leonor Varela) pour
qu’elle survive, ou au cours d’un dénouement magnifique et poignant. Emaillant le film de références à d’autres héros de comic books (Daredevil, Docteur Strange, Hellboy), Guillermo del Toro se
permet aussi quelques touches d’humour irrésistibles. Témoin ce passage où un personnage à qui Blade demande « êtes-vous humain ? », lui répond sans sourciller « à peine, je suis avocat » !
Blade 2 est donc une surprise permanente, un cinéma jouissif et extrême qui fait vraiment plaisir à voir. Et pour ne rien gâter, Marco Beltrami a remplacé Graeme Revell, qui avait signé une
bande originale sombre et planante dans le premier Blade, pour composer une musique pleine d’emphase et d’énergie.
© Gilles Penso
Thema: Vampires
Par Gilles Penso
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Publié dans : les films de Guillermo del Toro
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Lundi 27 octobre 2008
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20:33
(Hellboy 2 : The Golden Army)
de Guillermo del Toro (USA/ Allemagne)
Avec Ron Perlman, Selma Blair, Doug Jones, James Dodd, Jeffrey Tambor, John Alexander, Luke Goss, Anna Walton, John Hurt
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Plus encore que son prédécesseur, Hellboy 2 est un film-fusion qui mixe les codes du super-héros de comic book avec l’héroïc fantasy et la science-fiction rétro-futuriste. C’est aussi une
œuvre-somme, Guillermo del Toro y injectant plusieurs composantes de sa propre filmographie (de Cronos à Blade 2
en passant par Le Labyrinthe de Pan). Le film démarre sur un flash-back au cours duquel Hellboy, encore enfant, se fait
conter la légende de l’armée d’or par son père (John Hurt). En hommage aux films d’animation des pays de l’Est, de magnifiques marionnettes en 3D donnent corps à ce récit mythique, avant que
l’action ne se transporte au présent. Une vente aux enchères d’objets antiques y est brutalement interrompue par l’arrivée du prince Nuada (Luke Goss), accompagné d’un monstrueux colosse équipé
d’une main métallique autonome.
Opiniâtre, Nuada récupère un des fragments de la couronne qui, selon la légende, commande l’armée d’or, puis s’enfuit en lâchant sur la foule une horde de bêtes tentaculaires cousines des
face-huggers d’Alien. L’équipe du Bureau de Recherche et de Défense Paranormale est aussitôt sollicitée. Hellboy (Ron
Perlman), sa petite amie Liz (Selma Blair) et l’homme-poisson Abe Sapien (Doug Jones) mènent donc l’enquête dans la salle des ventes dévastée et se heurtent à une nuée de « fées des dents », des
créatures insectoïdes qui raffolent de chair humaine, d’os et d’organes. Un peu dépassée par les événements, notre petite unité se voit adjoindre un nouveau supérieur : l’agent Johann Krauss, un
être protoplasmique au fort accent allemand engoncé dans une armure digne de Jules Verne.
Pendant ce temps, Nuada occis son propre père et récupère la deuxième partie de la couronne. La dernière pièce est entre les mains de sa sœur Nuala (Anna Walton), qui trouve refuge dans le marché
des Trolls, un souterrain bigarré empli de monstres excentriques à faire pâlir de jalousie le Cantina Band de La Guerre des
Etoiles. A travers Hellboy 2, Guillermo del Toro rend hommage au maître des effets spéciaux Ray Harryhausen. L’influence du créateur de Jason et les Argonautes est tangible dans plusieurs séquences démentes : la gigantesque entité végétale tentaculaire qui attaque
la ville en pleine nuit, le géant de pierre qui émerge de la terre ou encore le réveil de l’armée d’or.
La cinéphilie du cinéaste et son amour des monstres trouvent par ailleurs leur écho sur le téléviseur d’Hellboy qui diffuse La
Fiancée de Frankenstein et L’Etrange Créature du Lac Noir. Si ce second épisode enchaîne à un rythme effréné les
scènes mouvementées et abonde de monstres plus surprenant les uns que les autres, il approfondit également ses personnages, leurs failles, leur mal-être et leurs dilemmes, notamment lorsqu’ils font
face à l’Ange de la Mort, une entité terrifiante au visage en forme de hallebarde et aux ailes de rapace ornées d’yeux inquisiteurs. Le climax est évidemment l’affrontement contre les légions d’or,
prélude musclé à un épilogue en forme de porte ouverte propre à enthousiasmer tous les fans du démon écarlate amateur de cigares. Vivement la suite !
Par Gilles Penso
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Publié dans : les films de Guillermo del Toro
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Vendredi 9 mai 2008
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09:33
(El Laberinto del Fauno)
de Guillermo del Toro (Espagne)
avec Sergi Lopez, Maribel Verdu, Ivana Baquero, Doug Jones, Ariadna Gil, Alex Angulo, Roger Casamajor
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Le coffret ultime 5 DVD THX est
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Le Labyrinthe de Pan est probablement le film le plus abouti, le plus personnel et le plus complexe de
Guillermo del Toro, le point culminant du parcours presque sans faute d’un cinéaste ici au sommet de son art. Reprenant plusieurs composantes de L’Echine du Diable, Del Toro mêle une fois de plus l’univers fantasmagorique de l’enfance à la réalité crue d’un contexte
historique peu reluisant. Nous sommes donc dans l’Espagne de 1944. Cinq ans après la fin de la guerre civile, des rebelles continuent de s’opposer au régime fasciste de Franco. Récemment remariée,
Carmen s’installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire capitaine Vidal. Guère réjouie par cette nouvelle vie, la jeune fille découvre près de la grande maison familiale
un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, est un vieux faune cornu qui l’attendait avec impatience. Elle serait en effet la princesse disparue d’un royaume enchanté. Afin de retrouver
son trône, Ofélia va devoir affronter trois épreuves dangereuses et fort inquiétantes.
Paré de décors et d’effets spéciaux magnifiques, Le Labyrinthe de Pan nous offre un bestiaire proprement extraordinaire, du vénérable Pan échappé de la
mythologie grecque au terrifiant « pale man » dont les yeux sont greffés dans ses paumes griffues, en passant par le répugnant crapaud géant, les fées facétieuses et la mandragore guérisseuse.
Ouvertement influencés par l’œuvre de Francisco Goya, tous s’agitent au sein de séquences inoubliables dont la beauté graphique le dispute à l’originalité et la poésie. Mais le véritable monstre du
film a ici un visage humain, et c’est un Sergi Lopez absolument époustouflant qui l’incarne, détestable à souhait dans le rôle de l’abominable capitaine Vidal. Car Le Labyrinthe de Pan est avant tout un conte de fées pour adultes, un vivace plaidoyer contre le fascisme qui trouve son écho dans une poignée de scènes dont la violence
est d’autant plus insoutenable qu’elle est réaliste.
L’exercice d’équilibrisme entre les deux univers décrits dans le film est une réussite indéniable, le spectateur s’impliquant avec la même intensité dans les péripéties cruellement réelles de cette
sanglante après-guerre et dans le parcours initiatique et onirique de la jeune Ofélia. Les deux mondes s’interpénètrent ainsi au lieu de simplement se juxtaposer. Del Toro nous transporte d’un
sentiment à l’autre jusqu’à nous laisser proprement lessivés au cours d’un dénouement éprouvant que chacun interprètera selon ses propres convictions. Outre ses qualités formelles, Le Labyrinthe de Pan bénéficie d’un casting irréprochable, Lopez partageant l’affiche avec plusieurs femmes dont l’indéniable charisme se mêle à une beauté rétro du plus
judicieux effet, Marbel Verdu et Ariadna Gil en tête. En projet avant même que Del Toro ne réalise Cronos, Le Labyrinthe de
Pan aura nécessité une année de préparation, quatre mois de tournage, six mois de post-production, et un déploiement technique impressionnant. Ce qui n’empêche pas cette œuvre magnifique de
conserver son statut de film indépendant, fruit de l’imagination fertile d’un artiste complet et perfectionniste.
© Gilles Penso
Thema: Contes de fées
Par Gilles Penso
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Publié dans : les films de Guillermo del Toro
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