les films de George Romero

Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 22:20

 

monkeyshines(Monkey Shines)

de George A. Romero (Etats-Unis)

Avec Jason Beghe, Kate MacNeil, John Pankow, Joyce Van Patten, Christine Forrest, Stephen Root, Stanley Tucci

 

Le DVD est disponible ici

 

Incidents de parcours raconte l’histoire d’Allan, sportif respecté qui, suite à un accident, devient tétraplégique et se voit offrir un petit capucin femelle, Ella, dressé pour aider les handicapés. Quand il s’agit de réfléchir sur l’Homme, Ridley Scott a son alien, James Cameron, son cyborg et George A. Romero, son zombie, qui prend ici la forme d’un singe. En cela, Incidents de parcours s’inscrit à la fois dans la tradition du film de science-fiction par cette figure de l’Autre, sorte de miroir extrême de l’humanité et dans le fantastique pur, notamment en ce qui concerne le lien télépathique qui se développe entre Allan et Ella.

 

Outre son sujet, le film est fascinant par l’efficacité de sa mise en scène, très lisible : accident et opération ont lieu pendant le générique, posant immédiatement les personnages et leur contexte. Dans la foulée, l’esthétique du laboratoire, tout de rouge et de vert vêtu, rappelle les classiques de la Hammer (d’autant plus quand le savant fou transporte d’un pas décidé une boîte cylindrique en métal étiquetée « Live Human Tissue ») et indique que l’expérience va mal tourner. La séquence évolutive où Ella est présentée se charge de poser les enjeux scénaristiques : Ella est plus intelligente que le seraient ses congénères puisqu’elle est boostée au cerveau humain. Elle s’attache très rapidement à Allan, qui la laisse prendre beaucoup de libertés. Une relation unique se crée entre eux et l’amour provoque chez la femelle singe le besoin de marquer son territoire et ainsi, des accès d’agressivité envers les femmes qui entourent Allan. Elle ira jusqu’à tuer pour lui, lisant ses pulsions sans qu’il ne puisse rien contrôler.


Incidents de parcours fonctionne, tant par sa structure que par la caractérisation de ses personnages, sur un mode binaire : la première partie du film montre un sportif dont le corps très entretenu est brisé (le culte du corps étant un thème très ancré dans les années 80), perdant son indépendance et son statut d’Homme, en opposition à une femelle singe dépassant sa condition animale par une intelligence hors norme. Nous nous situons alors à un carrefour : l’animal et l’être humain dit « civilisé » se complètent et forment un tout pour ensuite s’affronter. S’affronter par le biais de deux personnages représentant simplement les deux composants intrinsèquement humains que sont la conscience et l’instinct animal, rarement en paix. La seconde partie est dédiée à cette lutte.


Ella est, sans conteste, un double : elle est d’abord les jambes d’Allan (sorte d’Avatar avant l’heure) mais elle veut aussi être son cerveau. Là s’explique alors le titre original Monkey Shines (le singe va briller, avoir sa volonté propre et prendre le pouvoir), bien plus légitime que la récupération française, pour le moins simpliste. Pendant 1h45, Romero ne relâche ni le rythme, ni la tension et nous mène jusqu’à un final où l’on ne sait plus différencier l’homme de l’animal. Un volet noir se referme sur le dernier plan pour faire place au générique, comme s’il enfermait ses personnages. Le happy end sonne faux et achève le tableau : l’être humain, à nouveau, nous a déçu.

© Caroline Mrowicki


Thema: Singes

 

N.B.: Welcome à Caroline, qui rejoint en beauté notre petite équipe !

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de George Romero - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Mercredi 18 juin 2008 3 18 /06 /Juin /2008 01:08
de George A. Romero (Etats-Unis/Canada)
avec Michelle Morgan, Shawn Roberts, Nick Alachiotis, Matt Birman, George Buza, Joshua Close, Christopher Cordell


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Le DVD est disponible ici

Le Blu-ray est disponible ici

Quels que soient les projets cinématographiques de George Romero, les zombies reviennent toujours croiser son chemin, comme si ces monstres surgis de l’au-delà stigmatisaient à merveille son point de vue sur les travers de l’humanité. Diary of the Dead est donc sa cinquième incursion au pays des morts-vivants – sans compter les cadavres récalcitrants de Creepshow – et s’apprécie comme une relecture complète du mythe que le cinéaste créa en 1968 avec La Nuit des Morts-Vivants. Ce nouvel opus prend ainsi les allures de préquelle nous racontant les événements depuis le tout début mais en s’appuyant sur les technologies d’aujourd’hui. « Land of the Dead était un film hollywoodien produit par le studio Universal », nous raconte Romero. « C’était agréable, dans la mesure où j’ai vraiment pu porter à l’écran ce que j’avais en tête sans trop de restrictions budgétaires. Mais le revers de la médaille est que j’avais un peu perdu le contact avec le concept brut tel que je l’avais imaginé à l’époque de La Nuit des Morts-Vivants. J’ai donc conçu Diary of the Dead comme un retour aux sources. » (1)

Lorsque l’épidémie de morts-vivants commence, ce ne sont d’abord que quelques cas isolés répertoriés par une police parfaitement impuissante. La nouvelle se répand à vive allure, et c’est à la radio que cette information parvient aux oreilles de Jason Creed, un étudiant en cinéma accaparé par le tournage d’un film d’horreur mettant en scène une momie à l’ancienne. Abandonnant son projet d’études, Jason entraîne son équipe dans la réalisation d’un documentaire dévoilant les horreurs bien réelles de l’affrontement entre les morts et les vivants. C’est donc à la première personne que Romero narre ce cinquième épisode de sa saga des zombies. Mais contrairement à
Cloverfield ou à [Rec], qui optent pour le point de vue unique d’une caméra subjective, Diary of the Dead mixe diverses sources vidéo (caméras HD, appareil photo, caméras de surveillance, webcams, images d’actualités) auxquelles il ajoute des effets de montage et une bande originale de film d’épouvante.

Même si ces procédés sont pleinement assumés, dans la mesure où le long-métrage est conçu comme un faux documentaire (baptisé « Death of Death », autrement dit « la mort de la mort »), on ne peut s’empêcher de trouver le résultat hybride. Trop brouillon pour un film de fiction traditionnel, trop élaboré pour une simple captation vidéo, Diary of the Dead a du mal à se positionner et perd du coup une partie de son impact. L’autre problème est lié à la thématique du film, que la voix off nous assène de manière souvent trop explicite : la manipulation de la réalité. Le sujet est passionnant, mais il n’est jamais traité frontalement, à l’exception d’un bout de scène où les autorités truquent les premières images d’attaque des zombies pour faire croire à une agression de sans-papiers ! Malgré ces imperfections, la magie opère et les fans du réalisateur de Creepshow s’y retrouvent. Au lieu de sacrifier à la mode en se fendant d’une énième variante musclée sur le genre, le cinéaste parvient une fois de plus à se renouveler. Ce refus de la facilité est un atout considérable, dotant le film d’une sincérité que de nombreux réalisateurs devraient envier à Romero.

Le DVD: Attention, Bac Vidéo sort le grand jeu: un commentaire audio de George Romero sous-titré en français, une interview du maître et de ses acteurs, un reportage sur les maquillages spéciaux, un module sur les guest-stars prêtant leur voix off aux spots radio, les bandes annonces, et le court-métrage "La Boucherie Sangnom" de Julien Lefer.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mars 2008

© Gilles Penso

Thema:
Zombies

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de George Romero - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Vendredi 13 juin 2008 5 13 /06 /Juin /2008 22:03
de George A. Romero (Etats-Unis)
Avec Simon Baker, Asia Argento, Dennis Hopper, John Leguizamo, Robert Joy, Pedro Miquel Arce, Krista Bridges, Eugene Clark


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La bande originale est disponible ici

La figurine de Big Daddy est disponible ici !

Les zombies sont revenus sur le devant de la scène au début des années 2000, générant de nombreux succès et de confortables recettes. Il était donc plus que temps de redonner la parole à l’homme qui popularisa les cadavres ambulants en créant presque un sous-genre du cinéma d’horreur, le bien nommé George Romero. C’est en tout cas ce qu’on pensé le producteur Mark Canton et les dirigeants d’Universal, quasi-assurés de remplir leur tiroir-caisse tout en séduisant les fans irréductibles. « Sans m’en rendre compte, j’ai initié une sorte de chronique avec La Nuit des Morts-Vivants » raconte Romero. « A partir de Zombie, l’utilisation de ce motif récurrent était plus consciente. C’est maintenant ma plateforme de travail. » (1) Dès les premières images, Land of the Dead tient toutes ses promesses, prouvant que Romero n’a pas perdu la main et surclasse de loin tous ses imitateurs. Il suffit pour s’en convaincre de voir cette séquence d’ouverture surréaliste dans laquelle les zombies reprennent pathétiquement leurs habitudes d’antan, l’un trimbalant inutilement son attaché-case, l’autre soufflant sans conviction dans une trompette au milieu du kiosque d’un square, un troisième s’efforçant de faire fonctionner sa pompe à essence…

Peu à peu, il apparaît évident que les zombies ont évolué depuis Le Jour des Morts-Vivants. Ils ne courent pas le marathon pas plus qu’ils n’accomplissent d’improbables acrobaties, comme chez Zack Snyder et Danny Boyle, mais développent une intelligence commune et un mode de communication, s’organisant progressivement autour d’un meneur enclin à la révolte. Et l’esprit satirique de Romero transparaît aussitôt, la différence entre morts et vivants s’avérant de plus en plus ténue. Mais l’acerbe critique sociale chère au cinéaste n’éclate pleinement qu’au moment où il nous présente une ville muée en bunker dans laquelle des survivants barricadés résistent aux assauts des morts-vivants, tandis qu’une poignée de nantis vivent à l’abri dans une luxueuse tour, sous l’égide du mercantile Kaufman. Cette cité autarcique, cerclée d’une barrière électrifiée, n’est pas sans évoquer New York 1997, d’autant que la mise en scène nerveuse de Romero et ses personnages burinés rappellent l’univers de John Carpenter. Avec en prime des séquences gore inédites se parant de quelques effets numériques, et un casting particulièrement judicieux.

Moins révolutionnaire que La Nuit des Morts-Vivants, moins définitif que Zombie, Land of the Dead n’en demeure pas moins le meilleur film de zombies depuis des décennies. « D’un point de vue stylistique, je pense que chacun des films de la série reflète le climat social et politique de l’époque à laquelle il fut réalisé » (2) , explique Romero. Ainsi, après le traumatisme du Viêt-Nam en 1968, les excès de la société de consommation en 197 et le militarisme accru en 1987, les secousses du 11 septembre ont largement influencé ce quatrième volet. Voilà tout le génie de Romero. Alors que la plupart de ses confrères se contentent de filmer des fusillades entre hommes et zombies dans l’optique de séduire les fans de jeux vidéo, Romero a toujours préféré se servir de l’horreur et des monstres comme miroir déformant de notre société.

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005

© Gilles Penso

Thema:
Zombies

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de George Romero - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Jeudi 5 juin 2008 4 05 /06 /Juin /2008 11:29
de George A. Romero (Etats-Unis)
Avec Hal Holbrook, Adrienne Barbeau, Fritz Weaver, Leslie Nielsen, Ed Harris, Carrie Nye, E.G. Marshall, Stephen King


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La bande originale est disponible ici

L’association de George Romero et de Stephen King pour un film d’horreur à sketches inspiré des macabres EC Comics, voilà qui avait de quoi exciter la curiosité ! Le résultat est à la hauteur de toutes les espérances, mariant l’humour noir à l’épouvante graphique avec un indiscutable bonheur. « Je connaissais les EC Comics », raconte Romero. « J’avais grandi en les lisant, tout comme Stephen King. Lorsque nous avons décidé de faire ce film ensemble, il a écrit le scénario très rapidement. Nous n’avions pas beaucoup d’argent pour faire le film, mais c’est pour moi un excellent souvenir de tournage. J’avais l’impression d’être dans une cour de récréation ! » (1)

Au cours du prologue, un père sévère punit son fils qui lit une bande dessinée horrifique. Il la confisque et la jette dans une poubelle. La BD prend alors vie, ce qui nous donne droit à de formidables petits dessins animés assurant le rôle de transitions colorées du plus bel effet. Le premier sketch est probablement le plus réussi, et c’est une histoire de zombie, car Romero est un incorrigible en la matière. Sauf qu’ici, la franche rigolade se substitue à la noirceur réaliste, sans toutefois évacuer tout à fait l’épouvante et le gore, chevaux de bataille du genre. Un mort-vivant surgit donc de sa tombe le jour de la fête des pères et décime sa famille en réclamant son gâteau. Le cadavre ambulant est un colosse écarlate en état de décomposition avancée, et parmi ses victimes, on note un tout jeune Ed Harris.

La seconde histoire, moins palpitante, met carrément Stephen King en vedette, dans le rôle d’un fermier qui se mue peu à peu en plante après avoir touché un météore tombé du ciel. Les zombies prennent à nouveau le relais, avec cette histoire de mari trompé (excellent Leslie Nielsen) et mordu de vidéo qui filme l’agonie de sa femme et de son petit ami noyés par la marée. Les amants maudits reviendront sous forme de morts-vivants monstrueusement boursouflés, dégoulinants et couverts d’algues, afin de faire subir à leur bourreau le même sort. Le quatrième récit met en vedette un monstre velu à l’insatiable appétit carnivore, découvert dans l’Antarctique par une expédition scientifique (en hommage à
The Thing), et réveillé après des années d’hibernation par un professeur un peu trop curieux. Après que la bête ait dévoré quelques humains, l’universitaire décide de s’en servir pour se débarrasser de son insupportable épouse…

Quant au tout dernier sketch, il nous plonge dans l’horreur la plus viscérale, puisqu’il conte les mésaventures d’un PDG cruel et maniaque dont l’appartement aseptisé est peu à peu envahi par des hordes d’énormes cafards. Jusqu’à ce que ces derniers, par milliers, ne le dévorent de l’intérieur ! Les effets spéciaux excessifs de Tom Savini, la partition pour synthétiseur et piano composée par John Harrison, les éclairages violemment rouges ou bleus, tous les départements artistiques de Creepshow se sont donnés le mot pour composer une ambiance outrancière, très proche dans l’esprit et la forme des albums EC Comics qui servent d’inspiration au film. Et cette réussite artistique ne sera jamais vraiment égalée, ni par un Creepshow 2 modérément inspiré, ni par la série Les Contes de la Crypte qui tentera en vain d’en retrouver l’atmosphère.

(1)
Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005


© Gilles Penso

Thema: Zombies, Insectes et Invertébrés, Végétaux
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de George Romero - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 15:27
(Day of the Dead)
De George A. Romero (Etats-Unis)
Avec Lori Cardille, Terry Alexander, Joseph Pilato, Jarlath Conroy, Anthony Dileo Jr, Richard Liberty, Sherman Howard


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Il y eut d’abord la nuit (Night of the Living Dead) puis l’aube (Dawn of the Dead). Voici donc le jour (Day of the Dead), troisième volet d’une trilogie dont chaque épisode est autant la suite que le remake du précédent. Ce nouvel opus était d’autant plus attendu que Zombie demeure aux yeux de beaucoup le meilleur film jamais réalisé sur le thème des morts-vivants. Après la vieille maison et le supermarché, George Romero choisit d’enfermer ses protagonistes dans un abri anti-atomique, troquant l’esprtit révolutionnaire de 1968 et la critique du consumérisme de 1977 contre un acerbe pamphlet antimilitariste. Dans ce nouveau huis clos propice aux tensions en tout genre, une poignée de rescapés, des savants et des militaires, résistent aux assauts répétés des morts-vivants qui ont envahi la Terre. Se supportant de moins en moins, les scientifiques et les soldats luttent aussi entre eux, ce qui finit par faciliter l’infiltration des zombies dans le bunker.

« Les personnages ne sont pas les mêmes d’un épisode à l’autre parce que chaque histoire se déroule à une époque différente au sein d’une même "mythologie" », explique Romero. « Les films sont très différents les uns des autres, du point de vue du style et de l’atmosphère. Par exemple, on ne peut pas vraiment dire que Le Jour des Morts-Vivants soit la séquelle de Zombie. A titre personnel, cet épisode est mon préféré de la trilogie » (1) Des moments extraordinaires parsèment en effet le film, notamment les plans démentiels de la ville désertée où se répandent dans l’indifférence générale des centaines de billets de banque, ainsi que les séquences avec le zombie apprivoisé Bub, ou encore le prologue onirique où l’héroïne est attaquée par des centaines de bras qui déchirent les murs qui l’entourent (réminiscence d’une séquence hallucinatoire du Répulsion de Roman Polanski).

De son côté, le maquilleur Tom Savini est allé bien plus loin que dans Zombie, ses effets spéciaux composant parfois des centaines de visages décomposés et surréalistes, au lieu des simples visages blafards et bleutés du film précédent. Dommage, malgré tout, que Romero ait choisi un trop-plein de dialogues successifs pour illustrer le différend qui oppose de plus en plus violemment les scientifiques et les militaires. Le rythme du film s’en ressent. Les oppressantes luttes intestines du premier film et l’action soutenue du second n’atteignent jamais ici la même intensité, malgré une claustrophobie fort bien restituée.

« Nous étions alors dans une époque de méfiance et d’incertitudes », raconte Romero. « Tout le monde perdait foi dans le gouvernement, l’industrie et l’armée. Voilà pourquoi mes héros rampent au fond d’un trou. Finalement, le personnage le plus sympathique, dans ce film est Bub le zombie. C’est un film plus sombre et plus triste que les deux autres. » (2) Fidèle à son habitude, le cinéaste opte pour un dénouement ouvert. Le carnage final n’épargnera qu’une poignée de survivants qui partiront en hélicoptère vers une île déserte, seul refuge à leurs yeux susceptibles de les extraire aux griffes des zombies mais aussi de leurs semblables. De là à dire que Le Jour des Morts-Vivants
est un film misanthrope…

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005

© Gilles Penso

Thema: Zombies
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de George Romero - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 00:15
(Night of the Living Dead)
De George A. Romero (Etats-Unis)
Avec Duane Jones, Judith O’Dea, Karl Hardman, Marilyn Eastman, keith Wayne, Judith Ridley, Kyra Schon


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Le roman de John Russo est disponible ici

Après plusieurs décennies de zombies créés par des savants fous émules du docteur Frankenstein, praticiens du vaudou ou apprenti sorciers jouant avec l’atome, George Romero propose sa propre version du mythe, le révolutionnant à tout jamais en y injectant une bonne dose de satire sociale très en accord avec les mentalités de cette fin des années 60. « J’ai emprunté l’idée au roman « Je suis une légende » de Richard Matheson », avoue Romero. « Le livre commençait alors qu’il ne restait plus qu’un seul homme sur terre. Je me suis donc dit qu’il serait intéressant de raconter ce qui a pu se passer avant cette situation critique. » (1)

Le film s’amorce assez abruptement. Alors qu’ils se rendent au cimetière, Barbara et son frère Johnny sont attaqués par un zombie qui tue Johnny, carrément. Barbara, terrifiée, s’enfuit avec sa voiture mais un accident la rend inutilisable. Elle poursuit sa course à pied et trouve refuge dans une maison abandonnée où elle rencontre Ben, qui résiste lui aussi contre une horde de morts ranimés soudainement sans explication logique. La radio évoque bien une expérience atomique, ou les retombées d’un satellite envoyé par la Terre, mais rien n’est confirmé. Ce qui est sûr, c’est que toute personne blessée ou tuée par un des morts-vivants devient l’un des leurs. Dans la cave de la vieille maison se sont réfugiés deux couples et une petite fille. Les survivants devront donc à la fois lutter contre les cadavres ambulants qui les assaillent, mais aussi régler les guerres intestines qui, peu à peu, se développent au sein de l’angoissant huis-clos.

La photographie achrome et les cadrages à l’épaule donnent à La Nuit des Morts-Vivants une patine réaliste et pseudo-documentaire qui a le don de singulièrement déranger le spectateur. Malgré un argument de science-fiction qui ne constitue à vrai dire qu’un prétexte, l’invasion des morts-vivants est traitée avec une sobriété et une crédibilité qui rendent très palpable la terreur des protagonistes. Point d’effet de mise en scène appuyé (si l’on excepte la tonitruante partition musicale) ni d’effets spéciaux spectaculaires (quelques impacts de balle et des maquillages blafards surexposés) ne viennent troubler cette sensation de réalisme. Romero joue ainsi la carte de la retenue et de l’austérité.

« J’ai cadré le film moi-même », raconte-t-il, « et j’avais en tête les films d’Orson Welles, notamment ses adaptations de Shakespeare aux images noir et blanc contrastées et aux longues ombres portées. » (2) L’aspect volontairement anecdotique du récit (nous ne nous intéressons qu’à une poignée de personnages sans savoir ce que devient le monde pendant ce temps) et le choix d’un décor étouffant et étriqué décuplent le potentiel angoissant du récit. Et comme Romero ne se fait guère d’illusions sur la nature humaine, il nous montre les survivants s’entredéchirer au lieu de se soutenir, et les chasseurs courser les zombies comme du gibier avec une bonne humeur inquiétante. Quant à la chute finale, monstrueusement injuste, elle laisse pantois. Maintes fois copié et plagié, La Nuit des Morts-Vivants connaîtra plusieurs suites signées par Romero lui-même, et un nombre incalculable de fausses séquelles et de remakes en tout genres.

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005

© Gilles Penso

Thema: Zombies
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de George Romero - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Vendredi 9 mai 2008 5 09 /05 /Mai /2008 18:45
(Dawn of the Dead)
De George A. Romero (Etats-Unis)
Avec David Emge, Ken Foree, Scott H. Reiniger, Gaylen Ross, David Crawford, David Early, Richard France, Tom Savini


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Avec
La Nuit des Morts-Vivants, on pensait que George Romero avait fait le tour de la question des zombies remis aux goûts du jour et modernisés. Or « La Nuit » n’était que le début, et en s’attaquant à « L’Aube », le cinéaste crée une suite/remake qui deviendra le film ultime sur les morts-vivants, la référence absolue en la matière. Les distributeurs européens ne s’y trompent guère, en le rebaptisant tout simplement Zombie.

Ici, comme l’amorçait
La Nuit des Morts-Vivants, les cadavres ressuscités ont envahi la terre et le monde bascule dans l'horreur. Fran, qui travaille pour la télévision, Stephen, pilote d'hélicoptère, Roger et Peter, policiers, décident de fuir loin de la ville. Malgré les attaques des morts-vivants, les quatre survivants parviennent à trouver refuge dans un centre commercial abandonné. La vie s'organise, parsemée de raids contre les zombies et de luttes pour assurer leur survie. Roger est un jour mordu par un zombie et il doit être abattu avant de devenir à son tour un mort-vivant. Bientôt, une horde de Hell's Angels pille le supermarché et Stephen subit les effets de la terrible mutation. Pourchassés par Stephen devenu zombie, Fran et Peter ne devront leur salut qu'à un hélicoptère providentiel…

Film d'action reposant surtout sur son rythme effréné, Zombie utilise l'horreur comme prétexte, le véritable dessein de l’œuvre étant une cinglante satire sociale. La société de consommation est banalisée (par le biais du supermarché dans lequel les héros peuvent disposer de tout ce qu'ils désirent) puis ridiculisée (par l'intermédiaire des zombies qui, en traînant sur les escaliers roulants, en se collant aux vitrines, en errant entre les rayons, sont des caricatures des humains et de leur instinct consumériste grégaire). Romero se moque de ses semblables et de leurs déambulations sans but, dénonce les répressions violentes de l'armée et de la police, condamne les politiciens et leurs projets aberrants (du style nourrir les morts-vivants jusqu'à ce qu'ils soient rassasiés ou faire exploser des bombes atomiques dans les villes où ils sont concentrés). Le rythme, d'une constance remarquable, sert magistralement le pamphlet social.

Après l’épouvante quasi-documentaire de
La Nuit des Morts-Vivants, Zombie change donc de style, affichant ici ouvertement les horreurs visuelles (têtes qui explosent, tournevis dans l’oreille, machette dans un crâne, amputations en tout genres). « Je voulais donner au film l’aspect d’un comic book », avoue Romero. « D’un point de vue stylistique, j’ai tenté de refléter un peu le type de cinéma qu’on faisait à cette époque. Voilà pourquoi il y a des couleurs éclatantes et brillantes comme dans les films d’action des seventies. » (1) Le film se distingue aussi par une structure narrative inhabituelle, relatant un épisode parmi d’autres d’une situation cauchemardesque qui s’est amorcée bien avant les premières images et s’avère loin d’être terminée après le dénouement. « Dans la plupart des films fantastiques, le monde est perturbé par un élément surnaturel, mais à la fin l’ordre est rétabli », conclue Romero. « Dans mes films, le désordre perdure jusqu’au bout, le problème existe toujours. » (2)

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005

© Gilles Penso

Thema:
Zombies
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de George Romero - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

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