les films de Sam Raimi

Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /2010 20:08

Jusqu-en-enfer.jpg(Drag me to Hell)

de Sam Raimi (2009) – USA

avec Alison Lohman, Justin Long, Lorna Raver, Dileep Rao, David Paymer, Adrianna Barraza, Chelcie Ross, Reggie Lee

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Ah, quelle joie de retrouver Sam Raimi sur le terrain qui fit sa gloire : le film d’horreur décomplexé ! Ce retour aux sources s’explique en partie du fait que le scénario de Jusqu’en Enfer date de 1992, époque où le réalisateur venait d’achever L'Armée des Ténèbres. Spider-Man n’avait pas encore fait sauter le box-office. Mais après un troisième épisode témoignant d’un petit essoufflement de la saga arachnéenne, Raimi a décidé de laisser le monte-en-l’air rouge et bleu se reposer pour revenir à ses premières amours, en compagnie de son frère et co-auteur Ivan Raimi.


Jusqu’en Enfer s’intéresse à Christine Brown (Alison Lohman), modeste employée d’une banque pour laquelle elle gère les prêts en attendant une promotion qu’elle guette avec espoir. Fiancée à un sympathique et jeune médecin (Justin Long), elle constate que ses origines modestes déplaisent quelque peu à des beaux-parents fortunés. Alors qu’elle flotte dans le doute et la frustration, le drame survient : une vieille gitane, à qui elle refuse un prêt, l’attaque violemment dans le parking de la banque et lui jette un sort redoutable. Dès lors, un démon terrifiant, le Lamia, la harcèle jour et nuit, prélude au moment fatidique au cours duquel il l’entraînera dans les entrailles brûlantes de l’Enfer. Comment échapper à une telle malédiction ?


Entouré de comédiens solides, Raimi ose le grand écart entre le drame humain réaliste et l’horreur outrancière. Les tourments de la jeune héroïne sont touchants, crédibles et palpables, les seconds rôles savamment ciselés, et les scènes « banales » (dans la banque, chez les beaux-parents) ne manquent jamais de saveur. Mais dès que le Fantastique pointe le bout de son nez, le cinéaste s’en donne à cœur joie, lorgnant parfois du côté de Tex Avery comme il le fit jadis dans Evil Dead 2. D’ailleurs, plusieurs motifs visuels – comme le possédé qui danse en apesanteur, le chiffon vivant qui se comporte comme un toon hargneux ou le monstre femelle dont les yeux s’éjectent de leurs orbites pour venir se coller sur le visage de Christine – évoquent directement le second volet des aventures d'Ash, tandis que la voiture fétiche du réalisateur, la fameuse Oldmobile Delta 88 de 1973 de la trilogie Evil Dead, joue ici un rôle clef.


En pleine régression au stade oral, les frères Raimi se servent de la bouche de leur infortunée protagoniste comme véritable défouloir. Tout y entre ou sort, de la mouche aux hectolitres de sang en passant par des amas de vers grouillants, des liquides visqueux variés et même un bras entier ! Pourtant, malgré cette démesure, le ton du film demeure miraculeusement juste, probablement parce que Sam Raimi croit à son histoire et aborde son genre préféré avec sincérité et générosité. Cerise sur le gâteau, Christopher Young compose à l’occasion une magnifique partition digne de son sublime travail sur Hellraiser, laissant la part belle à un violon tzigane soliste qui évoque évidemment les origines de la malédiction et les diverses manifestations du démon. Un twist final délectable clôt le spectacle sur une note dantesque – au sens propre – et finit par susciter la fébrile interrogation : à quand Evil Dead 4 ?!!

 

© Gilles Penso


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Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Sam Raimi - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Jeudi 28 mai 2009 4 28 /05 /2009 12:10
(The Gift)
de Sam Raimi (Etats-Unis)
avec Cate Blanchett, Keanu Reeves, Katie Holmes, Giovanni Ribisi, Hilary Swank, Greg Kinnear, Michael Jeter, Kim Dickens


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Intuitions s’inscrit dans le creux de la vague de la carrière de Sam Raimi. Après ses trois explosifs Evil Dead
, le talentueux réalisateur poursuivit sa filmographie de manière assez inégale, alternant le meilleur (l’excellent thriller Un Plan Simple), le banal (le très facultatif Pour l’Amour du Jeu avec Kevin Costner) et le passable (le western multi-stars Mort ou Vif). En perte de vitesse, il signait avec Intuitions une histoire de fantômes post-Sixième Sens et post-Hypnose. Mais là où l’on pouvait craindre un inévitable air de déjà vu, Raimi prouve qu’il a de beaux restes et que lorsque le sujet l’inspire, il sait encore faire des merveilles.

Le scénario d’Intuitions, co-signé par Billy Bob Thornton et Tom Epperson, se déroule dans la petite ville de Brixton, en Georgie. Là, Annie Wilson (Cate Blanchett), une jeune veuve mère de trois enfants, arrondit ses fins de mois grâce à ses dons de médium, qu’elle monnaye au cours de séances de spiritisme à la demande de quelques-uns de ses voisins. Un jour, Annie conseille fortement à son amie Valerie (Hilary Swank) de quitter son mari Donnie Barksdale (Keanu Reeves), un homme rustre et violent qui la bat régulièrement. Furieux, l’intéressé traite Annie de sorcière (« Traiter avec le Diable te conduira au bûcher », lui lance-t-il, « tout le monde sait ça ! »). Il menace même ses enfants pour l’inciter à ne plus se mêler des affaires d’autrui.

Peu après, Jessica King (Katie Holmes), la fiancée d’un homme influent de la ville, est portée disparue. A contre-cœur, la police fait appel aux dons d’Annie pour démêler l’affaire. « Je ne crois pas en ce que vous faites, Miss Wilson », lui lâche le shérif Pearl Johnson (J.K. Simmons, futur J. Jonah Jameson de la saga
Spider-Man). « Et pour être sincère avec vous, je n’aime pas ça. Mais nous sommes arrivés au bout de nos investigations… nous avons cherché sous chaque pierre… et nous aimerions que vous nous disiez ce que vous pouvez faire pour nous aider. » Face à cette demande pressante, Annie utilise ses dons et est frappée d’une vision qui conduit la police dans un marécage de la propriété de Donnie, où gît le corps de Jessica. En toute logique, l’indésirable voisin est arrêté et condamné. Jusqu’à ce que de nouvelles visions conduisent Annie à penser que l’assassin court toujours… 

Si le scénario d’Intuitions ne déborde pas d’inventivité, le film sort du lot grâce à l’intelligence de son casting, au réalisme de ses personnages et de leur environnement (capté en extérieurs naturels en Georgie), et à quelques séquences d’anthologie au cours desquelles Raimi met nos nerfs à rude épreuve, provoquant maints sursauts des spectateurs sur leurs fauteuils. Intuitions représente également l’un des meilleurs contre-emplois jamais incarnés par Keanu Reeves, réellement terrifiant dans la peau d’un « redneck » jaloux et violent. Féru de clins d’œil référentiels, le réalisateur dote son héroïne d’une voiture légendaire, puisqu’il s’agit de la fameuse Oldsmobile d’
Evil Dead, et demande à son compositeur Danny Elfman de faire une brève apparition sous forme d’un violoniste surgissant au beau milieu d’une des visions d’Annie.

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Sam Raimi - Communauté : Ciné DVD
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Jeudi 28 mai 2009 4 28 /05 /2009 00:22

A 22 ans, avec une équipe amateur et un budget de quelque 50 000 dollars, Sam Raimi tournait Evil Dead, succès surprise de l'année 1982. Depuis, c'est devenu l'un des réalisateurs les plus courus d'Hollywood, héritant de la très convoitée saga Spider-Man, véritable poule aux œufs d'or de Sony et Marvel. Voici un retour sur la carrière fantastique de ce cinéaste génial et déjanté…

1982 : Evil Dead
1985 : Mort sur le Grill
1987 :
Evil Dead 2
1990 : Darkman
1992 :
L'Armée des Ténèbres
2000 : Intuitions
2002 :
Spider-Man
2004 : Spider-Man 2
2007 : Spider-Man 3
2009 : Jusqu'en Enfer

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Sam Raimi - Communauté : Cinéastes et passionnés
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Jeudi 28 mai 2009 4 28 /05 /2009 00:02
de Sam Raimi (Etats-Unis)
Avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst, James Franco, Thomas Haden Church, Topher Grace, Bryce Dallas Howard


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Le succès colossal des deux premiers
Spider-Man, dont les recettes mondiales atteignent les 1,6 milliards de dollars, incita Sony à programmer la date de sortie américaine de ce troisième épisode alors que le n°2 n’était pas encore distribué en salles ! Sam Raimi et son frère Ted imaginèrent donc une nouvelle aventure puisant une fois de plus son inspiration dans les comics des années 60 et 70, tout en empruntant des éléments aux épisodes conçus par Todd Mc Farlane dans les années 90. Spider-Man 3 reprend nos protagonistes là où le film précédent les laissait. Peter Parker a avoué sa flamme et sa double identité à Mary-Jane Watson, et tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Mais un nouveau super-vilain se pointe bientôt à l’horizon : Flint Marco, un criminel en cavale victime d’un accident radioactif dans un immense bac de sable. Les molécules de son corps fusionnent avec le sable, lui donnant la capacité de se métamorphoser à loisir. Un malheur ne venant jamais seul, Peter hérite du « symbiote », un blob d’origine extra-terrestre qui se colle à son costume. Désormais revêtu d’une tenue noire, il possède de nouveaux pouvoirs… mais sa personnalité semble s’altérer. Il se laisse séduire par la belle Gwen Stacy, fille du capitaine de la police de New York, et sa relation avec Mary-Jane s’en trouve dégradée. Comme si ça ne suffisait pas, Harry Osborn, le meilleur ami de Peter, a juré sa perte. Héritant de l’arsenal du Bouffon Vert, Harry se mue en nouveau Bouffon et décide de le détruire définitivement… Sans compter le redoutable Venom, qui fait son apparition au dernier tiers du métrage.

Malgré cette profusion de super-vilains, Spider-Man 3 parvient à éviter les travers des
Batman de Tim Burton et Joel Schumacher et consacre la majeure partie de son scénario au développement de ses personnages. Du coup, Peter Parker est beaucoup plus présent à l’écran que son alter ego rouge et bleu, et de nombreuses séquences parviennent à émouvoir le plus endurci des spectateurs, même s’il eut été préférable que la bande originale de Christopher Young (remplaçant Danny Elfman tout en conservant ses thèmes musicaux) ne se sente pas obligée de surligner systématiquement chaque émotion. Qu’il s’agisse de moments de comédie (le dîner dans un restaurant français avec Bruce Campbell en hilarant maître d’hôtel) ou de scènes purement fantastiques (l’extraordinaire métamorphose de Marco en Homme-Sable, à la fois touchante et spectaculaire), Raimi conserve son style inimitable et sa personnalité malgré une pression croissante accrue par le pharaonique budget de 300 millions de dollars mis à sa disposition.

Dommage cependant que certains procédés scénaristiques manquent singulièrement de cohérence, notamment le chantage intangible qu’Harry fait subir à Mary-Jane, ou son revirement de dernière minute occasionné par une révélation peu crédible et bien tardive. Dommage également que Gwen Stacy, magnifique personnage du comic book original, ne transcende guère ici le rôle de la potiche blonde platine. Sans compter quelques touches d'humour à la limite du grotesque, comme la chorégraphie qu'improvise Peter Parker dans un club de jazz, façon The Mask ! Le spectacle demeure tout de même de très haute tenue, et s’achève sur un bataille homérique opposant quatre belligérants fort déterminés.
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Sam Raimi - Communauté : Fous de Bande-dessinée
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Mercredi 27 mai 2009 3 27 /05 /2009 17:24
(Army of Darkness)
De Sam Raimi (Etats-Unis)
Avec Bruce Campbell, Embeth Davidtz, Marcus Gilbert, Ian Abercrombie, Richard Grove, Bridget Fonda


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Après un
Evil Dead très sombre et un Evil Dead 2 oscillant entre l’horreur sordide et le burlesque cartoonesque, Sam Raimi et son producteur Robert Tapert se lancent dans une Armée des Ténèbres complètement exempte de gore, laissant place à une épopée fantastique et médiévale à grand spectacle, ponctuée d’humour nonsensique. Ici, les influences ne sont donc plus L'Exorciste, La Nuit des Morts-Vivants et H.P. Lovecraft, mais plutôtJason et les Argonautes, les dessins de Frank Frazetta et les récits d’héroïc-fantasy.

Une tronçonneuse greffée au poignet, un fusil à canon scié dans l’autre main, Ash (Bruce Campbell) remonte le cours du temps jusqu’à l’an 1300 face au roi Arthur. Poursuivi par des forces diaboliques, il doit retrouver le Necronomicon, ce fameux grimoire qui pourra le renvoyer à son époque. Mais par maladresse, il réveille une armée de cadavres, dirigée par Evil Ash qui n’est autre que son double maléfique. Armés de pied en cap, et se ralliant de nouveaux membres à chacune de leurs victimes, les morts assiègent le château d’Arthur. Désireux de rendre hommage à Ray Harryhausen, Sam Raimi ponctue son film d’un bestiaire référentiel. Le premier est une harpie démoniaque arborant quatre bras crispés et des ailes translucides, qui attaque le château d’Arthur et enlève Sheila (Embeth Davidtz). Mais la référence au maître des monstres animés apparaît pleinement dans une séquence surréaliste au cours de laquelle une vingtaine de squelettes émergent dans un cimetière et, armés de pelles, déterrent leurs congénères. Puis vient le combat de Ash contre son double maléfique, réduit à l’état d’un sac d’os zombifié.

Hélas, la qualité des effets visuels laisse souvent à désirer. Du coup, certains effets ne fonctionnent guère et ne réussissent jamais à dépasser le mètre étalon Harryhausen qui, il faut bien l’avouer, avait placé la barre très haut. « Ces squelettes ont été réalisés sur la base de jouets Mattel », raconte l'animateur Peter Kleinow. « Nous leur avons ajouté des rotules pour les articulations. Il y avait de nombreux plans complexes, notamment lorsque l'armée des squelettes avance vers le château, et que quatre d'entre eux transportent un bélier. Je ne suis pas entièrement satisfait du résultat, mais nous ne pouvions pas nous permettre de refaire les prises. » (1) Fort heureusement, les maladresses de certains de ces trucages optiques sont rattrapées par leur inventivité et leur grain de folie, notamment dans la séquence où Ash est attaqué par des clones miniatures de lui-même.

L’humour, devenu omniprésent, est ici plus ou moins efficace. Si le recyclage de la formule « Klaatu Verada Niktu », issue du
Jour où la Terre s'Arrêta, fait mouche auprès des cinéphiles, on ne peut pas en dire autant des grimaces de Evil Ash, ou de l’épilogue ruinant par sa légèreté l’ampleur de l’aventure. Il faut dire aussi que ce troisième Evil Dead a souffert de sa sortie tardive, suite à de stupides démêlés juridiques, arrivant ainsi après le Robin des Bois de Kevin Reynolds (celui-ci s’étant indiscutablement inspiré de Sam Raimi pour filmer ses flèches) et Les Visiteurs de Poiré, dont il annonçait les thèmes et certaines situations. Jo Lo Duca, fidèle à la saga Evil Dead depuis le début, poursuit la veine symphonique amorcée avec l’opus 2. Il n’hésite pas ici à souligner les cavalcades d’envolées très lyriques, chœurs à l’appui, et se laisse aller avec bonheur aux mélodies médiévales. Danny Elfman lui-même, auteur de la BO de Darkman, signe un morceau, celui de la « marche des morts », qui évoque le thème du Pingouin de Batman le défi.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mars 1999

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Sam Raimi - Communauté : Ciné DVD
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Jeudi 5 juin 2008 4 05 /06 /2008 19:14
de sam Raimi (Etats-Unis)
Avec Bruce Campbell, Sarah Berry, Dan Hicks, Kassie DePaiva, Ted Raimi, Denise Bixler, Richard Domeier


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Après l'horreur troublante du film précédent, Sam Raimi opte pour un ton très différent, à la limite du cartoon et de Tex Avery. Et pourtant, Evil Dead 2 s'inscrit parfaitement dans la continuité du premier puisqu'il lui s'y enchaîne à la seconde près, si l'on fait abstraction du flash-back du prologue, simplifiant à l'extrême l'intrigue du film original et réduisant le nombre de protagonistes à deux au lieu de cinq. Seul survivant de l'attaque des forces diaboliques réveillées par les incantations du professeur Knowby, enregistrées sur un magnétophone à bande, Ash (Bruce Campbell) est à son tour possédé par le démon qui le mue en zombie grimaçant. Mais le soleil lui redonne son aspect normal.

Le pont, seul accès vers l'extérieur, s'étant écroulé, Ash s’avère incapable de quitter la cabane où se déroula le drame. Il se cloître alors et sombre peu à peu dans la démence. D’où une séquence hallucinante où tous les objets dans la cabane se mettent à éclater de rire, de la tête de cerf empaillée à la chaise en passant par la lampe et la bibliothèque. Du délire pur ! Puis survient une magnifique scène d’animation où le cadavre de Linda, la défunte fiancée d’Ash, sort de terre et se met à danser dans les bois, jusqu’à ce que sa tête décapitée ne morde la main droite du malheureux. « C’est une séquence que j’aime beaucoup », avoue Doug Beswick, qui en signa l’animation. « Elle fut particulièrement amusante à réaliser. Sam Raimi nous a fourni un storyboard précis, puis nous avons engagé une chorégraphe. On peut presque considérer la danse de Linda comme un petit film d’animation à elle seule. Il y a un début, un milieu et une fin, comme dans un court-métrage. »… (1)

Au seuil de la folie, Ash est rejoint par la fille du professeur Knowby, son fiancé Ed, et deux guides, Jake et Bobby Joe, tous quatre ayant emprunté un chemin à travers les bois. Les forces du mal ne vont guère tarder à se manifester à nouveau, multipliant les apparitions de zombies divers dans la cabane. Ici, le gore n'est plus cru mais comique, grand-guignolesque, et Bruce Campbell joue la démence à la perfection. Le scénario cultive volontiers les références à H.P. Lovecraft, déjà présentes dans le premier Evil Dead, en particulier à travers le livre des morts réveillant les démons, qui n'est rien d'autre que le fameux Necronomicon imaginé par l’écrivain tourmenté.

Les nouveaux personnages n'existent ici que dans le but de se faire décimer par des monstres loufoques : grand-mère zombie au cou télescopique, main coupée qui ricane et court se réfugier dans un trou de souris comme si elle était échappée d’un « Tom et Jerry », et Ash lui-même, métamorphosé à son tour en mort-vivant agressif. Les prises de vues acrobatiques de Sam Raimi étonnent toujours, et le budget confortable alloué par Dino de Laurentiis en personne n'a effacé ni la personnalité du cinéaste, ni son style visuel reconnaissable à des kilomètres à la ronde. Au beau milieu du film, Bruce Campbell, une tronçonneuse greffée à la place de sa main droite coupée, un fusil à canon scié dans l'autre, se mue quasiment en super-héros au look des plus surprenants, à mi-chemin entre Mad Max et Leatherface. Quant au dénouement, proprement hallucinant, il annonce les délires anachroniques du troisième volet.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998.
L'interview complète a été publiée dans le livre STOP-MOTION.


© Gilles Penso

Thema: Zombies, Diables et Démons, Végétaux

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Sam Raimi - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /2008 23:47
de Sam Raimi (Etats-Unis)
avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst, James Franco, Alfred Molina, Rosemary Harris, J.K. Simmons, Donna Murphy, Dylan Baker


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Le double DVD version longue est disponible ici

Après avoir si brillamment retranscrit l’univers de l’homme-araignée dans son extraordinaire Spider-Man, on imaginait mal comment Sam Raimi allait pouvoir se prêter au jeu de la séquelle en évitant les redites. C’était compter sans son talent, son inventivité et son grain de folie. Car si Spider-Man 2 reprend à son compte la quasi-totalité des composantes de son prédécesseur, c’est pour mieux les transcender. Plus drôle, plus émouvant, plus mouvementé encore que le premier film, Spider-Man 2 s’avère surtout plus profond. La première partie du scénario est une véritable épreuve émotionnelle, car notre pauvre Peter Parker y souffre le martyre, ballotté entre son incapacité à garder un travail fixe, ses déboires amoureux avec Mary-Jane Watson, son amitié chancelante avec Harry Osborn, ses échecs scolaires et les problèmes financiers de sa tante. Bref, c’est un éprouvant parcours du combattant, à l’issue duquel il accuse de tous les maux son alter-ego et décide d’abandonner le métier de super-héros.

D’où ce plan mémorable où la panoplie de Spider-Man gît dans une poubelle, tandis que Peter s’éloigne dans une ruelle sombre, de dos, abattu… Une image directement reprise à l’une des sublimes vignettes dessinées par John Romita. Car ce second Spider-Man parvient aussi à coller davantage à l’esprit du comic book original, s’inscrivant d’ailleurs dans une atmosphère atemporelle et colorée à mi-chemin entre le 21ème siècle et les années 60. D’où l’emploi du fameux tube « Raindrops Keep Fallin' On My Head » de Burt Bacharach. N’oublions pas que l’homme-araignée est avant tout une incontournable icône des sixties, au moins autant que les Beatles, que Sean Connery dans les premiers James Bond ou que Raquel Welch posant en peau de bête sur l’affiche d’
Un Million d’Années avant JC.

L’une des faiblesses du premier opus était l’apparence du Bouffon Vert, une espèce de Joker en résine peu fidèle à son modèle dessiné. La donne a changé ici, avec l’un des plus beaux super-vilains de l’histoire du cinéma, un Docteur Octopus magnifiquement interprété par Alfred Molina, dont les redoutables tentacules télescopiques sont animés d’une vie propre et annihilent peu à peu sa volonté. Cette véritable incarnation en chair, en os et en image de synthèse des dessins de Steve Ditko et John Romita, nous vaut quelques homériques séquences d’affrontements avec le tisseur de toile, notamment une ébouriffante échauffourée sur le toit d’un métro lancé à vive allure.

Octopus permet à Sam Raimi de lorgner du côté du film d’horreur, genre qui l’a rendu célèbre, notamment au cours de la scène où les médecins tentent d’extirper les tentacules du torse du docteur. Le cinéaste s’amuse d’ailleurs à cligner de l’œil vers certains titres phares de sa filmographie, notamment Evil Dead (notre héros qui n’en finit plus de se prendre des meubles sur la figure),
Evil Dead 2 (le combat à la tronçonneuse contre l’un des tentacules) et Darkman (Octopus trouve refuge dans un entrepôt délabré et décide d’y reconstruire son laboratoire). Bref, Spider-Man 2 est une éblouissante réussite, qui s’achève à la fois sur une note joyeuse (enfin !) et sur un cliffhanger inquiétant, prélude à un troisième opus inévitable.


© Gilles Penso

Thema: 
Super-Héros, Araignées
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Sam Raimi - Communauté : Ciné DVD
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Mardi 27 mai 2008 2 27 /05 /2008 08:46
de Sam Raimi (Etats-Unis)
Avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst, Willem Dafoe, James Franco, Cliff Robertson, Rosemary Harris, J.K. Simmons, Joe Manganiello


Voir la toute première bande annonce (retirée des salles après les attentats du 11 septembre 2001)

Le DVD est disponible ici

« Désiré » aurait pu être le sous-titre de ce Spider-Man, car le public l’attendait depuis des décennies. Après le dessin animé culte des années 60, les téléfilms ratés des années 70 et la série d’animation des années 90, cette première transposition des aventures du « monte-en-l’air » sur grand écran a bien failli ne jamais voir le jour, suite à un inextricable imbroglio juridique. Acquis par Menahem Golan et Yoram Globus au milieu des années 80, le projet est passé entre les mains de James Cameron dix ans plus tard, pour finalement échoir à Sam Raimi. On imagine à peine la pression qu’a dû subir le créateur d’Evil Dead, mais au vu du résultat il peut dormir sur ses deux oreilles. Non seulement l’adaptation est réussie, mais son Spider-Man est probablement le meilleur film de super-héros jamais porté à l’écran.

Le secret de son succès ? Avoir concentré toute son attention sur son jeune héros (magnifiquement incarné par Tobey Maguire), sur sa vie, ses amis, ses amours, sa famille, ses problèmes d’adolescent, comme l’avait si bien fait le comic book de Stan Lee et Steve Ditko. Une fois ce contexte réaliste mis en place, la science-fiction peut s’immiscer en douceur, et le processus d’identification fonctionne à plein régime. Lorsque Peter Parker est mordu par l’araignée, nous découvrons ses pouvoirs avec lui, nous grimpons aux murs, nous sautons de toit en toit, nous lançons la toile… Avec beaucoup de finesse, Raimi emploie la métaphore des super-pouvoirs pour raconter le passage de la puberté, la sortie de l’enfance et l’accès à l’âge adulte, reprenant à son compte le leitmotiv de la BD : « de grands pouvoirs engendrent de grandes responsabilités. »

Le défi technique est remporté haut la main, Spidey voltigeant dans les airs avec la même agilité que son alter-ego dessiné, ce qui provoque forcément des cris de joie chez les fans qui n’en croient pas leurs yeux. Mais c’est le défi narratif qui est le plus surprenant. Car en deux heures, Raimi et son scénariste David Koepp ont résumé trois décennies d’aventures de l’homme-araignée, liant entre eux les épisodes clef de l’âge d’or : la découverte des pouvoirs de Peter, la première rencontre avec Mary-Jane Watson, la révélation de l’identité du bouffon vert et la mort de Gwen Stacy. Sauf qu’ici la rousse Mary-Jane remplace la blonde Gwen, qui fut le grand amour de Peter Parker dans les années 70, et que l’issue de l’aventure est moins tragique. Après la mort de l’oncle Ben, une deuxième perte douloureuse eut sans doute exagérément noirci le ton du film, qui oscille habilement entre le drame et la comédie.

Autres libertés prises par Raimi et Koepp : l’araignée qui mord Peter n’est plus radio-active mais génétiquement modifiée, et la toile du super-héros n’est pas un produit chimique de son invention mais un des pouvoirs que lui a transmis l’arachnide. Au titre des réserves, on pourra regretter que le Bouffon Vert ait été affublé d’une cuirasse en plastique qui semble tout droit sortie d’un Bio-Man ou d’un Power Rangers. Une peau reptilienne en latex eut été plus heureuse et plus proche du personnage original. Déplorons également la partition de Danny Elfman, qui s’est ici contenté de composer une musique d’ambiance sans se fendre d’un vrai thème héroïque, comme il avait si brillamment su le faire pour Batman. Ces réticences mises à part, le film demeure une extraordinaire réussite. L’œuvre d’un fan réalisé pour des fans. Sincère, ludique et intelligent. Que demande le peuple ?


© Gilles Penso

Thema: Super-Héros, Araignées
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Sam Raimi - Communauté : Cinéma
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Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /2008 00:20
(The Evil Dead)
De Sam Raimi (Etats-Unis)
Avec Bruce Campbell, Ellen Sandweiss, Hal Delrich, Betsy Baker, Sarah York


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Evil Dead
est le premier et sans doute le meilleur film de Sam Raimi, le mètre étalon du cinéma d’épouvante des années 80, un véritable phénomène salué à l’époque par des commentaires dithyrambiques de Stephen King en personne. Et pourtant, qui aurait misé sur un scénario aussi basique et convenu ? Les protagonistes sont cinq amis (deux couples et une jeune femme un peu solitaire) qui ont loué une cabane dans la montagne. L'endroit est sinistre, recouvert d'une épaisse brume et envahi par une végétation très dense.

Dans la cave de la maison, où l'horloge s'est subitement arrêtée, ils découvrent un vieux grimoire dont la couverture grimaçante semble être faite avec de la peau humaine, un gros magnétophone et une bande enregistrée par le dernier locataire. Celui-ci faisait des études sur la sorcellerie, et a vraisemblablement provoqué la colère de démons qui hantent l'endroit. En remettant en marche le magnétophone, une formule rappelant les démons est prononcée à voix haute. La chose monstrueuse qui vient de se réveiller dans les bois va transformer le séjour en véritable cauchemar. Les arbres, soudain animés d’une vie propre, violent Cheryl, mutilent Scott, et tous deux se muent bientôt en morts-vivants, tout comme Linda et Shelley. Seul survivant, Ash devra farouchement lutter contre ses anciens amis transformés en monstres hideux et hystériques…

On dit que tout le talent d'un auteur transparaît déjà à travers sa première œuvre, fut-ce un petit film d’horreur tourné avec une équipe de jeunes amateurs, du matériel 16 mm et un budget étriqué. Evil Dead confirme l'assertion, tant le résultat, étonnamment maîtrisé, recèle déjà en substance le génie de Sam Raimi et la quintessence de ses travaux futurs. Recyclant un thème d'une banalité pourtant effarante, Evil Dead se détourne bien vite des mécanismes d’un
Vendredi 13 auquel son prologue peut faire penser pour faire monter lentement l'épouvante à coups de chocs visuels surprenants, dont certains semblent s’inspirer de L’Exorciste, jusqu'à une explosion d'horreur où les scènes les plus éprouvantes ne sont pas épargnées au spectateur. Le décor réel extrêmement sobre, les acteurs débutants au jeu très effacé, le grain de l'image, tout concourt à faire d'Evil Dead un film potentiellement très angoissant.

Mais c'est surtout la manière révolutionnaire qu'adopte Sam Raimi pour filmer son histoire qui restera dans les mémoires : travellings vertigineux accompagnés de rugissements indéterminés pour montrer la vision subjective du démon, panoramiques étonnants conçus en boucles fermées, très gros plans, angles de prise de vue des plus inattendus, jeux constants sur les effets sonores (la voiture qui avance au milieu des arbres qui craquent, la balançoire qui frappe la porte de la cabane dans un vacarme assourdissant)… Tout ce déploiement de techniques insolites, jamais gratuites, sera utilisé comme leitmotiv dans l'œuvre ultérieure de Raimi, et imité par bien des metteurs en scènes. Notons qu'Ethan Coen, futur réalisateur de talent (Sang pour Sang, Fargo, Le Grand Saut), fit lui aussi ses premières armes sur Evil Dead.

© Gilles Penso

Thema: Zombies, Diables et Démons, Végétaux
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Sam Raimi - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Avis aux amateurs d'effets spéciaux
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L'auteur de ce site

  • L'Encyclopédie du Cinéma Fantastique
  • Gilles Penso
  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

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