les films de John Carpenter

Samedi 19 novembre 2011 6 19 /11 /Nov /2011 13:44

fog(The Fog)

de John Carpenter (Etats-Unis)

avec Adrienne Barbeau, Jamie Lee Curtis, Tom Atkins, John Houseman, Janet Leigh, Hal Holbrook, James Canning

 

Le Blu-ray est disponible ici

 

Le DVD est disponible ici

 

Dans la foulée d’Halloween, appelé à devenir un colossal succès public, John Carpenter embraya sur Fog, une histoire de fantômes plus ancrée dans l’épouvante traditionnelle. « Je voulais faire un film à l’ancienne comme ceux de Jacques Tourneur, ou comme ces serials sur The Shadow de James V. Horne », explique-t-il à ce propos (1). Les premières séquences de Fog sont serties dans une magnifique photographie nocturne de Dean Cundey, exploitant avec talent toute la latitude du format Cinemascope. « Beaucoup de mes films parlent de gens qui sont emprisonnés, pris au piège, effrayés »  ajoute Carpenter. « L’obscurité est un élément de base de ces sensations. C’est également très photogénique » (2).  

 

Situé dans la petite ville côtière d’Antonio Bay, le film s’ouvre sur une série de phénomènes étranges, qu’on croirait issus de  Rencontres du Troisième Type : les téléphones sonnent brutalement dans les cabines, l’électricité s’emballe, de mini-séismes secouent les environs, les pompes à essence se vident, les klaxons et alarment se déclenchent, les téléviseurs s’allument, les objets bougent seuls, les vitres éclatent… Et puis, et surtout, il y a cette nappe de brouillard surnaturelle annonciatrice d’une antique malédiction… Car l’origine de ces mystérieuses manifestations n’est pas extra-terrestre, mais bel et bien spectrale. La légende raconte en effet qu’en 1880, La population d'Antonio Bay coula un bateau transportant des lépreux pour ne pas avoir à les accueillir. Or un siècle après, jour pour jour, alors que tous les habitants se préparent à fêter le centenaire de la ville, les morts reviennent pour se venger.

 

Voilà pour le point de départ, un récit simple dénué de toutes fioritures, d’autant que John Carpenter s’amuse une fois de plus à structurer l’histoire autour de la double unité de lieu et de temps. Le casting de Fog réunit deux héroïnes familières du réalisateur : Adrienne Barbeau (Meurtre au 43ème étage) et Jamie Lee Curtis (Halloween), auxquelles se joint la mère de celle-ci, Janet Leigh, célèbre héroïne de Psychose. Ironiquement, le tournage de Fog s’est déroulé à quelques kilomètres à peine de Bodega Bay, où Hitchcock avait tourné Les Oiseaux. Et pour parachever la filiation avec le maître du suspense, Carpenter s’amuse à faire une petite apparition au début du film, dans le rôle de l’assistant du curé.

 

Simples ombres menaçantes au début du film, les fantômes apparaissent un peu plus précisément vers le dénouement, sans se départir pour autant de leur aura de mystère et de suggestion, proches en cela des abominations du romancier H.P. Lovecraft auquel Carpenter se réfère ouvertement. Silencieux, le pas traînant, le faciès décomposé, ils assaillent les humains comme des zombies, évoquant à la fois les Templiers d’Amando de Osorio et les échappés de l’Enfer de Lucio Fulci. « Le premier montage terminé, ça ne donnait pas du tout le résultat prévu », se souvient John Carpenter. « J’ai donc du retourner un certain nombre de séquences en ciblant un public plus moderne » (3). Force est de constater que cette révision du découpage fut une bonne idée, car en l’état, Fog est un film d’épouvante atemporel d’une redoutable efficacité.

 

(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en février 1995

 

© Gilles Penso

Thema: Fantômes

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de John Carpenter - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Samedi 5 mars 2011 6 05 /03 /Mars /2011 00:48

ghosts-of-marsde John Carpenter (Etats-Unis)

Avec Natasha Henstridge, Ice Cube, Jason Statham, Clea DuVall, Pam Grier, Joanna Cassidy, Richard Cetrone, Rosemary Forsyth

 

A l’aube du vingt et unième siècle, Hollywood s’est aussi subitement qu’éphémèrement passionné pour la planète Mars, comme en témoignent notamment Mission to Mars et Planète Rouge. Dans la même mouvance, John Carpenter s’est lancé dans Ghosts of Mars, l’occasion pour lui de combiner ses trois genres de prédilection : le western, la science-fiction et l’horreur. Le récit se situe 500 ans dans le futur, sur la planète écarlate, et met en vedette une unité de police dirigée par Melanie Ballard (la sculpturale Natasha Henstridge, ex-Mutante, remplaçant Courtney Love à la dernière minute). Leur mission : transférer un dangereux prisonnier nommé Desolation Williams (Ice Cube). Mais lorsqu’ils arrivent dans la petite ville de Chryse, ils constatent que tout le monde ou presque a été assassiné par une horde de sauvages inhumains armés jusqu’aux dents. Ceux-ci sont en réalité d’anciens ouvriers possédés par l’esprit des Martiens, et dont le but est d’éliminer purement et simplement la race humaine.

 

Tourné intégralement de nuit au Nouveau-Mexique, le film, raisonnablement distrayant, regorge de réminiscences à l’univers de Carpenter. Le commissariat de police violemment assiégé évoque évidemment Assaut, l’entité extra-terrestre qui voyage de corps en corps nous renvoie bien sûr à The Thing, et les batailles rangées entre les héros et les bandes meurtrières rappellent celles de New York 1997 et Los Angeles 2024 (avec en prime un nouveau personnage haut en couleur incarné par Pam Grier). Ces dernières séquences sont d’ailleurs joliment chorégraphiées, et se permettent quelques écarts gore surprenants, notamment bon nombre de mutilations et de décapitations à coup de projectiles tranchants.

 

Carpenter profite également de cette histoire de Martiens antédiluviens influençant la comportement des humains pour rendre une nouvelle fois hommage à l’un de ses films de chevet, Les Monstres de l’Espace, dont il fit quasiment un remake avec Prince des Ténèbres. Assez curieusement, Ghosts of Marsadopte le choix d’une narration complète en flash-back, Melanie Ballard racontant sa mésaventure à un juge martial. Ce parti pris, pas vraiment justifié, ôte de plus un enjeu au film : jamais le spectateur ne s’inquiète du sort de la belle policière, puisqu’il sait qu’elle a survécu à toutes les épreuves qu’elle relate. Plus bizarrement, au sein même de ce grand flash-back, de nombreux autres flash-backs s’insèrent, chaque personnage racontant des événements auxquels il a assisté, jusqu’à ce que l’intrigue se perde dans des tiroirs narratifs qui relèvent plus du gimmick que de la trouvaille scénaristique.

 

Prolongeant les expérimentations qu’il avait inaugurées dans Vampires, John Carpenter truffe désormais sa mise en scène de fondus enchaînés à la John Woo qui, eux aussi, semblent faire office de gadgets esthétique dans la mesure où leur usage excessif ne renforce en rien à l’impact du film. Quant au dénouement, il s'avère à la fois illogique, expéditif et dénué de la moindre finesse. Malgré tout, Ghosts of Marsrelève le niveau d’un Los Angeles 2024 et d’un Vampiresqui avaient placé la barre assez bas malgré quelques poignées de séquences assez jouissives. Un John Carpenter pas vraiment imperissable donc, mais efficace, bien rythmé, et qui se regarde d’un bout à l’autre sans déplaisir. C’est déjà pas mal.

 

© Gilles Penso

 

Thema: Extra-Terrestres

 

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de John Carpenter - Communauté : The SciFi Geeks
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Lundi 14 juillet 2008 1 14 /07 /Juil /2008 11:53
de John Carpenter (Etats-Unis)
Avec Keith Gordon, John Stockwell, Alexandra Paul, Robert Prosky, Harry Dean Stanton, Christine Belford


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Le DVD est disponible ici

La bande originale est disponible ici

Sensibilisé par les succès de Carrie et Shining, le producteur Richard Kobritz se lança à son tour dans l’adaptation d’un roman de Stephen King. S’il jeta son dévolu sur « Christine », alors que le roman n’était pas encore publié, c’est qu’il y trouva trois composantes propres à lui attirer les faveurs d’un large public américain : l’adolescence, le rock’n roll et les voitures. A peine remis de l’échec ô combien injuste de The Thing, John Carpenter s’installa sur le fauteuil du réalisateur. Christine raconte l’histoire d’Arnie Cunningham, un jeune lycéen américain timide et complexé, qui semble être l’exact opposé de son ami Dennis, sportif, populaire et courtisé par les filles.

Un beau jour, Arnie tombe littéralement sous le charme d’une vieille voiture qui traîne comme une épave rouillée dans l’arrière-cour d’un garage sinistre. Dennis tente de le dissuader de faire une folie, mais Arnie a le coup de foudre : il achète cette Plymouth Fury vieille de 21 ans, qui répond au doux nom de Christine, et passe dès lors tout son temps libre à la restaurer. Bientôt, la voiture retrouve miraculeusement sa jeunesse. Sa carrosserie brille d’un rouge vif flamboyant, son moteur rugit comme s’il sortait de l’usine, et sa vieille radio chante joyeusement les tubes de 1957. Mais peu à peu, l’âme diabolique de la voiture possède Arnie et s’acharne à détruire quiconque s’interpose entre elle et le jeune homme…

Le roman de Stephen King adoptait un mode de narration inhabituel, chacun de ses actes étant conté à la première personne par un protagoniste différent. Sans aller jusqu’à opter pour le même procédé, le scénario de Bill Phillips s’avère remarquablement fidèle au texte initial, malgré quelques épurations nécessaires dues à la taille du texte initial, et l’expurgation du fantôme hantant Christine. Du coup, le film parle moins d’une voiture hantée que d’un objet maléfique doté d’une personnalité propre. A sa maîtrise de l’épouvante, Carpenter ajoute ici une autre de ses passions : le rock’n roll. « J’ai pour habitude de fredonner régulièrement des chansons des Beatles lorsque j’arrive sur les plateaux de tournage », nous avoue-t-il (1). La bande originale du réalisateur/compositeur, synthétique et sommaire comme à son habitude, se mêle donc avec bonheur aux tubes des fifties qui ponctuent le film, ceux-là mêmes qui se trouvaient, par extraits interposés, en exergue de chaque chapitre du roman de King.

L’un des aspects les plus fascinants du film est la métamorphose psychologique et physique de son « héros ». Cette mutation suit en toute logique celle de la voiture elle-même, vieille guimbarde rouillée et pitoyable changée en un bolide flambant neuf doté d’une « force de caractère » étonnante. Si le trucage employé pour visualiser les « résurrections » de Christine est d’une simplissime efficacité – les plans de froissage de tôle sont montés à l’envers – la concrétisation technique du film n’alla pas sans mal, nécessitant l’achat à prix d’or de vingt-trois Plymouth Fury et la destruction de la plupart d’entre elles. Pas aussi prestigieuse que les œuvres de Brian de Palma et de Stanley Kubrick, Christine est pourtant sans conteste l’une des adaptations les plus réussies de l’œuvre de Stephen King.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 1995

© Gilles Penso

Thema: Objets vivants

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de John Carpenter - Communauté : Cinéma
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Mardi 1 juillet 2008 2 01 /07 /Juil /2008 15:25

de John Carpenter (Etats-Unis)
Avec Kurt Russell, Wilford Brimley, T.K. Carter, David Clennon, Keith David, Richard A. Dysart, Donald Moffat

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Le DVD est disponible ici

La nouvelle de J. W. Campbell est disponible ici

Remake de La Chose d’un Autre Monde et adaptation de la nouvelle « Le Ciel est Mort » de John Campbell, The Thing comporte quelques-unes des scènes les plus horriblement délirantes qu'on ait vues de mémoire de cinéphile. La chose extra-terrestre sans forme qui donne son titre au film est tombée du ciel 10 000 ans avant notre ère. Elle a la particularité d’absorber tout être vivant et de s'insinuer dans son enveloppe charnelle après une horrible métamorphose. Or cette « chose » s'est introduite dans une base américaine de recherches scientifiques, isolée dans l'Antarctique. A la suite d'une tempête de neige, la station est coupée du reste du monde. La chose investit d’abord un chien de traîneau, dont la tête se déchire en deux et dont le corps se recouvre de tentacules, puis occupe le corps de l'un des douze membres de l'expédition. Mais lequel est-ce ? Et comment le reconnaître ?

Le maquilleur surdoué Rob Bottin prouve ici les capacités quasi-illimitées des effets mécaniques, seuls capables à l'époque de visualiser les créations métamorphiques dues à cette chose lovecraftienne. « Rob Bottin était exactement la personne qu’il nous fallait pour une telle mise en œuvre », nous avouait John Carpenter douze ans après la sortie du film. « Son travail est époustouflant, même en comparaison avec ce que l’on sait faire actuellement. » (1) La scène la plus spectaculaire est probablement celle où la créature surgit de la poitrine déchirée du comédien Charles Hallahan et s’accroche au plafond, sous forme d’un corps humain dégoulinant de chairs décomposées, dont les épaules sont hérissées de gigantesques pattes d’insectes et dont la tête disproportionnée est juchée au sommet d’un long cou tordu. Le cou finit par se déchirer et la tête tombe au sol. Lorsque s’ouvre sa bouche, une langue démesurée en sort et s’accroche au pied d’une chaise, tandis que des pattes d’araignées surgissent de la tête et lui permettent de se déplacer… Du délire pur !

Servi par d’aussi magistraux effets spéciaux, The Thing bénéficie en outre de l’indiscutable maîtrise de John Carpenter dans l’art du huis-clos et de la tension. Les bavardages de la version de 1951 se muent ici en silences des plus oppressants, d'autant que, dans ce remake, le nombre des scientifiques a été ramené de cinquante à douze. Question d'unité d'action, bien sûr. Kurt Russell, acteur fétiche de Carpenter, est un très convaincant héros paranoïaque. Pour une fois, la musique n'est pas ici l'œuvre de Carpenter mais d’Ennio Morricone, qui s'adapte avec répartie au style épuré du cinéaste. « Il est merveilleux, j’adore ce qu’il fait, je ne pourrais jamais faire mieux que lui ! », nous avoue Carpenter avec enthousiasme. « Si sa musique ressemble néanmoins à la mienne sur The Thing, c’est parce que je lui ai demandé de simplifier à l’extrême, et de réduire le nombre de ses notes. » (2)

De par tous ses atouts, The Thing demeure terrifiant de bout en bout, ses effets spéciaux révolutionnaires servant de leur mieux l'angoisse sans cesse croissante du scénario. L'un des « must » de Carpenter, qui fut au moment de sa sortie un inexplicable échec commercial. Sans doute le public préféra-t-il à l’époque se tourner vers des extra-terrestres plus amicaux, comme le proposait alors Spielberg avec E.T.

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en février 1995

© Gilles Penso

Thema: Extra-Terrestres
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de John Carpenter
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Samedi 7 juin 2008 6 07 /06 /Juin /2008 11:09
(Prince of Darkness)
de John Carpenter (Etats-Unis)
Avec Donald Pleasence, Jameson Parker, Victor Wong, Lisa Blount, Dennis Dun, Alice Cooper, Susan Blanchard, Anne Marie Howard


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Les deux précédents films de John Carpenter, Starman et Les Aventures de Jack Burton, ayant été de gros flops au box-office malgré leurs moyens conséquents, le metteur en scène décida d’enchaîner avec une œuvre plus brute, en huis-clos, centrée sur un concept simple, avec un budget réduit et des comédiens qui lui sont familiers. Autant dire donc que ce Prince des Ténèbres est probablement l’une de ses œuvres les plus personnelles. Comme il l’avait fait avec Assaut, quasi-remake officieux de Rio Bravo qui en reprenait certaines thématiques et plusieurs situations, Carpenter réalise là une variation autour du film Les Monstres de l’Espace de Roy Ward Baker, dans lequel le professeur Quatermass mettait à jour dans le métro londonien un engin antédiluvien abritant une entité maléfique. Et pour bien marquer ses influences, il signe son scénario sous le nom de Bernard Quatermass. Un scénario étrange et envoûtant, mixant en un audacieux cocktail la science, la religion et la métaphysique.

Transfuge d’Halloween et New York 1997, Donald Pleasence revêt ici la soutane d’un prêtre, découvrant après la mort d’un de ses collègues l’existence d’un ordre secret de l’église catholique, la « confrérie du sommeil ». Dans le sous-sol d’une ancienne chapelle bâtie dans un quartier défavorisé de San Francisco, il tombe sur un étrange container empli d’un liquide vert en perpétuel mouvement. Perplexe et inquiet, l’homme d’église demande au professeur de physique Howard Birac (Victor Wong, sorcier dans Les Aventures de Jack Burton) et à ses étudiants de venir étudier le phénomène, en compagnie d’une petite équipe de scientifiques. Les premières constatations sont des plus troublantes : la datation au carbone 14 révèle que le cylindre est vieux de sept millions d’années, son mécanisme semble être conçu pour n’être ouvert que de l’intérieur, et les inscriptions latines qui l’entourent sont des étranges équations mathématiques. Autour de l’église, les phénomènes curieux se multiplient. Les sans-abris se massent comme une menaçante armée de morts-vivants, et les insectes grouillent plus que de raison.

Bientôt, le liquide vert s’échappe et entre en possession d’une scientifique, qui contamine peu à peu tous les autres… Car le container abrite rien moins que le Diable, prisonnier d’un monde parallèle et bien décidé venir régner sur le nôtre. Du coup, la dernière partie du film, où les protagonistes sont pris en chasse dans les couloirs de l’église par leurs collègues zombifiés, évoque beaucoup celle de L’Au-Delà. Et ce n’est pas un hasard, dans la mesure où John Carpenter et Lucio Fulci sont sous la même influence : celle d’H.P. Lovecraft, romancier de l’horreur indicible et des démons intérieurs. Prince des Ténèbres retrouve ainsi l’atmosphère oppressante et l’unité de lieu qui firent le succès de Fog, tout en se permettant quelques écarts franchement gore, notamment lorsqu’un homme tombe littéralement en morceaux, son corps étant envahi par des milliers de scarabées. Fidèle à ses habitudes, Carpenter clôt son récit sur une fin ouverte et inquiétante, laissant vagabonder à loisir l’imagination du spectateur.

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de John Carpenter - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 12:09
(Escape From New-York)
de John Carpenter (Etats-Unis)
Avec Kurt Russell, lee Van Cleef, Ernest Borgnine, Donald Pleasence, Isaac Hayes, Harry Dean Stanton, Adrienne Barbeau


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John Carpenter avait déjà détourné les codes du western pour les besoins de son thriller
Assaut. Ici, il les transpose quelques années dans le futur. Alors que la ville de New York est devenue un quartier de haute sécurité pour trois millions de criminels, le prisonnier Snake Plissken (Kurt Russell) se voit offrir la liberté s’il peut secourir le président des Etats-Unis (Donald Pleasence) dont l’avion s’est écrasé dans la ville. Pour s'assurer de sa loyauté, on lui inocule une bombe miniature dans le corps qui explosera s'il n'a pas accompli sa mission au bout d'un délai de 24 heures. Lâché dans la jungle urbaine de New York, Snake Plissken se fait quelques alliés en chemin, dont Cabbie (Ernest Borgnine), Maggie (Adrienne Barbeau) et Brain (Harry Dean Stanton), et découvre que le président a été enlevé par la dangereuse bande de Duke (Isaac Hayes)…

Les films de John Carpenter reposent souvent sur une idée simple et diablement efficace. C’est plus que jamais le cas ici, et la mise en scène ciselée du réalisateur d'
Halloween s’adapte à merveille à ce concept, profitant largement de toute l’étendue du format Cinémascope pour composer des images nocturnes superbes. D’autant que Carpenter n’a pas son égal pour maîtriser l’unité de lieu et de temps. 24 heures, les rues de New York, un homme seul contre tous : à partir de ces données simples, l’action est savamment orchestrée, avec une prédilection pour les décors sordides, les individus autant bigarrés que dangereux et les situations extrêmes. Le plus étonnant est sans doute que le résultat soit si spectaculaire malgré les faibles moyens du film.

« New York 1997 a coûté six millions de dollars, ce qui effectivement était un budget plutôt restreint », confirme John Carpenter. « Nous sommes allés tourner à Saint Louis, où avait eu lieu un grand incendie en 1977. Tout le centre ville avait été dévasté, et c’est ce qui nous a servi de décor principal. Pour les effets spéciaux, nous avons fait appel à la société de Roger Corman, New World, parce qu’ils étaient très bon marché. » (1) Parmi les talentueux artistes embauchés par Corman à cette époque, James Cameron, bientôt en passe de devenir metteur en scène, s’attela aux matte-paintings décrivant les buildings lointains de New York. Le casting du film, constitué de gueules impayables et de réjouissants seconds couteaux, est dominé par Kurt Russell, l’acteur fétiche du cinéaste, portant sur ses épaules le rôle le plus marquant de sa carrière.

Snake Plissken, l’homme dont tout le monde a entendu parler dans ce New York d’apocalypse, celui que l’on croit mort sans que personne ne s’en explique, ce mercenaire débonnaire et antisocial au patch de pirate et à la coupe hippie s’est mué en icône immuable du cinéma d’action et de science-fiction. Il est amusant de noter que le studio envisageait à l’époque de proposer le rôle à Charles Bronson ou Tommy Lee Jones, ce que le cinéaste refusa sans appel. Maintes fois imité, notamment via une myriade de petites productions italiennes, New York 1997 demeure une œuvre résolument à part, un petit miracle que Carpenter lui-même ne parvint pas à égaler lorsqu’il en signa tardivement une poussive séquelle.

(1) propos recueillis par votre serviteur en février 1995


© Gilles Penso

Thema: Futur

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de John Carpenter - Communauté : Ciné DVD
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Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 00:52
(Halloween)
De John Carpenter (Etats-Unis)
Avec Jamie Lee Curtis, Donald Pleasence, Nancy Loomis, P.J. Soles, Charles Cyphers, Kyle Richards, Brian Andrews


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Le buste de Michael Myers est disponible ici !

Au milieu des années
soixante, la petite ville américaine d’Haddonfield, dans l’Illinois, est frappée par un crime abominable : celui d’une jeune fille par son frère Michael Myers, âgé d’à peine six ans, en plein soir d’Halloween. Dix-sept ans plus tard, l’assassin s’échappe de l’institut psychiatrique où il était interné et revient sur les lieux de son crime. La vogue du psycho-killer, annoncée par
Psychose, a été définitivement lancée par Halloween, qui en a dicté les principes majeurs. Du coup, le film de John Carpenter, qui faisait office de précurseur lors de sa sortie, ne se distingue plus beaucoup désormais de sa trop prolifique descendance, ses mécanismes ayant notamment été galvaudés par l'interminable série des Vendredi 13.

Carpenter nous avouait avec le recul : « A l’époque, personne n’avait encore vu de film utilisant de tels artifices : la musique, le rythme du montage… A présent, c’est le lot quotidien du cinéphile. Tous les films d’horreur contiennent désormais ces effets de mise en scène. Au moment de sa sortie, les gens criaient en voyant ce film, mais plus maintenant. » (1) Halloween
s'ouvre sur un long plan-séquence en caméra subjective qui se conclue de fort surprenante manière. Puis le film donne la vedette à Jamie Lee Curtis, alors débutante, dans un rôle d'ingénue qui dénote un peu avec l'ensemble de ses rôles ultérieurs (ici, elle arpente gaiement le bitume en fredonnant « chante, rossignol, chante » !). En guest-star, Donald Pleasence, dans le rôle d’un psychiatre, déambule aux alentours en ne cessant de ressasser à qui veut l’entendre que Michael Myers n'est pas un homme mais le mal personnifié.

Comme toujours, Carpenter compose avec beaucoup de maestria sur l'unité de lieu (une rue avec deux maisons adjacentes) et de temps (la nuit d'Halloween), ainsi que sur les apparitions furtives et inquiétantes, connues du spectateur mais pas des protagonistes, sur lesquelles repose une bonne partie des effets de suspense. La musique, synthétique, sommaire et répétitive, accentue la tension du film, et s’est muée depuis en véritable classique du genre. Evidemment, il est difficile de croire au personnage de Myers, rien n'expliquant son invulnérabilité aux balles ou ses motivations meurtrières. Et puis, on ne peut s'empêcher de réprouver cette tendance à préserver ou punir les personnages selon qu'ils font preuve de chasteté ou non. Etant donné qu’il est difficile de soupçonner de puritanisme un cinéaste aussi peu politiquement social que John Carpenter, sans doute faut-il voir dans cette équation sexe = mort la concrétisation d’une obsession commune à maints tueurs en série, témoin Jack l’éventreur qui n’assassinait que des prostituées.

Quinze ans après la sortie d’Halloween, John Carpenter déclarait : « Je n’arrive toujours pas à croire qu’on ait réussi à faire ce film pour 300 000 dollars en 22 jours ! » (2) Et de conclure : « Les autres films de la série Halloween n’étaient que des photocopies du film original. Mais la présence de Donald Pleasence suffit à les rendre intéressants. » (3) Toujours est-il que La Nuit des Masques est entré dans la légende, tandis qu’aucune de ses séquelles ne laissa de trace marquante dans l’histoire du cinéma fantastique.

(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en février 1995


© Gilles Penso

Thema: Tueurs
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de John Carpenter - Communauté : Cinéastes et passionnés
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  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

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