les films de Tim Burton

Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 00:53

mars-attacks!-posterde Tim Burton (Etats-Unis)

Avec Jack Nicholson, Glenn Close, Pierce Brosnan, Natalie Portman, Michael J. Fox, Sarah Jessica Parker, Martin Short 

 

Contrairement à ses pairs hollywoodiens, qui ont souvent aimé faire du neuf avec du vieux en accumulant les remakes modernisés, Tim Burton tient généralement à préserver le look rétro de ses films et à citer ses sources. Mars Attacks !, en l’occurrence, s’inspire de cartes illustrées datant de 1962 et décrivant une invasion extraterrestre gore et burlesque. Dès le début du film, des milliers de soucoupes volantes venues de Mars encerclent la Terre. Quelle attitude adopter face à une telle situation ? C’est la question qui tourmente le président des Etats-Unis. Le général Decker prône l’attaque armée et l’extermination, et le professeur Kessler le dialogue et la compréhension. Lorsque les Martiens révèlent leur vraie nature, c’est hélas le premier qui semblait avoir raison.

 

Pour ce « bubble gum movie », Burton est parvenu à réunir un casting de rêve, comme à l’époque des films catastrophe des années 70. En tête d’affiche, Jack Nicholson est reconverti dans un double rôle de président affable et de businessman avisé. Ces deux interprétations conjointes évoquent la triple performance de Peter Sellers dans Docteur Folamour, une référence qui se confirme lors des grandes scènes de débats houleux dans la Salle de Guerre ornée d’une vaste carte du monde. La femme du président a pris les traits de Glenn Close, et sa fille ceux de Natalie Portman. A proximité, en professeur pacifiste et optimiste, Pierce Brosnan nous offre une composition extraordinaire, à mille lieues de James Bond. A leurs côtés, on trouve Michael J. Fox, Sarah Jessica Parker, Annette Bening, Danny de Vito, Martin Short, Pam Grier, Rod Steiger, Tom Jones, bref rien que du beau monde.

 

D’un point de vue technique, Tim Burton a opté pour des effets spéciaux ultra-sophistiqués, sans évacuer pour autant le parfum de nostalgie qui lui est cher. Du coup, les vaisseaux martiens sont les copies conformes de ceux des Soucoupes Volantes Attaquentanimés par Ray Harryhausen quarante ans plus tôt. Le robot géant qui pourchasse l’un des héros évoque aussi la SF des fifties, et lorsque les soucoupes s’échouent en mer, on croirait visionner le final des Survivants de l’Infini. Les Martiens eux-mêmes sont extraordinairement expressifs, d’autant que c’était la première fois qu’un long-métrage mettait en scène autant de personnages humanoïdes en 3D. Visuellement, Mars Attacks ! est donc une vraie réussite. Mais les débordements pyrotechniques et numériques finissent par nuire au film.

 

Les personnages n’étant finalement que des pions dans ce gigantesque jeu de massacre, le spectateur a toutes les peines du monde à leur accorder l’intérêt qu’ils sont supposés susciter. L’humour noir de Burton et son sens permanent de la dérision rattrapent souvent les carences de ce scénario-prétexte, mais l’auteur d’Edward aux Mains d’Argentsemble avoir oublié en cours de route la naïveté et surtout la sincérité qui le guidaient jusqu’alors. L'échec d'Ed Wood, l'un de ses films les plus personnels et les plus touchants, est probablement à l'origine de ce fâcheux changement de cap. Burton se contente ici de tout casser avec un cynisme qu'on ne lui connaissait pas. L'effet défoulant est garanti, certes, et en comparaison du navrant Independence Day de tels débordements anarchiques ne font pas de mal… mais on ne peut s'empêcher de préférer les films dans lesquels Burton aime ses personnages envers et contre tous.

 

© Gilles Penso

 

Thema: Extra-Terrestres 

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Tim Burton - Communauté : The SciFi Geeks
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 20 mars 2010 6 20 /03 /Mars /2010 16:21

Charlie et la chocolaterie(Charlie and the Chocolate Factory)

de Timp Burton (Etats-Unis)

avec Johnny Depp, Freddie Highmore, David Kelly, Helena Bonham Carter, Noah Taylor, Deep Roy, Christopher Lee

 

Voir la bande annonce


Le DVD est disponible ici


Le Blu-ray est disponible ici


La bande originale est disponible ici


Le roman est disponible ici


Si Big Fish annonçait un grisant retour aux sources pour Tim Burton, Charlie et la Chocolaterie le confirme avec éclat. Osons la dithyrambe : cette relecture de l’œuvre de Roald Dahl est un chef d’œuvre du genre, exaltant tout ce qui fit le succès de Beetlejuice, Edward aux Mains d’Argent et L’Etrange Noël de Monsieur Jack. On y trouve la poésie surréaliste de son auteur, son goût pour l’exubérance ultra-colorée, son rejet en bloc du réalisme moderne, son apologie des êtres originaux et différents et son permanent sens de l’ironie. Charlie Bucket (Freddie Highmore) est un enfant issu d'une famille pauvre entassée dans une petite bicoque tordue. Travaillant pour subvenir aux besoins des siens, il doit économiser chaque penny et ne peut s'offrir les friandises dont raffolent les enfants de son âge. Pour obtenir son comptant de sucreries, il participe à un concours organisé par le mystérieux Willy Wonka, propriétaire de l’imposante fabrique de chocolat qui surplombe la ville. Celui qui découvrira l'un des cinq tickets d'or que Wonka a caché dans les barres de chocolat de sa fabrication pourra visiter chaque recoin de l’usine, habitée par une peuplade de créatures étranges baptisées les Oompas Loompas…


Charlie et la Chocolaterie nous émerveille sans cesse, nous fait rire souvent, nous émeut même parfois, car sans larmoyance ni démagogie, le film délivre au détour de ses outrances un plaidoyer pour la générosité et l’optimisme. On a beau apprécier à sa juste valeur la version de 1971, ce Charlie s’impose comme l’adaptation ultime du célèbre classique de la littérature enfantine. Le pari n’était guère aisé, même si toutes les thématiques du texte initial collent à merveille à l’univers de Tim Burton, comme si son mariage avec Dahl avait toujours été une évidence. Après tout, Spielberg ne s’était-il pas cassé les dents avec un Peter Pan qui semblait lui aussi taillé sur mesure ? Stimulés par l’inventivité foisonnante de Burton, ses collaborateurs se sont ici surpassés. « Ses films m’inspirent », dit à ce titre Johnny Depp. « Malgré la pression, il n’a pas changé, ne s’est pas laissé influencer. Les artistes de cette trempe sont rares aujourd’hui à Hollywood. » (1)


Le comédien nous livre ici une performance exceptionnelle de doux-dingue hérité d’Ed Wood et Benny and June, Danny Elfman retrouve enfin toute sa verve musicale en mixant partition flamboyante et chansons parodiques, et le génial chef décorateur Alex McDowell (The Crow, Minority Report) adapte son savoir-faire aux proportions colossales de l’entreprise. « Ce film est probablement le plus complexe de toute ma carrière », avoue-t-il. « Nous avons occupé l’intégralité des studios de Pinewood, y compris le fameux plateau 007, qui est le plus grand d’Europe. Le décor de la rivière en chocolat mesurait 60 mètres de long sur 35 de large, et nous avons dû utiliser un bon million de litres de faux chocolat, créé avec du colorant alimentaire et de l’additif épaississant. » (2) Bien entendu, ce régal cinématographique ne se déguste à belles dents qu’à condition de troquer son regard adulte contre des yeux d’enfant. C’est là toute la richesse des meilleures œuvres de Burton.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2008

(2) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005

 

© Gilles Penso

Thema: Contes de Fées

 

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Tim Burton - Communauté : Un monde plus beau
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 18 mars 2010 4 18 /03 /Mars /2010 16:57

Big Fishde Tim Burton (Etats-Unis)

Avec Ewan McGregor, Albert Finney, Billy Crudup, Jessica Lange, Alison Lohman, Marion Cotillard, Helena Bonham Carter


Voir la bande annonce


Le DVD est disponible ici


Après le cynique Mars Attacks !, le désabusé Sleepy Hollow et l’impersonnel Planète des Singes, on croyait Tim Burton définitivement perdu dans les abîmes d’un cinéma hollywoodien anonyme. Mais ô joie, ce Big Fish nous réconcilie avec le poète qui osa porter à l’écran Beetlejuice, Edward aux Mains d’Argent et Ed Wood. Sans atteindre l’extravagante beauté de ces pures merveilles, Big Fish s’inscrit dans leur continuité, avec la même naïveté, le même sens de l’absurde et la même démesure. Oscillant en permanence entre le réalisme brut et le fantastique onirique, le scénario prend pour protagoniste Edward Bloom, un homme à l’article de la mort qui reçoit la visite de Will, son fils désormais adulte, marié et bientôt père de famille. Longtemps fâchés, les deux hommes tentent de renouer un ultime contact. Will en profite pour essayer de savoir enfin qui est réellement son père.


Car celui-ci a toujours raconté sa propre vie sous la forme d’un conte de fée extravagant, dans lequel il aurait côtoyé une sorcière borgne, un géant affamé, un bateleur loup-garou, deux sœurs siamoises chanteuses de cabaret, des sirènes, des araignées sauteuses et des poissons géants. Au fil des saynettes surréalistes qui narrent la vie romancée d’Edward Bloom, le film renoue avec l’une des thématiques récurrentes de Burton, le charme des êtres hors norme, et évoque les meilleures folies de Terry Gilliam, période Bandits Bandits, Brazil et Les Aventures du Baron de Münchausen. Mais Big Fish ne serait qu’une belle prouesse artistique et visuelle s’il se contentait d’aligner les tableaux fantasmagoriques, exercice dans lequel Burton a prouvé à maintes reprises qu’il était passé maître, le fleuron en la matière étant probablement L’Etrange Noël de Mr Jack.


Or la force du film réside surtout dans la relation entre Edward et son père, dans ce gigantesque fossé qui s’est peu à peu creusé entre eux et qu’il semble impossible de combler en si peu de temps, alors que l’heure tourne et que les jours sont comptés. La portion « réaliste » du film s’orne des interprétations pleines de grâce d’une Jessica Lange dans la force de l’âge qui n’a rien perdu de sa beauté et d’une Marion Cotillard surprenante en tel contexte, qui apporte une « french touch » exotique du plus bel effet. Il faut aussi saluer l’incroyable performance des deux hommes qui donnent leur visage à Edward Bloom : Ewan McGregor, jovial et sautillant dans les jeunes années fantasmées, et Albert Finney, malicieux et l’œil rieur dans les derniers jours.


« Au lieu de dissocier la réalité et le rêve, j'ai toujours pensé qu'il était plus intéressant d'utiliser le monde de la fantaisie et de l'imagination pour mieux explorer le monde réel » (1), explique Tim Burton, résumant en quelques mots le propos de Big Fish et de la majeure partie de son œuvre. Seule ombre au tableau : une partition un peu fade de Danny Elfman, efficace, certes, mais sans saveur. Comme si ce descendant moderne de Tchaïkovski et Saint-Saëns avait fait le tour de ses expérimentations musicales, de ses violons tziganes, de ses chœurs aériens, de ses basses bancales et de ses boîtes à musique lancinantes, sans parvenir désormais à se renouveler. Fort heureusement, la suite de sa filmographie nous prouvera le contraire. Burton, quant à lui, trouvera là un nouveau souffle salvateur, redorant son blason et enchaînant avec un savoureux Charlie et la Chocolaterie qui, lui aussi, utilisera le conte de fée pour narrer les aléas complexes d’une relation entre un père (symbolique celui-ci) et son fils.


(1) Propos recueillis par votre serviteur en mars 2010

 

© Gilles Penso

Thema: Contes de Fées

 

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Tim Burton - Communauté : Cinéma et culture alternative
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /Mars /2010 18:00

Alice Wonderland Burton

 


 

 

(Alice in Wonderland)

de Tim Burton (2010) – USA

avec Mia Wasikowska, Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Crispin Glover, Anne Hathaway, Matt Lucas


Voir la bande annonce


Tim Burton et Alice au Pays des Merveilles : l’équation semblait logique, mais était-elle souhaitable ? Quand on se souvient du désastre artistique de Hook, résultat de la rencontre de Steven Spielberg avec son héros d’enfance Peter Pan, il était permis d’en douter. Un point commun relie d’ailleurs ces deux projets. Dans les deux cas, un long-métrage Disney sert de référence, et le scénario du film pend la forme d’une séquelle nous présentant le personnage principal devenu adulte pour s’immerger malgré lui dans l’univers fantastique de son enfance. Qu’on se rassure, les ressemblances s’arrêtent là. Car s’il est loin d’être le film le plus novateur et le plus personnel de Tim Burton, Alice au Pays des Merveilles se situe bien au-dessus du niveau du triste Hook.


L’héroïne a aujourd’hui 19 ans, et la voilà promise à un jeune homme profondément ennuyeux mais dont le statut aristocratique semble tout à fait convenable pour une jeune londonienne de l’époque victorienne. Au cours de la garden party organisée pour que le futur fiancé fasse sa demande officielle, Alice croit apercevoir un lapin en gilet qui court dans les fourrés. En le suivant, elle tombe dans un terrier, et la voilà replongée dans le Pays des Merveilles, celui qu’elle croyait onirique mais qui semble être un univers parallèle bien tangible. Là, la cruelle Reine Rouge (Helena Bonham Carter), flanquée de son valet Stayne (Crispin Glover), fait régner la terreur. Or selon les présages, Alice est la seule capable de renverser son règne pour permettre le retour de la Reine Blanche (Anne Hathaway). Aidée par toute une ménagerie loufoque et par le Chapelier Fou (Johnny Depp), elle se prépare donc à affronter l’arme ultime de la Reine Rouge, le redoutable dragon Jabberwocky…


D’un point de vue purement artistique, Alice au Pays des Merveilles est un spectacle inédit, porté par les dernières technologies en matière d’effets numériques et d’images de synthèse. Les animaux fantaisistes qui peuplent le Pays des Merveilles sont donc de toute beauté (avec une mention spéciale pour le fauve Bandersnatch, la chenille Absolem qui parle avec la voix doucereuse d’Alan Rickman et le Jabberwocky auquel Christopher Lee prête son timbre inimitable), tout comme certaines innovations délirantes telles que la tête surdimensionnée de la Reine Rouge ou le corps démesuré de Stayne.


Mais sans vouloir donner dans le « bon vieux temps », l’époque où Burton disposait de moins de technologie et de plus de liberté, celle de Beetlejuice et d’Edward aux Mains d’Argent, semblait résolument plus inventive. Débarrassé de tous ses atours esthétiques, Alice au pays des Merveilles ne raconte en effet rien de bien palpitant, et véhicule même des thématiques qui semblent contredire tout ce que le réalisateur d’Ed Wood semblait défendre jusqu’alors. Oubliés les sympathiques « freaks » qui défendent bec et ongle leur singularité face à une société trop uniforme. Ici, on célèbre la défaite des monstres et la victoire d’une reine conformiste jusqu’à la caricature. Bizarre. Il nous restera toujours, pour nous consoler, la sublime partition de Danny Elfman, bien plus émouvante et enivrante que le film lui-même.

 

© Gilles Penso

Thema: Contes de Fées
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Tim Burton - Communauté : Cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /Mars /2010 13:01

beetlejuicede Tim Burton (Etats-Unis)

Avec Alec Baldwin, Geena Davis, Michael Keaton, Jeffrey Jones, Winona Ryder, Catherine O’Hara, Glenn Shadix


Voir la bande annonce


Le DVD est disponible ici


Le Blu-ray est disponible ici


La bande originale est disponible ici


Louez le film ici


Bien qu'il traite d'un sujet familier, celui de la maison hantée, Beetlejuice ne ressemble à rien de connu. Adam et Barbara Maitland (Alec Baldwin et Geena Davis, pas encore têtes d’affiche à l’époque), jeunes mariés qui habitent une pittoresque maison au cœur du Connecticut, meurent dès le début du film dans un accident de voiture, en évitant un chien sur la route. Devenus fantômes, ils voient avec horreur leur maison envahie par les Deetz, une riche et bruyante famille new-yorkaise. A l’instar du « Fantôme inexpérimenté » imaginé par H.G. Wells, qui ne sait pas comment hanter une maison, les Maitland tentent en vain de chasser leurs envahisseurs. Ils demandent conseil à une vieille femme bien placée dans la hiérarchie de l’au-delà. Mises en pratique, les recettes destinées à se débarrasser des intrus échouent lamentablement. Ultime recours : l’exorciste hystérique Betelgeuse, alias Michael Keaton rendu méconnaissable sous un savant maquillage de Robert Short.


Une fois n’est pas coutume, le point de vue adopté est ici celui des fantômes. Nous n’avons donc pas affaire à une chasse aux fantômes mais bel et bien à une chasse aux humains, qui représentent les véritables intrus du film. Tim Burton a une vision très personnelle de la mort. Pour lui, l'au-delà est une administration kafkaïenne et multicolore où les trépassés, dans l'état où ils ont quitté la vie (un plongeur avec un requin en train de le dévorer, un explorateur à la tête réduite, une femme coupée en deux, un homme brûlé des pieds à la tête), attendent leur tour, un ticket à la main. Quant à la tâche ingrate des fonctionnaires, elle échoit aux suicidés. A ces géniales trouvailles scénaristiques se greffe une multitude d'idées visuelles concrétisées par des effets spéciaux parfois maladroits mais inventifs et pleins de charme. Leur supervision fut confiée à Alan Munro, ancien dessinateur de storyboards qui tomba d'accord avec le réalisateur sur l'emploi de techniques le plus souvent artisanales. L'animation image par image y occupe une place de choix, ce qui semble logique étant donnés l'attrait de Tim Burton pour ce mode d'expression, comme en témoigne son premier court-métrage Vincent.


Les spectateurs ébahis découvrent ainsi une rampe d’escalier se muant en serpent géant, des vers des sables titanesques (émules de ceux de Dune) rampant autour de la maison des Maitland ou encore des sculptures hideuses qui prennent soudain vie. « Tim Burton a essayé de retrouver l'esprit d'un dessin animé en réalisant Beetlejuice , et on peut dire qu'il a réussi son coup ! » (1), déclare à ce propos Doug Beswick, responsable des séquences d’animation Le délire bat donc son plein tout au long du film (au cours d’une séquence mythique, les habitants, hantés par les fantômes, chantent soudain le « Day O » de Harry Belafonte en plein repas) et la musique de Danny Elfman rythme l'ensemble de manière trépidante, imposant les gimmicks incontournables qui feront sa réputation (violon galopant, piano en contrepoint, chœurs enjoués). Même si la dernière partie du film se laisse aller à une surenchère un peu excessive, Beetlejuice demeure l’une des œuvres maîtresses de Tim Burton, l’un de ses films les plus populaires et les plus appréciés.

 

(1) propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

 

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Tim Burton - Communauté : Ciné DVD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 20 août 2008 3 20 /08 /Août /2008 18:34
(Sweeney Todd, the Demon Barber of Fleet Street)
de Tim Burton (Etats-Unis)
avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Tomothy Spall, Sacha Baron Cohen, Jayne Wisener


Voir la bande annonce

Le DVD est disponible ici

Le Blu-ray est disponible ici

La bande originale est disponible ici

Avec Johnny Depp (son acteur fétiche depuis Edward aux Mains d’Argent), Helena Bonham Carter (son épouse à la ville), une partition chantée (comme dans L’Etrange Noël de Monsieur Jack), des décors gothiques (à l’instar de Sleepy Hollow) et le récit d’un monstre humain isolé de ses semblables (la thématique de quasiment tous ses films), Tim Burton semblait, avec Sweeney Todd, fouler sans trop d’audace des sentiers bien familiers. Mais ce n’était qu’une apparence. Car si Sweeney Todd marque indéniablement l’empreinte du réalisateur d’Ed Wood, ce dernier ne nous avait guère habitué à une telle noirceur. Œuvre puissante, désespérée, violente et profondément émouvante, cette adaptation d’un show musical très populaire de Stephen Sondheim (lui-même inspiré d’une vieille légende urbaine londonienne) semble même marquer un tournant inattendu dans la filmographie burtonienne.

Alors que Big Fish, Charlie et la Chocolaterie et Les Noces Funèbres nous rabibochaient avec un auteur ayant quelque peu perdu son mordant, Sweeney Todd semble nous montrer son nouveau visage. L’exploit est d’autant plus étonnant que l’auteur-compositeur Sondheim a tenu à valider la moindre des décisions artistiques du film, Burton ayant même eu besoin de son aval pour pouvoir engager ses acteurs ! L’histoire, mélodramatique en diable, concerne le barbier Barker, injustement incarcéré après que l’ignoble juge Turpin (excellent Alan Rickman) ait jeté son dévolu sur son épouse Lucy puis adopté sa fille Johanna.

Quinze ans plus tard, le barbier s’évade, regagne Londres sous l’identité de Sweeney Todd et, ivre de vengeance, regagne son ancienne échoppe. Là sévit désormais Madame Lovett, une piètre pâtissière qui se vante de vendre « les pires tourtes de la ville » et qui, secrètement amoureuse de cet homme brisé, accepte de l’aider à prendre sa revanche. Animé par une folie meurtrière depuis qu’il a appris que sa fille est cloîtrée chez Turpin et que son épouse s’est empoisonnée, Todd égorge désormais tous ses clients et se débarrasse des corps avec la complicité de Miss Lovett, qui trouve là une matière première inespérée pour ses tourtes à la viande… Lesquelles, comble d’ironie, deviennent les plus prisées de toute la ville !

Un tel postulat, doublé d’une trentaine de chansons interprétées par l’ensemble du casting, aurait pu muer Sweeney Todd en farce grand-guignolesque et satirique, une sorte de Petite Boutique des Horreurs version mousse à raser. Il n’en est rien. Le drame y est douloureux, les émotions exacerbées, et les meurtres sacrément gratinés. « Avec un film qui parle de meurtres en séries et de cannibalisme, les gens se doutent qu’ils ne vont pas voir La Mélodie du Bonheur ! », confesse Burton. « Mais la violence du film est très exagérée. Notre sang rouge vif est plus proche des films de la Hammer que de Hostel. » (1) Porté par un casting habité, une partition envoûtante et une direction artistique sublime (les « Universal Monsters » des années 30 ne sont pas loin), Sweeney Todd est donc une œuvre pleine de surprise, dont la conclusion nihiliste accentue encore l’impact.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2008


© Gilles Penso

Thema:
Cannibales, Tueurs

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Tim Burton
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
Lundi 18 août 2008 1 18 /08 /Août /2008 11:26
(Edward Scissorhands)
de Tim Burton (Etats-Unis)
avec Johnny Depp, Winona Ryder, Dianne Wiest, Anthony Michael Hall, Kathy Baker, Robert Oliveri, Vincent Price, Conchita Ferrell


Voir la bande annonce

Le DVD est disponible ici

La bande originale est disponible ici

La figurine d'Edward est disponible ici

Plus que n’importe quel autre film de Tim Burton, Edward aux Mains d’Argent prouve que ce cinéaste atypique a décidément l’âme d’un poète. Il s’agit sans nul doute d’une de ses œuvres les plus personnelles, une sorte de mètre étalon auquel seront inévitablement comparés tous ses films ultérieurs. Edward est un robot au teint blafard, aux cheveux hérissés et au regard un peu perdu, dont le look n’est pas sans évoquer les membres du groupe Cure. Fruit des travaux d’un inventeur génial reclus dans un immense château surplombant la ville, il est hélas inachevé. Car si le savant a eu le temps de lui implanter un cœur, il est mort avant de pouvoir le doter de mains imitant celles des humains. Le pauvre Edward se retrouve ainsi affublé de ciseaux, de couteaux et de toutes sortes d’objets tranchants dont il maîtrise mal le maniement, à tel point qu’il se blesse régulièrement le visage et se couvre de cicatrices. Orphelin, il reçoit un jour la visite d’une représentante en produits de beauté. A son initiative, il quitte le château de son créateur et vient se frotter aux gens de la ville.

Tim Burton décline là sa thématique favorite, celle de la difficile intégration des êtres « différents » au sein d’un environnement normalisé. D’où certaines réminiscences des deux Frankenstein de James Whale, films de chevet de Burton auxquels il rendit hommage dans son hilarant court métrage Frankenweenie. Et de toute évidence, le réalisateur s’identifie à son protagoniste, interprété avec beaucoup de justesse par un Johnny Depp quasi-méconnaissable, affublé qu’il est d’un étrange accoutrement conçu par Stan Winston. Conscient que l’expressivité de son personnage passait plus par la mimique que par le dialogue, Depp se laissa largement inspirer par les créations de Charlie Chaplin, dont on ressentira trois ans plus tard l’influence dans son personnage de Benny and Joon. « Quand je l’ai rencontré, j’ai su qu’il collerait parfaitement au rôle », raconte le cinéaste. "C’est quelque chose que j’ai senti. Dans ces cas-là, vous ne pensez pas au futur, vous ne vous dites pas : “ce sera l’acteur de la plupart de mes autres films“ ». (1)

Edward aux Mains d’Argent est aussi et surtout un conte de fées, genre qui fascine depuis toujours Burton et que celui-ci transpose dans l’univers des banlieues américaines pour mieux caricaturer ses contemporains et en dépeindre l’hypocrisie. La naïveté l’emportant toujours sur la satire, le film s’avère foncièrement sincère, bien loin des canons hollywoodiens savamment établis. Et c’est toujours avec joie que l’on retrouve Vincent Price, dans une série de flash-backs d’autant plus émouvants que l’immense comédien jouait là son dernier rôle à l’écran, trônant au bau milieu d’un château gothique qu’on croirait échappé des adaptation d’Edgar Poe par Roger Corman. Ce n’est pas un hasard : Tim Burton rendait déjà un fervent hommage à l’acteur et ses personnages « poesques » dans son tout premier film, le court-métrage d’animation Vincent. Saluons enfin la magnifique partition de Danny Elfman, l’un des plus beaux travaux de sa prolifique carrière, ici largement inspiré par Tchaïkovsky et notamment la Danse de la Fée Dragée du ballet « Casse Noisettes ».

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2008


© Gilles Penso

Thema:
Robots, Contes de Fées

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Tim Burton
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 26 mai 2008 1 26 /05 /Mai /2008 20:10
de Tim Burton (Etats-Unis)
Avec Michael Keaton, Jack Nicholson, Kim Basinger, Pat Hingle, Billy Dee Williams, Michael Gough, Robert Wuhl

Voir la bande annonce

Le DVD est disponible ici

Batman
s’anima dans deux serials des années 40 avant de devenir le héros d’une série TV semi-parodique au milieu des années 60. Pour relancer la franchise, les studios Warner décidèrent de revenir aux sources du comic book de Bob Kane, situé dans une cité inquiétante aux architectures staliniennes. Fort du succès inattendu de Pee Wee et Beetlejuice, Tim Burton fut sollicité pour traduire cette vision gothico-futuriste. Les producteurs convoquèrent deux superstars, Jack Nicholson dans le rôle du Joker et Kim Basinger pour incarner la journaliste Vicki Vale. En acceptant un tel casting, Burton put imposer son acteur principal : Michael Keaton, qui fut le fantôme hystérique de Beetlejuice. Là où l’on attendait un athlète musclé (Alec Baldwin, Mel Gibson, Charlie Sheen et Pierce Brosnan furent tour à tour envisagés), le cinéaste nous prend ainsi par surprise et nous offre le super-héros le plus humain qui soit.

Et de fait, les meilleures scènes du film sont probablement celles qui mettent en scène Bruce Wayne sans son masque. Un déséquilibre se fait d’ailleurs sensiblement sentir tout au long du film, Burton alternant les séquences de comédie presque intimistes avec des passages mouvementés obligatoires certes bien menés mais cruellement dénués de personnalité. Par moments, on croirait avoir affaire au montage de séquences extraites de deux longs-métrages distincts. D’un point de vue visuel, Batman est une pure merveille, assumant l’influence du Los Angeles de Blade Runner pour composer un Gotham City magnifique mis en forme par le directeur artistique Anton Furst. A cette époque, Burton storyboardait encore tout ce qu’il filmait. « Je dessinais le moindre cadrage, le moindre mouvement de caméra, le moindre regard des personnages », raconte-t-il. « Aujourd’hui encore, je continue à dessiner des choses et d’autres tout au long de la préparation des films. Je fais quelques aquarelles montrant les personnages principaux. Ça m’aide dans mes recherches, ça fait partie du processus ». (1)

Aux décors presque monochromes de Batman s’ajoutent une panoplie aux allures d’armure sombre et deux véhicules racés indissociables de l’homme chauve-souris : la batmobile qui fonce dans les rues nocturnes de la cité avec beaucoup d’allure, et la batwing qui traverse les cieux et passe devant la pleine lune avant de se crasher un peu trop prématurément pour que le spectateur puisse en profiter. Danny Elfman se met au diapason, troquant la chanson pop « Batman » qui était jadis sur toutes les lèvres contre un thème menaçant et alerte très inspiré. Pour que Batman soit une pleine réussite, il aurait sans doute fallu que Burton s’intéresse autant à son héros qu’à son vilain, car on sent bien une prédilection du réalisateur pour le Joker, lequel vole systématiquement la vedette au justicier masqué et le transforme trop souvent en pantin insipide. Le combat final, qui aurait dû être épique, n’est donc qu’une bouffonnade digne d’un cartoon et se prive d’enjeux dramatiques dignes de ce nom. Finalement, ce sont les créateurs de l’excellente série animée dérivée du film qui allaient trouver la véritable alchimie entre une direction artistique somptueuse et des scénarios en béton armé.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2008


Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Tim Burton - Communauté : Vos critiques de cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Recherche

Actualité

http://www.wikio.fr

 


Nombre de visiteurs
depuis le 6 mai 2008



Il y a actuellement
 21 fantasticophile(s) sur ce site

Thema

Interviews exclusives

Recommander

Coup de zoom sur…

Derniers Commentaires

L'auteur de ce site

  • L'Encyclopédie du Cinéma Fantastique
  • Gilles Penso
  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés