les films de Wes Craven

Lundi 14 novembre 2011 1 14 /11 /Nov /2011 22:36

la ferme de la terreur,1(Deadly Blessing) 

de Wes Craven (1981) - USA 

avec Maren Jansen, Susan Buckner, Sharon Stone, Jeff East, Ernest Borgnine, Michael Berryman, Colleen Riley 

 

Le DVD est disponible ici

 

En 1981, Wes Craven avait déjà acquis une réputation de « maître de l’horreur » grâce à  La Dernière Maison sur la Gauche  et   La Colline a des Yeux. Refusant de se reposer sur ses lauriers, il enchaîna avec un téléfilm de genre (L’Eté de la Peur) avant de signer La Ferme de la Terreur, une œuvre pas toujours estimée à sa juste valeur qui porte pourtant en germe la semence de ses meilleurs films à venir. L’intrigue se situe au beau milieu de la campagne texane. A la suite de la mort étrange de son mari, Martha Schmidt (la magnifique Maren Jansen) devient le témoin de phénomènes inexpliqués. A proximité de chez elle vit une étrange communauté religieuse : les Hittites.

 

A priori proches des Amishes, ces derniers vivent en autarcie et refusent toute technologie moderne car ils y voient des manifestations du démon. C’est l’autoritaire Isaiah (extraordinaire Ernest Borgnine) qui mène cette communauté d’une poigne de fer. Or L’époux de Martha, un ex-hittite, était son fils aîné. Son trépas serait-il lié au bannissement dont il fit l’objet ? Bientôt, la jeune veuve reçoit la visite de deux amies, Lana (une toute jeune Sharon Stone) et Vicky (Susan Buckner). A partir de là, les choses ne vont cesser d’empirer… Agrémenté d’un casting judicieux (Borgnine est hallucinant en chef de secte tyrannique et les trois actrices principales rivalisent de photogénie), La Ferme de la Terreur est probablement l’un des films les plus stylisés et les plus soignés – d’un point de vue graphique – de la carrière de Wes Craven. Les mouvements de caméra y sont élégants, les décors naturels texans magnifiquement photographiés et la partition du débutant James Horner marche sans rougir sur les traces de Bernard Herrmann.

 

Fort de ces atouts formels, Craven concocte des séquences d’épouvante d’autant plus efficaces qu’elles reposent sur des peurs basiques et évitent les artifices. A ce titre, le serpent qui s’immisce dans une baignoire entre les jambes nues de Maren Jansen ou l’araignée velue qui tombe dans la bouche grande ouverte de Sharon Stone – deux scènes qui se répercuteront respectivement dans  Les Griffes de la Nuit et  L’Emprise des Ténèbres - savent distiller d’irrépressibles frissons. Aux symboles sexuels se mixent des phobies viscérales, en un cocktail que le cinéaste ne retrouvera hélas qu’avec parcimonie dans ses œuvres ultérieures.

 

Tout au long de son déroulement, le scénario de La Ferme de la Terreur sème le doute entre l’intervention humaine ou la manifestation surnaturelle pour justifier les morts suspectes et les phénomènes mystérieux. A ce titre, le final est pour le moins surprenant. On sait que ce démon surgissant violemment d’un plancher fut imposé à Craven par les producteurs, à la manière du diable grimaçant de Rendez-Vous avec la Peur que Jacques Tourneur ajouta à son montage à contre-cœur. Mais cette image exagérément spectaculaire abonde dans le sens de l’ambiguïté. Car le cinéaste ne nous donne pas toutes les réponses. Certains reprocheront d’ailleurs au film son manque de clarté et son incapacité à opter pour une fin digne de ce nom. Mais n’est-ce pas justement cette incertitude qui accroît le trouble ?

 

© Gilles Penso

Thema: Diables et Démons

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Wes Craven - Communauté : Horrorkult.com
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Vendredi 8 avril 2011 5 08 /04 /Avr /2011 14:59

 

Scream-4.jpgde Wes Craven (Etats-Unis)

Avec Neve Campbell, Courteney Cox, David Arquette, Emma Roberts, Hayden Panettiere, Mary McDonnell, Rory Culkin

 

A partir du milieu des années 2000, Wes Craven a surtout fait parler de lui à travers les remakes qui furent consacrés à quelques-uns de ses films les plus célèbres : La colline a des yeux, La dernière maison sur la gauche, Freddy : les griffes de la nuit… Lorsque lui-même repassa derrière la caméra pour diriger My Soul to Take, il passa totalement inaperçu. L’équation était donc simple : pour s’attirer à nouveau les faveurs du public, Craven devait capitaliser sur l’un de ses succès précédents. D’où ce Scream 4 qui se veut à la fois séquelle tardive (douze ans après le médiocre Scream 3) et remake du premier Scream, puisque la quasi-intégralité des péripéties du « classique » original sont servilement reproduites.

 

Le prétexte scénaristique ? Les événements sanglants survenus en 1996 à Hillsboro ont inspiré une série de films d’horreurs baptisés « Stab », et le tueur est ici un nouveau cinéphile psychopathe qui décide d’imiter les exactions de celui du premier film. L’idée d’un « copycat » influencé par un tueur de fiction lui-même inspiré d’un assassin réel pousse le concept de mise en abîme assez loin. Ce qui nous donne droit à un prologue très drôle au cours duquel les films dans le film s’emboîtent les uns les autres, en un exercice auto-parodique assez vertigineux. Le problème est que dès que nous entrons de plain pied dans le « vrai » film, les protagonistes s’avèrent aussi stéréotypés et les situations aussi improbables que dans les « Stab » dont ils sont censés se moquer.

 

Car le défaut majeur du scénariste Kevin Williamson, notamment apparent dans The Faculty de Robert Rodriguez, est qu’il se complaît souvent dans sa cinéphile compulsive et son approche au second degré sans pour autant parvenir à éviter lui-même les clichés qu’il dénonce. Or citer des centaines de titres de films d’horreur et en démonter savamment tous les mécanismes n’excuse aucunement un scénario aussi peu innovant. Les péripéties de Scream 4 s’avèrent si prévisibles et les réactions des héros tellement grotesques qu’on se croirait presque dans un Scary Movie ! Et plus le film nous assène ses réflexions érudites sur les films d’horreur, plus le scénario nous afflige par sa paresse et son laxisme. D’autant que Wes Craven semble avoir perdu la main dans le domaine de la mise en scène de purs moments d’épouvante. Le savoir-faire de l’auteur des Griffes de la Nuit et de L’Emprise des Ténèbres brille ici par son absence.

 

Rien ne fait vraiment peur dans ce Scream 4, dont la médiocrité formelle se double d’un nombrilisme hallucinant (ici, la référence absolue en matière de slasher n’est plus Halloween mais Scream) et d’une condescendance agaçante vis-à-vis du cinéma de genre. Les nombreux conflits survenus pendant la confection du film (notamment le départ précipité de Kevin Williamson en cours de tournage) n’ont probablement pas joué en sa faveur. Mais on espérait tout de même autre chose que cet exercice pédant truffé de répliques référentielles complètement à côté de la plaque (la palme revient à cet improbable « Fuck Bruce Willis ! »). La révélation finale relance tardivement l’intérêt, mais hélas les ultimes rebondissements font à nouveau sombrer le métrage dans le Vaudeville poussif. Et dire que c’est le point de départ d’une nouvelle trilogie…

 

© Gilles Penso

Thema: Tueurs

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Wes Craven - Communauté : Horrorkult.com
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Lundi 10 mai 2010 1 10 /05 /Mai /2010 02:05

Freddy sort de la nuit(Wes Craven’s New Nightmare)

De Wes Craven (USA)

Avec Heather Langenkamp, Robert Englund, Miko Hughes, Wes Craven, John Saxon, Robert Shaye

 

Voir la bande annonce

 

Le DVD est disponible ici

 

Dix ans après la naissance de Freddy Krueger, Wes Craven décide de le ressusciter lui-même en mettant en scène cette suite au titre éloquent : Wes Craven's New Nightmare. Le résultat s'avère déroutant, car, plus qu'une séquelle, il s'agit d'une relecture du mythe sur un autre niveau. « Peut-être la plupart des gens n’ont-ils vu dans Les Griffes de la Nuit qu’un simple film d’horreur mettant en scène une fille qui refuse de dormir ! », avoue le réalisateur « Toujours est-il que Freddy Krueger, que j’ai conçu comme un symbole de nos différents niveaux de conscience, s’est transformé au fil des films en simple croquemitaine anonyme. Voilà pourquoi j’ai tenu à réaliser le dernier film de la série, afin de revenir à l’idée originale. » (1)

 

Ici, Heather Langenkamp, Robert Englund, John Saxon et Craven lui-même jouent leur propre rôle, au fil d’un exercice de mise en abîme assez audacieux. En effet, par une contorsion vertigineuse du scénario, les personnages y vivent des événements qui sont censés déjà avoir été rédigés dans un script. Ainsi, lorsque le film commence, nous apprenons que Freddy est mort une bonne fois pour toutes. C'est en tout cas ce que pensent les acteurs, l'auteur et le producteur de cette série à succès. Pour l’actrice Heather Langenkamp, Les Griffes de la Nuit ne représente plus qu'un souvenir, jusqu'à ce que cauchemars et phénomènes paranormaux ne troublent sa vie quotidienne. Robert Englund, interprète de Freddy, lui parle de l'intention des producteurs de tourner un nouvel épisode que Wes Craven serait en train d'écrire. Or elle apprend que le réalisateur refait lui aussi des cauchemars, comme si Freddy était en train de s'insinuer dans la réalité de ses créateurs.

 

Le film s’amuse ainsi avec l’icône qu’est devenue le croquemitaine, véritable partie intégrante de la culture populaire depuis le milieu des années 80. « Tous les enfants savent qui est Freddy », déclare Heather Langenkamp au cours du film. « Il est comme le Père Noël… ou comme King Kong ». Si le miracle des Griffes de la Nuit n'est pas réitéré, force nous est de constater que ce nouveau cauchemar surpasse sans trop de difficultés les cinq précédents. Cette supériorité s'explique par une approche nouvelle du concept, conçue un peu comme une revanche à l’encontre d’une franchise ayant échappé à son instigateur. Ici, Craven nous affirme clairement que tout ce que nous avions vu jusqu'à présent n'était que de la fiction, et que la réalité est bien pire.

 

Et de fait, les crises de Dylan, le fils de l'héroïne, s'avèrent plus terrifiantes que tous les cauchemars des épisodes précédents. On pourra s'étonner au passage du fait que la belle Heather Langenkamp, qui convainc toujours dix ans aprèsLes Griffes de la Nuit, n'ait jamais vraiment percé sur les écrans. Quant à Freddy lui-même, maquillé par son créateur David Miller, il bénéficie d’un nouveau look, avec un visage s’éloignant du design de Kevin Yagher et des griffes greffées à une main squelettique. Même si le discours de Wes Craven peut sembler prétentieux et quelque peu réactionnaire, il est difficile de ne pas partager son constat amer sur la destruction d'un mythe passionnant pour de banales raisons commerciales.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2005

 

© Gilles Penso

Thema:  Rêves

Saga: Freddy

 

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Wes Craven - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Vendredi 7 mai 2010 5 07 /05 /Mai /2010 12:05

griffes-de-la-nuit-a-nightmare-on-elm-street-06-03-1985-16-(A Nightmare on Elm Street)

De Wes Craven (USA)

Avec Heather Langenkamp, Robert Englund, John Saxon, Ronee Blakely, Amanda Wyss, Johnny Depp, Jsu Garcia

 

Voir la bande annonce

 

Le DVD est disponible ici

 

Wes Craven a créé un petit événement en lâchant sur les écrans Les Griffes de la Nuit. Les spectateurs n'étaient tout simplement pas préparés à un tel choc. Pourtant, le scénario recycle un certain nombre d'éléments connus, en particulier les meurtres de teenagers hérités d’Halloween, le héros contraint de rester éveiller comme dans L'Invasion des Profanateurs de Sépulture, ou les interactions entre réalité et rêve traitées la même année dans Dreamscape. L'originalité du film réside dans l'agencement savant de ces idées. « Je me souviens avoir lu une histoire terrible dans le journal »,raconte Craven. « Un jeune homme de 22 ans souffrait de cauchemars tellement réalistes qu’il refusait de s’endormir. Il se maintenait éveillé et crachait en douce les somnifères que lui donnaient ses parents. Après quatre ou cinq jours de veille, il a fini par s’endormir et est tombé raide mort au milieu de son sommeil, sans explication » (1). De ce fait divers est née l’idée des Griffes de la Nuit.

 

L’infortuné jeune homme s’est mué en une adolescente américaine, Nancy (Heather Langenkamp), hantée par des cauchemars où elle est traquée par un tueur armé de griffes métalliques. Lorsqu’elle se confie à ses amis, ces derniers avouent être tourmentés par le même rêve. Or chacun d’entre eux va mourir violemment en plein sommeil. Bouleversée, Nancy apprend que le coupable est Freddy Krueger, un assassin de petites filles brûlé vif par des parents vengeurs, qui réapparaît désormais sous la forme d’un démon aux griffes d’acier dans les rêves des jeunes gens du quartier d’Elm Street. S’il réussit à les assassiner pendant leur rêve, les dormeurs meurent pour de bon. Après la mort de ses camarades, Nancy est à son tour pourchassée par le monstre… « Certains philosophes russes ont développé l’idée que plus l’homme est conscient, plus il souffre de sa condition », explique Craven. « D’où sa propension à enfouir de nombreuses choses dans son subconscient. J’ai donc imaginé le personnage de Nancy, une jeune fille qui rêve d’un tueur effrayant. Ses parents savent que cet homme a existé dans la réalité, mais il en ont évacué le souvenir. Et lorsque Nancy leur en parle, ils refusent de la croire, se voilant la face » (2).

 

Les Griffes de la Nuit tire son efficacité de la mise en image saisissante de son concept, paré d’idées visuelles fortes : l’étudiante arrachée à son lit par une force invisible qui la fait ramper sur les murs, la griffe qui jaillit dans le bain, le corps de Tina dans son suaire (un mille-pattes s’échappant de sa bouche et des serpents boueux rampant à ses pieds), le  garçon aspiré par son lit qui rejette ensuite un impressionnant jet de sang, la langue qui surgit du téléphone, le plafond mou d’où émerge le visage du tueur… A l’avenant, Charles Bernstein compose une partition synthétique particulièrement efficace. Interprété par un Robert Englund qu’on connut plus avenant (notamment dans la série V), Krueger fait vraiment peur, contrairement aux films suivants qui le relègueront au rôle de clown farceur et grimaçant. On note également la présence du vétéran John Saxon dans le rôle du policier et d’un Johnny Depp débutant à peine sorti de la puberté !

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2005

 

© Gilles Penso

Thema:  Rêves

Saga: Freddy

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Wes Craven - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Lundi 13 octobre 2008 1 13 /10 /Oct /2008 14:43
de Wes Craven (Etats-Unis)
Avec Neve Campbell, David Arquette, Courteney Cox, Skeet Ulrich, Drew Barrymore, Matthew Lillard, Rose McGowan


Le DVD est disponible ici

La bande originale est disponible ici

Avec Freddy sort de la Nuit, Wes Craven avait tenté une approche analytique du slasher, mais en tombant dans les lieux communs qu’il dénonçait, il finissait par ruiner un peu sa démonstration. Quelques années plus tard, il prolonge pourtant cette démarche avec Scream, et force est de reconnaître que cette fois-ci, la réussite est totale. « Dans Scream, on ne met plus en scène les gens qui font les films d’horreur, comme pour Freddy sort de la Nuit, mais ceux qui les regardent », nous explique Wes Craven. « Les personnages sont donc des fans de cinéma d’épouvante. Les spectateurs se trouvent du même coup en présence de héros qui leur ressemblent, ont les mêmes références et les mêmes réactions qu’eux. » (1)

Tout de noir vêtu, masqué d’un faciès blanc et grimaçant, un serial killer fan de films d’horreur terrorise la petite ville tranquille d’Hillsboro, assassinant sauvagement Casey Becker et son petit ami, avant de s’en prendre à l’étudiante Sidney Prescott et à ses amis… Le miracle de Scream tient au fait que le film démonte un à un tous les mécanismes qui régissent les Halloween, Vendredi 13 et consorts tout en obéissant lui-même aux mêmes règles, piégeant ainsi un spectateur consentant, prévenu et conditionné. A ce titre, une séquence est exemplaire : Sidney se moque ouvertement des héroïnes de films d’horreur qui, au lieu de fuir les tueurs en quittant leur maison, courent stupidement se réfugier au premier étage. Or quelques minutes plus tard, c’est exactement ce qu’elle est contrainte de faire !

Le choix de l’aspect physique du tueur participe lui aussi d’une volonté de démarcation et d’approfondissement. Car à la culture populaire d’Halloween et de Vendredi 13 (le masque de carnaval ou de hockey), Craven oppose une référence expressionniste : le tableau « Le Cri » d’Edward Munch, auquel le film doit d’ailleurs son titre. « Voilà ce qui arrive quand un ancien professeur de fac réalise des films d’horreur ! » (2) plaisante Craven, avant de reconnaître que cette référence est en partie inconsciente, dans la mesure où le masque fut trouvé par hasard chez un collectionneur pendant des repérages. Le minutieux scénario de Williamson multiplie à loisir les fausses pistes jusqu’à une révélation finale pour le moins surprenante.

Outre Drew Barrymore, héroïne de la séquence d’introduction qui demeure l’un des moments les plus forts du film, Scream met en scène des comédiens issus de la sitcom et de la série familiale, notamment Neve Campbell (La Vie à Cinq) et Courteney Cox (Friends), à contre-courant et à contre-emploi de leur popularité télévisée. La seule chose un tantinet curieuse, dans Scream, est le sentiment que Wes Craven crache un peu dans la soupe, comme s’il ne croyait plus vraiment au genre qui l’a pourtant nourri tout au long de sa carrière. D’autant que son film suivant, La Musique de Mon Cœur, marquera une brutale rupture en suivant les voies du mélodrame social réaliste. Mais Craven reviendra vite à ses premières amours, et sans doute faut-il surtout voir dans Scream une démarche introspective, mêlant intimement la dérision et le profond respect du genre. D’ailleurs le tueur au masque blanc a subitement relancé la vogue du slasher, dont la popularité s’était progressivement étiolée au fil des ans.

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2005


© Gilles Penso

Thema: Tueurs

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Wes Craven
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 00:03
(The Hills have eyes)
de Wes Craven (Etats-Unis)
Avec Susan Lanier, Robert Houston, Martin Speer, Dee Wallace Stone, James Whitworth, Russ Grieve, Michael Berryman


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Le DVD est disponible ici

Le double DVD collector est disponible ici

Fidèle aux thématiques qu’il développa dans La Dernière Maison sur la Gauche, lesquelles furent reprises avec brio par John Boorman dans Délivrance, Wes Craven continue de s’intéresser à la violence humaine poussée à son paroxysme, avec cette mémorable Colline à des Yeux (quel titre magnifique !) dont il signa le scénario, la réalisation et le montage. Une famille américaine, dont la mère est croyante et le père ex-policier, quitte Cleveland pour la Californie dans une caravane tirée par un break, en direction d’une mine d’argent dont ils viennent d’hériter. Les parents, les deux filles, le fils, le gendre, un bébé et deux chiens-loups traversent donc le désert, au cours de ce qui semble s’apparenter de prime abord à un road movie initiatique. Lorsque l’essieu de la voiture se brise, ils se retrouvent isolés en plein Arizona face à une famille dégénérée vivant dans la colline. Le père, Jupiter, est un mutant victime d’une expérience atomique, sa femme est une corpulente ex-prostituée, ses enfants sont Pluton, Mars, Mercure et Ruby. Anthropophages, ils communiquent avec des radio CB volées. La famille de la colline décime les intrus et capture le bébé pour le dîner. Les survivants et le dernier chien vivant sont alors décidés à se venger…

Au cours de cet éprouvant « survival », Le spectateur suit ainsi les mésaventures de deux familles parfaitement antithétiques : l’une « normale », équilibrée, citadine, mais intruse en plein désert ; l’autre sauvage, cannibale, affamée et violée sur son propre territoire. Les membres de la première famille ne forçant pas spécialement la sympathie, le spectateur se trouve d’emblée sur un terrain glissant, dénué de pôles d’identification. Lorsque les rejetons de Jupiter répondent à l’envahissement de leur terre par l’agression nocturne de la caravane, le film bascule dans une violence inouïe, traitée avec une crudité décuplant son efficacité, ceci malgré un jeu d’acteurs assez approximatif. Ce bain de sang, qui semble partiellement s’inspirer de Massacre à la Tronçonneuse, laisse pantois. Mais l’enthousiasme avec lequel les agressés, à bout de nerfs, finissent par rendre les coups, amplifie encore le malaise.

Car là est bien le propos de Craven. La violence, la folie meurtrière et la haine bestiale sont dangereusement communicatives. Le final abrupt, une fois cet affolant axiome démontré, ne prend dès lors même plus la peine d’épiloguer, laissant le spectateur sur les rotules. « Dans pratiquement tous mes films, j’aime développer l’idée que la monstruosité peut naître chez les individus les plus normaux et que la violence est susceptible de se développer au sein des relations familiales », nous explique Wes Craven (1). Véritable trouvaille de casting, Michael Berryman, chauve interprète de Pluton, trouve ici le rôle de sa vie, et traînera par la suite son visage inquiétant dans maintes séries B sans nous faire oublier sa performance d’agresseur cannibale. Récipiendaire de maintes récompenses à travers le monde, notamment à Londres, Sitges et Los Angeles, La Colline a des Yeux assit définitivement la réputation de Wes Craven, propulsé dès lors au rang de nouveau maître de l’épouvante.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2005

© Gilles Penso

Thema:
Cannibales, Tueurs

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Wes Craven - Communauté : Ciné DVD
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Mardi 3 juin 2008 2 03 /06 /Juin /2008 08:41
(The Last House on the Left)
de Wes Craven (Etats-Unis)
Avec David Hess, Lucy Grantham, Marc Sheffier, Sandra Cassel, Fred J. Lincoln, Jeramie Rain, Richard Towers, Cynthia Carr


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Le DVD est disponible ici

Wes Craven se destinait à priori à une carrière d’écrivain plutôt que de cinéaste. «  Je n’ai fréquenté les salles de cinéma que tardivement, dans la mesure où j’ai été élevé dans un cadre familial et religieux strict qui n’approuvait pas que les enfants voient des films », raconte-t-il. « J’ai donc grandi en lisant des livres. Ce n’est qu’en devenant enseignant que j’ai pu me rattraper, grâce à un cinéma d’art et d’essai qui passait de nombreux grands classiques européens. J’ai ainsi découvert les films de Renoir, de Fellini, de Truffaut. Fasciné par ces œuvres magnifiques, j’ai finalement démissionné pour partir à New York travailler dans le cinéma. » (1) Là, notre homme accumule les petits boulots, de coursier à synchroniseur de rushes, jusqu’à sa rencontre avec le producteur Sean S. Cunningham, qui finance des petits films de fiction tournés en 16 mm avec des moyens techniques de documentaires.

« Les exploitants réclamant à Sean un film d’horreur, il a fini par me proposer d’en écrire le script »
, continue Craven. « S’il était convaincant, j’aurais la possibilité de le réaliser et de le monter moi-même. Le problème, c’est que je n’y connaissais rien. Pour moi, les films d’horreur se résumaient à des squelettes cachés dans des placards ! » (2) Pourtant, ce cinéphile invétéré se prête habilement au jeu et livre l’un des films d’horreur les plus influents des années 70. Le script, d’une grande simplicité, raconte l’enlèvement, le viol, la torture et le meurtre de deux jeunes filles par quatre dangereux criminels en cavale. Etrangement, Craven emploie des ballades folks et pop joyeuses en guise de bande originale, créant un décalage intéressant avec le climat malsain du film et dédramatisant presque les séquences de suspense, notamment lorsque l’une des captives tente de s’échapper.

On peut en revanche s’interroger sur la pertinence des deux éléments comiques du film, deux policiers patauds et partisans du moindre effort qui rivalisent de bêtise et d’inefficacité. Mais lorsque surviennent les meurtres, la crudité de la mise en scène (due à l’extrême pauvreté d’un budget estimé à 80 000 dollars) les dote d’un réalisme et d’une brutalité inattendus. L’originalité du film consiste d’ailleurs à adopter à tour de rôle le point de vue des victimes et celui des assassins (avec en tête l’impressionnant David Hess, que Craven allait retrouver dans La Créature du Marais)… jusqu’à ce que les rôles ne s’inversent. Car l’ironie du sort veut que les tueurs trouvent refuge dans la maison des parents d’une des victimes. Et lorsque ces derniers comprennent à qui ils ont affaire, la vengeance est largement à la hauteur du crime…

Si le propos est fort, cette partie du récit manque singulièrement de cohérence. En effet, la vengeance en question est froide et méthodique, ce qui ne colle pas avec la douleur indescriptible de deux parents découvrant tout juste qu’ils abritent les assassins de leur fille. Le paroxysme final est tout de même assez dérangeant : tout se finit au couteau, à la tronçonneuse et même à coups de dents ! Succès commercial inattendu, La Dernière Maison sur la Gauche rapporta plus de 20 millions de dollars, soit plus de deux cents fois son budget, et propulsa la carrière de Wes Craven.

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2005

© Gilles Penso

Thema: Tueurs
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Wes Craven - Communauté : Ciné DVD
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Jeudi 29 mai 2008 4 29 /05 /Mai /2008 17:40
(Swamp Thing)
de Wes Craven (Etats-Unis)
avec Louis Jourdan, Adrienne Barbeau, Ray Wise, David Hess, Nicholas Worth, Don Knight, Al Ruban, Dick Durock, Ben Bates


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Le DVD est disponible ici

La BD d'Alan Moore est disponible ici

Après quatre slashers fort remarqués par le public et la critique, Wes Craven plante sa caméra dans les marécages de la Caroline du Sud pour s’essayer à l’adaptation d’un comic book.  La Créature du Marais s’inspire ainsi des planches créées au début des années 70 par Len Wein et Bernie Wrighston. Le docteur Alec Holland (Ray Wise, futur personnage clef de la série Twin Peaks) y expérimente la création d’une nouvelle espèce vivante mixant l’animal et la plante, à l’abri des regards curieux dans son laboratoire perdu dans les marais. Evidemment, comme tout apprenti-sorcier qui se respecte, ses expériences se retournent contre lui, et le voilà transformé en monstre mi-homme mi-végétal. Le maléfique docteur Anton Arcane (Louis Jourdan, le méchant d’Octopussy), qui a eu vent de ses projets, compte bien capturer la créature pour lui voler sa formule qui, selon lui, pourrait lui donner accès à l’immortalité…

Visiblement, Wes Craven n’est pas à l’aise avec l’univers de la bande dessinée, tant il peine à trouver le ton juste et le traitement adéquat. Le scénario pioche un peu au hasard du côté de L’Etrange Créature du Lac Noir, La Belle et la Bête, King Kong ou Frankenstein sans trop savoir sur quel pied danser, et n’ose pas vraiment aborder de front la thématique écologique pourtant sous-jacente. L’intrigue se réduit à sa plus simple expression, les dialogues sont d’une indigence confinant à la stupidité, et les personnages sont de simples caricatures sans l’ombre d’une profondeur. Le public visé semblerait donc à priori être enfantin, mais la mise en scène du créateur de La Colline a des Yeux dément formellement cette première impression.

En effet, l’horreur pointe parfois le bout de son nez, comme ce bras coupé à la machette ou ces métamorphoses douloureuses, sans parler de cet érotisme incongru et gratuit au cours de deux scènes topless parfaitement déplacées. L’une nous dévoile les charmes indiscutables d’Adrienne Barbeau, ex-égérie de John Carpenter, se baignant langoureusement dans le marais. L’autre concerne une danseuse vaguement orientale en plein strip-tease tandis qu’une demoiselle à l’avant-plan voit son soutien-gorge dégrafé à la hâte par un mercenaire goulu ! On nage donc en plein n’importe quoi, et ni la photographie hideuse, ni la musique de supérette n’améliorent évidemment la chose.

Quant aux effets spéciaux, ils suscitent carrément l’hilarité, tant ils font peine à voir. La créature vedette est engoncée dans un costume en caoutchouc qui plisse aux articulations, et le monstre que devient Arcane à la fin du film n’aurait pas dépareillé chez Spectreman ou X-Or. Il s’agit d’une espèce de crocodile bipède affublé d’une perruque du plus ridicule effet. Certes, le budget alloué au cinéaste - trois millions de dollars - ne lui permettait guère de faire des merveilles, mais était-ce une raison pour bâcler autant l’aspect artistique de son film ? Probablement frustré par cette étrange expérience, Craven créa deux ans plus tard un monstre autrement plus convaincant : l’incontournable Freddy Krueger des Griffes de la Nuit.

© Gilles Penso

Thema: Super-Héros,
Végétaux
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Wes Craven - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

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