les films de Ridley Scott

Lundi 7 juillet 2008 1 07 /07 /Juil /2008 13:47
(Alien)
de Ridley Scott (Grande-Bretagne)
Avec Tom Skeritt, Sigourney Weaver, Veronica Cartwright, Harry Dean Stanton, John Hurt, Ian Holm, Yaphet Kotto, Bolaji Badejo


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Le DVD est disponible ici

La bande originale est disponible ici

Les extra-terrestres agressifs et les voyages dans l'espace étaient loin d'être des sujets révolutionnaires en 1979, mais le traitement d'Alien, tant du point de vue narratif que visuel, lui confère une nouveauté décisive. Deux ans après La Guerre des Étoiles, Alien revendique ainsi une approche différente du contexte science-fictionnel : banalisation, obscurité, saleté, « héros » très conventionnels… Une fois ce contexte hyperréaliste mis en place, le film entre de plain-pied dans l'épouvante qui, dès lors, prend amplement le dessus sur la SF. Et dans le jeu de la peur, Ridley Scott réussit à aller très loin, maniant avec une efficacité rare le classique triumvirat suspense/angoisse/surprises.

L'astronef « Nostromo », vaisseau commercial transportant et raffinant du minerai, rentre sur terre lorsqu'il est détourné par un signal mystérieux. Les ordres de la compagnie affrétant l'astronef sont formels : toute activité d'origine extra-terrestre doit être élucidée. L'ordinateur de bord réveille donc l'équipage de son hibernation et dirige le vaisseau vers la source du signal. Celui-ci provient d'un titanesque engin extra-terrestre, naufragé probablement depuis des siècles, sur une planète peu hospitalière. Au cours de leur exploration du navire spatial, un des membres de l'équipage, Kane, découvre une espèce d'œuf d'où jaillit une créature tentaculaire qui traverse son casque et se fixe à son visage. La chose lui pond un œuf dans le ventre. L'œuf éclôt après que Kane ait été ramené à bord et un monstre s'échappe par le ventre du malheureux qui meurt sur le coup. Doué de capacités extraordinaires pour survivre et s'adapter, l'extra-terrestre élimine alors un à un les membres de l'équipage.

Tandis que le scénario de Dan O’Bannon recycle habilement des influences composites, notamment La Planète des Vampires de Mario Bava, It the Terror From Beyond Space d’Edward L. Cahn et l’incontournable 2001 de Stanley Kubrick, Ridley Scott se délecte à ponctuer ce récit référentiel d’indices psychanalytiques. Ainsi l’ordinateur de bord répond-il au nom de « maman », le canon extra-terrestre fossilisé a-t-il une forme explicitement phallique, les œufs extra-terrestres sont-ils dotés d’ouvertures vaginales… La mise en scène exemplaire de Scott, esthète accompli ayant fait ses premières armes dans le film publicitaire, se double d’une direction artistique « biomécanique » fort originale signée H.R. Giger, d'effets spéciaux très crédibles, et d'une brochette de comédiens excellant dans la sobriété.

« Je crois qu’un casting solide est la clé de la réussite », nous expliquait Scott. « Le plus gros travail consiste donc à trouver les bons acteurs et à les réunir. A ce titre, je suis très fier d’avoir découvert Sigourney Weaver pour Alien. Je suis un réalisateur qui parle peu à ses acteurs. Ma direction est très minimaliste. Lorsque je sais que je suis en affinité avec mes comédiens, je n’ai pas à les diriger, mais plutôt à les libérer, les relâcher pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. » (1) Sigourney Weaver, John Hurt et Harry Dean Stanton n'avaient pas encore accédé au vedettariat à l’époque, et la crédibilité de leurs personnages n'en est que plus grande dans ce premier Alien.
« Je n’avais pas prévu de faire de la science-fiction », raconte Sigourney Weaver. « Mais j’ai découvert que transporter les spectateurs dans d’autres univers était une expérience extraordinaire. Alien m’a ouvert de nombreuses portes et m’a permis d’aborder toutes sortes de rôles par la suite. » (2)



(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2005
(2)
Propos recueillis par votre serviteur en décembre 2009

© Gilles Penso

Thema:
Extra-Terrestres, Futur
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Ridley Scott
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Mardi 3 juin 2008 2 03 /06 /Juin /2008 12:02
de Ridley Scott (Grande-Bretagne)
Avec Tom Cruise, Mia Sara, Tim Curry, David Bennent, Alice Playten, Billy Barty, Cork Hubbert, Peter O’Farrell, Kiran Shah


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Avec Alien et Blade Runner, Ridley Scott s’est taillé une réputation d’orfèvre en matière de cinéma fantastique stylisé. Avec Legend, le cinéaste décida donc de s’immerger à nouveau dans un univers imaginaire. Mais pour varier les genres, l’héroïc fantasy atemporelle succède ici à la science-fiction futuriste. Nous sommes donc dans un royaume enchanté, où hommes et bêtes se côtoient paisiblement sous la protection d’un couple de licornes sacrées. Lili, une jeune et belle princesse incarnée par Mia Sara, habite ce pays de lumière dont elle aime explorer les bois en compagnie de son ami Jack, un tendre et joyeux ermite qui connaît tous les secrets de la nature, et à qui Tom Cruise, pas encore portée aux nues par Top Gun, prête ses traits juvéniles. Mais, sous ce paradis, dans les entrailles de la terre, se dissimule un être maléfique : Darkness, qui rêve de plonger le monde dans les ténèbres. Pour y parvenir, il lui faut détruire les deux licornes. La première succombe au dard mortel de trois diaboliques lutins. Jack et Lili sont désormais les seuls à pouvoir rétablir l’équilibre…

D’une manière générale, Legend souffre de sacrifier le fond au profit de la forme, d’oublier parfois son histoire pour se concentrer sur des décors fabuleux, des éclairages magnifiques, une photographie très soignée, bref une esthétisation extrême. Mais ce déséquilibre manifeste n’ôte aucun des charmes de Legend. C’est justement cette stylisation qui évite au joli conte de fée raconté ici de sombrer dans la mièvrerie. L’ambiguïté de Darkness, affreux et beau à la fois, comme celle des décors, lumineux et sombres en même temps, apportent au conte une dimension nouvelle, un style très particulier, hybride à mi-chemin entre Walt Disney et la Hammer, entre l’iconographie hollywoodienne et un esthétisme mi-européen mi-oriental du plus curieux effet. « Lorsque j’étais adolescent, ma culture cinématographique se limitait aux films américains », nous raconte Ridley Scott. « J’étais donc influencé par le style, la morale et les icônes d’Hollywood. Lorsqu’ensuite j’ai commencé mes études à Londres, j’ai découvert d’autres formes de cinéma, notamment les films européens, ceux d’Ingmar Bergman et d’Akira Kurosawa. C’est à partir de là que j’ai su que je deviendrai moi-même réalisateur de films. » (1)

Ces influences multiples surgissent dans la splendide forêt de studio de Legend, où pleuvent les fleurs et les bulles, et où s’animent toutes sortes de créatures fabuleuses : une espèce de fée Clochette échappée de Peter Pan, des gnomes en tout genre, un petit satyre violoniste, deux adorables licornes ou encore une abominable sorcière dégoulinante. Quant au fameux Darkness, superbement interprété par Tim Curry (le Frankenstein transsexuel du Rocky Horror Picture Show) et créé par le maquilleur surdoué Rob Bottin, c’est la personnification en chair, en os et en latex du Diable de Fantasia. Inspiré à la fois d’un taureau et du Joker de Batman, c’est probablement l’un des plus beaux monstres que nous ait offert le cinéma fantastique. Le tout aux accents féeriques d’une partition de Jerry Goldsmith, qui verse par moments dans la comédie musicale surréaliste et mélancolique.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2005

© Gilles Penso

Thema: Heroïc Fantasy
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Ridley Scott - Communauté : Autres Mondes...
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Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 14:20
de Ridley Scott (Etats-Unis)
Avec Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, Edward James Olmos, M. Emmet Walsh, Daryl Hannah, William Sanderson


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Le DVD est disponible ici

Le Blu-ray est disponible ici

Œuvre emblématique de la littérature de science-fiction, « Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » permit à Philip K. Dick de marcher sur les traces d’Isaac Asimov en s’interrogeant sur l’âme et l’empathie potentielles des robots créés par l’homme. Passionnant de bout en bout, le roman n’en est pas moins austère et complexe, ce qui ne rebuta pourtant guère Ridley Scott, rasséréné par le succès de sa première incursion dans le genre, le légendaire Alien. Son adaptation restructure et redynamise le récit, sans en évacuer les questionnements métaphysiques. Nous sommes en 2019. Mégapole grouillante, Los Angeles est sans cesse survolée par la police. Des « répliquants », androïdes hyper-sophistiqués, ont détourné un vaisseau pour se cacher dans la ville. Seul l’ex-flic Deckard (Harrison Ford) peut les repérer. On le déniche dans une gargote des bas quartiers pour l'amener auprès de Tyrell (Joe Turkel), le père scientifique des répliquants. Il est accueilli par une superbe créature, Rachel (Sean Young), que Tyrell lui demande de surveiller de près…

Le futur décrit par Ridley Scott est probablement le plus réaliste jamais porté à l'écran, et l’on ne compte plus les films d’anticipation qui en ont subi l’influence, de
Batman à Dark City en passant par The Crow, Le Cinquième Elément, La Menace Fantôme et Minority Report. Il faut attribuer cette prodigieuse réussite aux talents d'esthète de Scott, aux magnifiques trouvailles de l'équipe des effets spéciaux (Douglas Trumbull en tête, déjà à l’œuvre sur 2001et Rencontres du Troisième Type), au choix judicieux des décors et des lumières, et à la direction artistique en général qui unifie chacune de ces composantes. Pluie et nuit permanentes, voitures traversant sans cesse le ciel noir, immeubles gigantesques qui se dressent partout… Tous ces éléments sont filmés avec un tel naturel qu'ils s'intègrent sans heurt à un contexte rapidement banalisé et accepté par le spectateur.

« Il faut savoir que Ridley Scott est un homme dont la créativité est incessante », nous racontait Wesley Sewell, qui collabora aux effets visuels de nombre de ses films. « Il est tout le temps en train d’essayer des choses, de chercher des idées et des possibilités. Ainsi ne cesse-t-il de dessiner de nouveaux plans tous les jours. C’est un excellent graphiste, et à la fin des tournages ses storyboards commencent à ressembler à de véritables œuvres d’art. Il faut dire qu’il possède lui-même de nombreuses œuvres picturales d’artistes variés qu’il utilise en guise d’inspiration et de référence. » (1) Au-delà de son contexte futuriste, Blade Runner est aussi et surtout un polar dans la pure règle de l'art. Harrison Ford (à contre-emploi total si on le compare à ses deux rôles vedettes précédents, Han Solo et Indiana Jones) est le portrait typique du privé minable, et la magnifique Sean Young répond exactement aux critères des femmes fatales dont tombent amoureux ces archétypes du film noir. A leurs côtés, Rutger Hauer et Daryl Hannah excellent en robots terrifiants d’humanité et de candeur. La lutte désespérée des androïdes pour survivre - alors que le « héros » a pour mission de les abattre - pose en substance la question du bien et du mal. Une question qui reste bien sûr sans réponse, au mépris d’un manichéisme pourtant fréquent en tel contexte.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2005


© Gilles Penso

Thema: Robots, Futur
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Ridley Scott - Communauté : The SciFi Geeks
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  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

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