les films de Roman Polanski

Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /Août /2008 10:36
de Roman Polanski (France)
Avec Roman Polanski, Isabelle Adjani, Melvyn Douglas, Shelley Winters, Jo Van Fleet, Bernard Fresson, Lila Kedovra


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Le DVD est disponible ici

Le roman de Roland Topor est disponible ici

Le Locataire clôt une trilogie de Roman Polanski liée à ce qu’on pourrait appeler « l’épouvante d’appartement ». Comme dans Répulsion et Rosemary’s Baby, nous assistons ici à la lente descente aux enfers d’un protagoniste perdant pied avec la réalité entre les quatre murs d’un huis clos étouffant. Qu’il soit londonien, new-yorkais ou parisien, l’appartement est donc chez Polanski le siège idéal de toutes les névroses paranoïaques. A cette thématique récurrente, Le Locataire, tiré d’un roman de Roland Topor, ajoute une certaine dose d’autobiographie puisque Trekolski, le personnage principal qu’incarne le réalisateur lui-même (sans en être crédité au générique), est un timide Polonais fraîchement débarqué à Paris.

Alors qu’il visite un appartement, ce petit homme discret apprend que Mademoiselle Choule, la locataire précédente, s’est jetée par la fenêtre sans raison apparente. Trekolski prend possession des lieux, et le malaise s’installe par petites touches successives. En rendant visite à la suicidée, clouée sur un lit d’hôpital, couverte de bandages et la bouche édentée, notre homme est pétrifié lorsque cette dernière pousse un hurlement atroce et incompréhensible. Elle meurt quelques jours plus tard. Le trouble se fait alors plus persistant. Il y a d’abord la vision morbide de cette verrière brisée par la chute de la locataire, à laquelle Trekolski ne peut échapper chaque fois qu’il ouvre ses fenêtres. Puis la présence obsédante des effets personnels de Madame Choule dans l’appartement, notamment une robe qui trône dans la penderie.

Peu à peu, sans s’en rendre compte, il acquiert les habitudes de la défunte, s’assoit à la même table qu’elle au café du coin, boit les mêmes boissons qu’elle, fume les mêmes cigarettes, récupère son courrier, essaie même son vernis à ongles et son maquillage ! Plus le film avance, plus le cauchemar se fait envahissant, et le pauvre Trekolski se laisse gagner par un sentiment croissant de persécution. Comme dans Rosemary’s Baby, les voisins sont des êtres intrusifs et effrayants. Comme dans Répulsion, la barrière entre la réalité et les hallucinations devient floue. Trekolski est-il obsédé par Mademoiselle Choule, ou est-ce l’esprit de cette dernière qui s’ingénie à prendre possession de lui ? Le phénomène est-il psychiatrique ou parapsychologique ?

Pour illustrer son propos, Polanski plante sa caméra dans un Paris réaliste et saupoudre son casting de seconds rôles savoureux : Isabelle Adjani, Bernard Fresson, Romain Bouteille, Claude Pieplu, Rufus, Bernard-Pierre Donnadieu, Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Michel Blanc. Chacun participe à sa manière à l’établissement d’un climat d’oppression, le moindre atout du film n’étant pas Philippe Sarde, qui compose là une partition entêtante à souhait. Avec Le Locataire, Roman Polanski nous livre ainsi l’un des films les plus effrayants qui soient, avec d’autant plus d’efficacité qu’il évite tout effet spectaculaire, se contentant de nimber d’étrangeté et d’inquiétude le moindre petit détail, la chose la plus anodine. C’est là la patte d’un très grand cinéaste. Et le film s’achève sur un plan ultime propre à glacer le sang.

© Gilles Penso

Thema: Fantômes

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Roman Polanski - Communauté : Cinéastes et passionnés
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Mardi 20 mai 2008 2 20 /05 /Mai /2008 21:31
de Roman Polanski (Grande-Bretagne)
Avec Catherine Deneuve, Ian Hendry, John Fraser, Yvonne Furneaux, Patrick Wymark, Renne Houston, Valerie Taylor


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Le coffret 3 DVD Roman Polanski est disponible ici

Répulsion s’inscrit à l’aune de la carrière de Roman Polanski et Catherine Deneuve. Le réalisateur de Chinatown n’ayant pas encore fait ses preuves et la star du Dernier Métro étant loin de l’image glacialement élégante qu’elle allait véhiculer quelques décennies plus tard, le champ des possibles était vaste. Polanski utilise alors Deneuve comme vecteur de ses angoisses et de ses obsessions, ébauchant les chefs d’œuvre de l’épouvante que seront Rosemary’s Baby et Le Locataire. La future égérie de Michel Demy incarne ici Carole, une jeune Française introvertie qui travaille dans un cabinet d’esthétique de Londres et partage son appartement avec sa sœur Hélène (Yvonne Furneaux, héroïne de La Malédiction des Pharaons). Cette dernière vit une aventure un peu sordide avec un homme marié mais est sexuellement épanouie.

On ne peut en dire autant de Carole. Renfermée sur elle-même, distante, le regard perdu, elle semble presque développer une phobie vis-à-vis du genre masculin. Son vague flirt avec un homme du quartier en atteste. Dès qu’il tente de l’embrasser, elle prend la poudre d’escampette, se frotte la bouche compulsivement puis rentre chez elle se brosser les dents ! Deneuve livre là une interprétation remarquable, surchargeant son jeu de tics nerveux, se rongeant les ongles, dépoussiérant nerveusement sa chemise de nuit ou se frottant sans cesse l’arête du nez. Parfois, elle s’arrête dans la rue, prostrée face à une fissure qui se creuse dans le trottoir… Une fissure qu’elle est peut-être la seule à apercevoir. La nuit, lorsque les ébats de sa sœur et de son amant son trop bruyants, le trouble de la jeune femme s’approfondit. Mais c’est encore pire lorsqu’Hélène part en vacances avec son homme. Livrée à elle-même, Carole va basculer dans la folie. La psychopathie meurtrière n’est pas loin. Deux hommes, l’amoureux transi et le gérant de l’immeuble, en feront les frais…

Nimbé dans une belle photographie noir et blanc, bénéficiant d’une bande son extrêmement travaillée et réalisé avec des moyens très modestes, Répulsion est une extraordinaire peinture de la solitude, de la dépression, de la perte de repères et de l’abandon de la raison. Mais au drame réaliste, Polanski préfère l’épouvante surréaliste, comme en témoignent les hallucinations qui frappent la blonde héroïne : des fissures immenses se creusent dans les murs, des hommes pénètrent dans sa chambre à coucher pour la violer, des mains crispées traversent les murs du couloir pour l’agripper (version horrifique du corridor aux chandeliers de La Belle et la Bête).

En laissant tout décrépir autour d’elle (la baignoire déborde, les pommes de terre pourrissent sur le plan de travail, un lapin se décompose dans une assiette), Carole marque son abandon définitif du monde réel. L’appartement en décrépitude symbolise alors la déchéance interne du personnage. C’est son cerveau qui prend l’eau, son crâne qui se fissure. C’est elle qui est fêlée. A l’issue d’un récit éprouvant, le film s’achève à peu près comme s’achèvera Le Locataire, jusqu’à une image ultime laissant imaginer que la folie était déjà en sommeil chez la jeune femme depuis sa prime enfance.

© Gilles Penso

Thema: Tueurs
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Roman Polanski - Communauté : Cinéastes et passionnés
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  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

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