les films de David Cronenberg

Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 00:26

chromosome3(The Brood) 

de David Cronenberg (Canada) 

avec Oliver Reed, Samantha Eggar, Art Hindle, Nuala Fitzgerald, Henry Beckham, Susan Hogan

 

 

Le DVD est disponible ici

 

Il y a bien longtemps, dans une galaxie très lointaine, David Cronenberg, metteur en scène actuellement adoubé par l'intelligentsia cinéphile, réalisait d'obscures séries B gore et déviantes, ne vous en déplaise. Chromosome 3, dont on préférera le titre original, qu'on peut traduire littéralement par « la couvée », est de cette race de films tétanisants qui vous hantent à vie. La « Cronenberg touch », savant mélange entre des postulats scientifiques crédibles et des métaphores horrifiques troublantes, y fonctionne à plein régime.

 

Le sujet est passionnant : un psychiatre (Oliver Reed, solide) applique une méthode révolutionnaire pour soigner ses patients, les poussant à extérioriser et exorciser physiquement leurs traumatismes les plus profonds au cours d'éprouvantes thérapies. Mais les effets secondaires provoqués chez Nola Carveth (dérangeante Samantha Eggar) vont le dépasser complètement... Impossible d'en dire plus sans déflorer une intrigue à tiroirs absolument inédite et terrifiante. Cette matérialisation de la colère peut certes vaguement rappeler le formidable Planète interdite de Fred McLeod Wilcox, mais Cronenberg, animé par une rage toute personnelle (à l'époque en plein divorce, il fut contraint d'arracher sa fille des griffes d'une secte antipsychiatrique qui avait déjà embrigadé sa femme), défie ici toute concurrence en explosant les limites de l'horreur psychologique.

 

Le spectateur assiste, hypnotisé par le rythme lancinant et l'atmosphère dépressive, à un crescendo de séquences graphiquement traumatisantes (la scène de la cuisine, le meurtre à l'école, les enfants marchant sur la route enneigée) menant à un final totalement autre, gorgé d'images fantasmagoriques que ne renierait pas un Jodorowsky. Le tout emmené brillamment par la stridente musique d'un Howard Shore ayant retenu les leçons anxiogènes du Herrmann de Psychose ... Mais là ou un tâcheron aurait simplement cédé à une déferlante gratuite de plans sanglants, Cronenberg réalise le tour de force de lier intimement la violence la plus crasse à l'analyse psychique la plus subtile. Chaque événement dramatique, chaque sentiment exacerbé induit immédiatement une cause physique, et un rebondissement scénaristique. L'aspect émotionnel n'est pas en reste (touchante tristesse du père de Nola apprenant la mort de sa femme), l'hypocentre de l'histoire étant le déchirement d'une famille et les traumatismes de l'enfance se transmettant d'une génération à une autre.

 

Tout manichéisme est également exclus, chaque protagoniste demeurant trouble bien qu'animé d'intentions compréhensibles : le docteur Raglan cherche à faire avancer la science, mais au détriment de la morale la plus élémentaire, Nola se comporte en protectrice avec sa fille mais reproduit les erreurs de sa propre mère, Franck Carveth, l'ex-mari et « héros », est plutôt antipathique et ne pense qu'à son enfant, rejetant sans compassion aucune les problèmes mentaux de sa femme. Chromosome 3 s'impose donc comme le film le plus jusqu'au-boutiste et autobiographique de son réalisateur, qui n'aura de cesse par la suite de se renouveler, tout en creusant un sillon passionnant et identifiable entre tous.

 

© Julien Cassarino

 

Thema: Enfants

 

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de David Cronenberg - Communauté : Horrorkult.com
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Mardi 24 juin 2008 2 24 /06 /Juin /2008 22:17
(The Fly)
de David Cronenberg (Etats-Unis)
avec Jeff Goldblum, Geena Davis, John Getz, Joy Boushel, Leslie Carlson, George Chuvalo, David Cronenberg, Michael Copeman


Voir la bande annonce

Le DVD est disponible ici

Le Blu-ray est disponible ici

La bande originale est disponible ici

En 1982, John Carpenter proposait avec
The Thing un remake surprenant d’un classique de la science-fiction des années 50, contournant son prestigieux modèle en restructurant sa construction narrative et en modernisant ses thématiques. Quatre ans plus tard, David Cronenberg suit la même voie en proposant une vision très personnelle du scénario de La Mouche Noire que Kurt Neuman réalisa en 1958. Jeff Goldblum y interprète Seth Brundle, un jeune scientifique qui vient de mettre au point dans son laboratoire une invention révolutionnaire : la fameuse téléportation. Ses premiers essais sur un babouin étant catastrophiques, Brundle revoit sa copie et décide d’être lui-même le cobaye de la prochaine expérience. Il se téléporte ainsi d’un « télépode » à un autre avec beaucoup de succès. Ce n’est que plus tard qu’il réalise qu’une mouche s’est infiltrée dans le télépode pendant l’expérience.

Comme dans
The Thing, monstre et humain ne sont plus dissociés mais entremêlés en une hideuse et inexorable métamorphose, qui n’est pas sans évoquer celle, pathétique, imaginée par Kafka. L’idée de génie de cette nouvelle Mouche consiste à amener la transformation progressivement et en la délocalisant sur l’ensemble de l’organisme. Car ici, la mutation de l’homme en mouche est de toute évidence associée à une maladie progressive, avilissante, destructrice et annihilatrice. Rien n’empêche d’y voir une métaphore du sida, dont les ravages commençaient sérieusement à perturber la population au milieu des années 80. Le profil physique type des héros masculins de Cronenberg, taciturnes et intériorisés dans la lignée de James Woods, Christopher Walken, Jeremy Irons ou Peter Weller, n’est pas ici respecté par la présence de Jeff Goldblum, comédien plus populaire et fort différemment typé. Il faut voir là un choix artistique brillant, que Cronenberg imposa presque à son producteur Mel Brooks (ce dernier souhaitait ardemment donner le rôle à Pierce Brosnan).

Conforme à ce que le public attend de lui, dans le registre du grand timide maladroit un peu doux-dingue, Goldblum casse peu à peu cette image avec un talent indiscutable. Le voir se muer, psychologiquement et physiquement, en surhomme arrogant, en infirme pathétique puis en monstre effrayant, est autant perturbant pour le spectateur que pour la journaliste incarnée par Geena Davis. Et les maquillages spéciaux de Chris Walas, très surprenants, portent aux nues l’horreur organique inhérente au récit. L’un des thèmes fétiches de l’œuvre de Cronenberg, la mutation, est ainsi porté à son paroxysme, même si le cinéaste n’en assume pas tout à fait la récurrence. « Etant donné que je n’ai pas tendance à faire d’auto-analyse, je n’étudie pas mes propres films ni ne cherche à établir de comparaisons thématiques entre eux », nous avoue-t-il. « Ceci étant dit, la mutation est inhérente au processus de la vie, puisque toute notre existence est régie par le changement. Je dirais donc que, plus qu’un cinéaste attiré par la mutation, je suis un cinéaste qui puise son inspiration dans la vie elle-même. » (1) D’où d’inévitables filiations entre La Mouche et les films précédents de Cronenberg.


(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2005


© Gilles Penso

Thema: Insectes et Invertébrés

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de David Cronenberg - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

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