les films de Dario Argento

Jeudi 16 décembre 2010 4 16 /12 /Déc /2010 10:44

Oiseau plumage cristal 

 

 

(L’Uccello dalle piume di cristallo)

De Dario Argento (1969) – Italie/Allemagne

Avec Tony Musante, Suzy Kendall, Enrico Maria Salerno, Eva Renzi, Umberto Raho, Renato Romano

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Premier film de Dario Argento, L’Oiseau au Plumage de Cristal contient déjà en substance tout ce qui fera l’œuvre future du cinéaste : un recyclage du « giallo » que son mentor Mario Bava et maints autres cinéastes italiens ont longuement pratiqué (meurtres à l’arme blanche, assassins vêtus et gantés de noir, belles victimes féminines), quelques éléments thématiques et visuels empruntés à Hitchcock (en particulier à Psychose), un titre animalier poétique et mystérieux, et surtout un récit concentré sur une énigme liée à un souvenir faussé.

 

Le film se déroule à Rome et prend pour héros Sam Dalmas (Tony Musante), un écrivain américain qui assiste en pleine nuit à l’agression d’une jeune femme par un homme tout de noir vêtu, à travers la vitrine d’une exposition d’art. La galerie étant fermée, Sam ne peut porter secours à la jeune femme qui se traîne de douleur, et il n’a pu apercevoir que la silhouette de l’agresseur. Mais son intervention permet au moins à l’assassin de s’enfuir avant de tuer sa victime. Devenu témoin numéro un, l’Américain voit sa vie menacée à plusieurs reprises, tandis que le tueur en série multiplie ses victimes. Sam essaie désespérément de se souvenir précisément du meurtre, mais tout s’est passé très vite, et il sent qu’un détail important échappe à sa mémoire. Sur l’enregistrement de plusieurs coups de téléphone anonymes que reçoit Sam, la police entend en arrière plan un son répétitif, métallique, qui se révèle être le cri d’un oiseau rarissime, exposé dans un zoo à Rome. Cet élément va permettre aux enquêteurs de situer l’adresse du suspect…

 

Composant très adroitement sur le thème de l’interprétation arbitraire d’un événement aperçu brièvement, Argento renforce avec un talent alors très prometteur l’identification du public au personnage principal. « Ce qui m’intéressait dans ce film, c’était de jouer sur les à priori des spectateurs », nous explique-t-il. « Notre culture veut que si nous voyons une jeune femme en blanc lutter avec un homme tout en noir, nous pensions automatiquement qu’elle est la victime et lui l’agresseur. Cela altère nos perceptions, fausse notre jugement, et du coup nous croyons voir des choses alors qu’il n’en est rien. » (1) Ce motif deviendra récurrent dans l’œuvre d’Argento, et donnera naissance à quelques-unes de ses plus belles réussites.

 

A mi-chemin entre le récit policier et le film d’horreur, le réalisateur injecte déjà dans L’Oiseau au Plumage de Cristal un style très personnel, pas encore très marqué, certes, mais déjà fort reconnaissable. Les angles de prise de vue surprennent souvent, tout comme plusieurs rebondissements scénaristiques qui annoncent beaucoup ceux de Ténèbres. L’enquête policière, qui aurait pu emprunter la voie du classicisme, sert de prétexte à de nombreuses idées originales (la plus mémorable étant indiscutablement le bruit pendant l’appel téléphonique, qui donne au titre tout son sens, et dont l’idée sera reprise entre autres dans Peur sur la Ville de Henri Verneuil et Le Fugitif d’Andrew Davis) ainsi qu’à des scènes d’épouvante relativement tempérées en regard des futures œuvres horrifiques de Dario Argento.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 1994.

 


© Gilles Penso

Thema: Tueurs
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Dario Argento - Communauté : Ciné DVD
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Mercredi 15 décembre 2010 3 15 /12 /Déc /2010 14:13

suspiria21

 

 

de Dario Argento (Italie/Allemagne)

Avec Jessica Harper, Stefania Casini, Flavio Bucci, Miguel Bosé, Barbara Magnolfi, Susanna Javicoli, Udo Kier, Alida Valli

 

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Suspiria est la première incursion de Dario Argento dans l’univers du fantastique pur, la sorcellerie servant ici de base à l’intrigue. L’étrangeté s’y immisce d’emblée, dès l’arrivée de son héroïne Suzie (Jessica Harper) à l’aéroport. En pays étranger (elle est Américaine et vient s’inscrire dans une école de danse européenne, la prestigieuse Académie Talm), la jeune fille plonge dans un univers quasi-parallèle, ce que semble confirmer l’attitude bizarrement inquiétante des employés de l’établissement. Le surnaturel n’intervient pourtant pas tout de suite, Argento reprenant une partie des codes du « giallo » pour décrire un meurtre préliminaire extrêmement spectaculaire, au cours duquel une jeune fille est percée d’une dizaine de coups de couteau, le dernier perforant son cœur mis à nu. La victime traverse un vitrail et finit suspendue dans le vide.

 

Pour autant, le traitement de l’horreur n’a rien de réaliste dans Suspiria. Le sang y ressemble à de la peinture rouge, muant presque la violence en une abstraction, une vue de l’esprit. D’ailleurs le rouge vif est très présent dans les décors et la lumière, évoquant le titre original d’un autre classique d’Argento, Profondo Rosso (Les Frissons de l’Angoisse). Pour renforcer le caractère insolite du film, le cinéaste multiplie les cadrages inattendus, plaçant parfois sa caméra derrière une ampoule, à la place d’un verre de vin ou au-dessus d’un lavabo. Avec ce fameux premier meurtre, Argento exploite l’idée d’un témoin qui n’a aperçu que les bribes déformées d’un événement et tente d’en reconstituer le puzzle, comme dans L’Oiseau au Plumage de Cristal, récurrence que le cinéaste a toujours partagée avec Brian de Palma. On trouve également des correspondances avec l’univers de Lucio Fulci qui réutilisera plusieurs motifs de Suspiria : la pluie d’asticots (Frayeurs), l’agression du chien d’aveugle (L’Au-delà), l’attaque de la chauve-souris (La Maison près du Cimetière).

 

A pas feutrés, Suspiria bascule dans le Fantastique avec un grand F, les inquiétantes respirations nocturnes qui résonnent dans l’école de danse annonçant l’apparition furtive mais marquante d’une sorcière répondant à tous les critères physiques énoncés dans les contes des frères Grimm. « Pour moi, Suspiria est un conte de fée à la Blanche-Neige », nous avoue d’ailleurs Argento. « Voilà pourquoi on y trouve une héroïne innocente et fragile confrontée à l’adversité ainsi qu’une méchante sorcière » (1) Avec Suspiria se met en place la mythologie des « Trois Mères » que Dario Argento déclinera sur deux autres longs-métrages, Inferno et Mother of Tears. Un psychiatre que consulte Suzie lui apprend ainsi que l’Académie Talm a été fondée en 1895 par Elena Marcos, une sorcière répondant au doux surnom de « Reine Noire », avant d’affirmer avec matérialisme que « le malheur ne vient pas des miroirs fêlés mais des cerveaux fêlés ». Suspiria serait-il donc une allégorie de la folie ? A l’extraordinaire direction artistique du film s’ajoute une inoubliable bande originale du groupe Goblin, jouant sur les sonorités des boîtes à musique et les halètements oppressants, et parachevant ce que d’aucuns considèrent comme LE chef d’œuvre de Dario Argento.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 1994

 

© Gilles Penso

Thema: Sorcellerie

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Dario Argento - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Vendredi 21 novembre 2008 5 21 /11 /Nov /2008 18:34

 

 

de Dario Argento (Italie)
Avec Jennifer Connelly, Daria Nicolodi, Dalila di Lazzaro, Donald Pleasence, Patrick Bauchau, Fiore Argento

 

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Le DVD est disponible ici

 

La bande originale est disponible ici

 

On a généralement tendance à situer la période faste de Dario Argento entre 1971 et 1982, autrement dit de L’Oiseau au Plumage de Cristal à Ténèbres. Phenomena s’inscrit donc à l’aune d’une lente phase de déclin, ce qui ne l’empêche pas de regorger de morceaux et bravoures et d’idées folles dont l’auteur de Suspiria a le secret. C’est d’ailleurs Suspiria qui semble servir d’inspiration principale au film, comme si Argento cherchait un peu à réitérer le miracle de son chef d’œuvre.

 

Dans un rôle proche de celui tenu en 1977 par Jessica Harper, Jennifer Connelly (qui révèle ici son jeune talent après une petite apparition en tutu dans Il était une fois en Amérique) interprète Jennifer Corvino, la fille d’un célèbre acteur américain venue poursuivre ses études dans un collège suisse. Rudoyée par ses camarades qui lui envient sa prestigieuse parenté, l’adolescente préfère de beaucoup la compagnie des insectes avec lesquels elle a le pouvoir de communiquer. Au cours d’une crise de somnambulisme, elle est témoin d’un meurtre commis avec une arme blanche démontable et tranchante. Jennifer court alors un grave danger puisque le tueur, qui l’a aperçue, va tenter de l’éliminer. Grâce à l’aide d’un entomologiste infirme (Donald Pleasence, très touchant) et de son singe savant, elle prend conscience de l’étendue de son don et part à la recherche de l’assassin.

 

Reprenant les composantes traditionnelles du giallo (un tueur mystérieux s’en prend à d’innocentes jeunes filles), Phenomena y adjoint de nombreux thèmes empruntés à d’autres sous-genre du cinéma fantastique : les insectes intelligents (comme dans Phase IV), l’adolescente aux pouvoirs surnaturels (façon Carrie), l’enfant monstrueux matérialisant la folie meurtrière de sa génitrice (à la manière de Chromosome 3), le singe dangereusement intelligent (hérité d’Edgar Allan Poe)… Le problème est que ces motifs variés et dissemblables peinent à s’organiser au sein d’une intrigue cohérente. Noyé dans ce trop plein d’idées et d’influences, Dario Argento perd un peu de sa personnalité et oublie au passage les magnifiques effets de style qui le singularisaient. La somptuosité des décors n’a plus cours, la photographie oublie les couleurs démesurément saturées au profit d’une banale polychromie, les cadrages ont perdu de leur caractère insolite et même la bande originale, signée ici par quelques ténors du hard rock, manque de folie et d’étrangeté.

 

Reste Jennifer Connelly, qui nimbe chaque séquence de son charme naissant, et dont le personnage complexe demeure l’intérêt majeur de Phenomena. Considérée tout à tour comme une folle par ses camarades, comme un « Belzébuth maître des mouches » par la directrice de son école, comme un fascinant prodige de la nature par le vénérable entomologiste et comme une amie et confidente par les insectes, elle cristallise toutes les émotions et marque les esprits par sa différence, son refus de rester noyée dans la masse. Ce bel appel à l’individualité et à l’originalité ne fait hélas pas toujours mouche (sic), et Argento ne signe ici que l’ébauche de ce qui aurait pu être un nouveau grand opéra gore.

© Gilles Penso

Thema: Insectes et Invertébrés, Pouvoirs surnaturels, Enfants, Singes, Tueurs
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Dario Argento - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

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