les films de Joe Dante

Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 11:52

l aventure interieure,3(Inner Space)

De Joe Dante (Etats-Unis)

Avec Dennis Quaid, Martin Short, Meg Ryan, Kevin McCarthy, Fiona Lewis, Vernon Wells, Robert Picardo, Wendy Schaal

 

Le DVD est disponible ici

 

Difficile de revenir sur une réussite aussi éclatante que L'Aventure intérieure sans évoquer la folle alchimie de sa confection, donnant tout son sens à l'expression « association de talents ». Steven Spielberg producteur en premier lieu, laisse les coudées franches une fois de plus à son protégé prodige Joe Dante, forts du succès historique de leur acide Gremlins. Les deux comparses, partageant un goût prononcé du spectacle total, poussent ici le cinéma de divertissement à son paroxysme, et donc au-delà de ses limites imposées, élargissant de façon jouissive le champ des possibles.

 

Le scénario de Jeffrey Boam et Chip Proser, subtil démarquage du fameux Voyage fantastique de Richard Fleischer, permet à Dante d'inverser totalement les schémas classiques, en injectant « Dean Martin dans le corps de Jerry Lewis ». En l'occurrence, le beau gosse charismatique Dennis Quaid (Tuck Pendleton) qui se retrouve miniaturisé, prisonnier du corps du névrosé Martin Short (Jack Putter), échappé du séminal Saturday Night Live. Dès la première scène du film, la couleur est annoncée : méfiez-vous des apparences. Le mystérieux générique (rythmé par la splendide musique de Jerry Goldsmith qui livre ici l'une de ses meilleures partitions) nous montre des formes étranges qui, se dessinant progressivement, s'avèrent être les glaçons d'un verre de whisky filmés en macro. La séquence d'ouverture commence alors comme une flamboyante cérémonie militaire à la Top Gun, célébrant un courage très américain... Pour mieux se terminer en pirouette irrévérencieuse avec un Dennis Quaid complètement ivre qui fout tout en l'air dans la bonne humeur, tel un gremlin incontrôlable.

 

La note d'intention est claire : le personnage de Pendleton, c'est Dante, fauteur de troubles malicieux, tête brûlée qui n'accepte pas les règles d'un système hollywoodien trop balisé et ne peut s'empêcher de ruer dans les brancards. Mais le réalisateur est aussi un fan de cartoons doublé d'un grand timide, ce qui le lie étroitement à Jack Putter, héros malgré lui. Faisant confiance aux effets spéciaux magnifiques de l'équipe de Dennis Muren (qui récoltera un Oscar), à la photo classieuse d'Andrew Laszlo et à ses seconds rôles fétiches (Dick Miller, Wendy Schaal, Robert Picardo, Kathleen Freeman), le réalisateur maverick se lance à corps perdu dans l'aventure avec une générosité incroyable.

 

Et cette divine générosité, chez le duo Spielberg/Dante, s'accompagne d'un vrai désir de flatter l'intelligence et les sens du spectateur en variant les plaisirs à foison. Dans un joyeux désordre : références à Chuck Jones, évidemment (qui se fend d'un caméo), au cinéma parano des 60's (impayable Kevin McCarthy), gags visuels percutants et punchlines imparables en cascade, méchants de BD hauts en couleurs (Vernon Wells en tueur multi-fonctions, idée de Spielberg pour le premier Indiana Jones ; Robert Picardo en cowboy musulman halluciné), courses poursuites endiablées, combat à l'intérieur d'un corps humain (grand moment de pure SF), folie cartoonesque débridée (les méchants réduits à l'état de lilliputiens, Jack Putter prenant les traits du cowboy en passant par de multiples visages absurdo-horrifiques), amitié virile et romance.

 

Tout est pensé pour aller à l'essentiel, exploiter chaque possibilité du sujet, faire évoluer les enjeux dramatiques à rythme soutenu, et surtout… divertir, dans le sens le plus noble du terme. Et le but est plus qu'atteint. Le film ne trouvera étonnamment pas son public malgré d'excellentes critiques (trop hybride ?), et ne deviendra culte qu'en vidéo, préfigurant le suicide commercial couillu de Gremlins 2. Une œuvre à redécouvrir d'urgence pour mieux mesurer le cynisme calculateur des années 2000, avant qu'un énième et sage remake ne vienne pervertir sa folie salvatrice..

 

© Julien Cassarino

 

Thema: Nains et géants

 

N.B. : Félicitations à Julien qui démarre en trombe sa collaboration à notre petite encyclopédie avec cet hommage énamouré à ce chef d'œuvre survitaminé de Joe Dante !

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Joe Dante - Communauté : The SciFi Geeks
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Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 16:18

(The Howling)
de Joe Dante (Etats-Unis)
Avec Dee Wallace, Patrick MacNee, Robert Picardo, Dennis Dugan, Belinda Balaski, Kevin McCarthy, John Carradine, Slim Pickens


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Le DVD est disponible ici

Fantasticophile accompli, Joe Dante choisit avec Hurlements d’approcher le thème de la lycanthropie sous un angle à priori policier. Ainsi, le film s’ouvre sur l’assassinat mystérieux d’une dizaine de femmes à Los Angeles. Une journaliste de télévision, Karen White (Dee Wallace), enquête sur le tueur, Eddie (Robert Picardo). Sa rencontre avec le psychopathe dans une cabine de sex-shop la traumatise au point qu'elle doit, sous les conseils du docteur Waggner (Patrick MacNee), passer quelques jours dans la « colonie », un endroit sauvage et serein qu'il dirige. Là, Karen se rend compte que la pleine lune transforme tous les patients du docteur en loups-garous, y compris son mari, mordu par la belle Marsha, et Waggner lui-même, chef de la troupe.

Ce film marque une date assez importante, dans la mesure où le mythe du loup-garou y connaît un renouveau décisif, tant dans son approche thématique que dans sa mise en image. Dante s’amuse à mêler le classicisme (la pleine lune, les balles d’argent) et la modernité (le reportage télévisé, le serial killer urbain), et assume pleinement les implications psychanalytique de ses hommes-loups. Ces derniers atteignent souvent l’apogée de leur bestialité lors d’excitations sexuelles, le monstre symbolisant alors le Ça dans toute sa splendeur. Cette audace trouve un répondant dans des effets spéciaux révolutionnaires, donnant à voir des loups-garous très impressionnants, bipèdes, féroces et gigantesques.

Dès lors, il ne sera plus possible de se contenter de maquillages à la Belle et la Bête dans ce domaine. Cette charnière visuelle est due en particulier à Rob Bottin, auteur des maquillages spéciaux, qui réalise ici la métamorphose d'homme en loup la plus spectaculaire jamais vue à l'écran. Aux effets de Bottin s'ajoutent la surréaliste transformation en dessin animé d'un couple au bord d'un feu de camp, et un plan large hélas trop furtif d’un trio de lycanthropes animés image par image par David Allen. A l’origine, le film devait contenir plus de monstres animés, Joe Dante étant un fan irréductible de Ray Harryhausen. Mais les créations de Rob Bottin, tardivement achevées, se sont avérées très différentes, morphologiquement, des figurines de David Allen, ce qui posa d’évidents problèmes de raccords.

« La décision de ne pas utiliser mes plans d'animation fut douloureuse pour moi, parce que ça représentait beaucoup de travail », nous avouait tristement Allen à ce propos, « mais je suppose qu'elle était logique à une plus grande échelle. » (1) Fidèle à son habitude, Dante multiplie les clins d'œil cinéphiliques. Ainsi, il donne à ses personnages des noms de réalisateurs de films de loups-garous (Waggner, Kenton, Francis, Newfield, William Neil, Fisher, Barton, Landers), il fait apparaître des guest-stars (Roger Corman, Forry Ackerman, et surtout John Carradine) et montre un loup de Tex Avery à la télé pendant l'attaque d'un lycanthrope. En médecin ambigu, Patrick McNee s’avère étonnant, à mille lieues du John Steed de Chapeau Melon et Bottes de Cuir dont il conserve malgré tout l’impeccable charisme. Le film s'achève sur une note émouvante, spectaculaire et terriblement cynique.

(2) Propos recueillis par votre seviteur en avril 1998. Cette interview a été publiée dans son intégralité dans le livre STOP-MOTION.

© Gilles Penso

Thema : Loups-Garous
Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Joe Dante - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Samedi 3 janvier 2009 6 03 /01 /Jan /2009 13:53
(Gremlins 2, the new batch)
De Joe Dante (Etats-Unis)
Avec Zach Calligan, Phoebe Cates, John Glover, Christopher Lee, Robert Prosky, Dick Miller, Robert Picardo, Haviland Morris


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Le DVD est disponible ici

Ses Piranhas et Hurlement ayant été pris au piège du syndrome des suites ratées, Joe Dante accepta de réaliser lui-même la séquelle de Gremlins sous forme d’une parodie en totale roue libre. Déjà que le n°1 ne se prenait pas vraiment au sérieux, on imagine ici le résultat. Billy Pletzer et Kate Beringer (Zach Calligan et Phoebe Cates) ont quitté la petite ville de Kingston Falls pour New-York, où ils comptent bientôt se marier. Tous deux travaillent dans le building hyper-sophistiqué de Daniel Clamp (John Glover), un promoteur mégalomane. A la mort de son maître chinois, Gizmo s'échappe de la petite boutique de Chinatown avant sa destruction et se fait capturer par deux scientifiques qui travaillent au département recherche de l'immeuble de Clamp. Billy, qui se rend compte de la présence de son ami Mogwaï, le récupère discrètement, mais une succession de concours de circonstance entraîne à nouveau la terrible métamorphose. Bientôt, l'immeuble Clamp est envahi par une horde de Gremlins affamés.

Apparemment, Joe Dante se fait plaisir et s'amuse comme un fou. Gremlins 2 est donc un véritable défouloir, un fourre-tout où Dante multiplie les gags sous forme de clins d'œil (la silhouette de Batman occasionnée par le Gremlin volant, Christopher Lee qui porte la cosse de haricot de L'Invasion des Profanateurs de Sépulture, la version Gremlins du Fantôme de l'Opéra, les Mogwaïs jouant un remake du climax de King Kong, la reprise de la réplique « c’est sans danger ? » de Marathon Man), les références au film précédent (Kate qui s’apprête à nouveau à raconter un souvenir d'enfance sordide, le critique cinématographique qui incendie le film Gremlins), les gags liés directement au film (la pellicule qui brûle en cours de projection avant l'intervention de Hulk Hogan, remplacée pour la version vidéo par des parasites envahissant l'image et une interposition musclée de John Wayne). Il y a même de beaux hommages, comme ce Gremlin chauve-souris animé comme une gargouille échappée d’un film de Ray Harryhausen.

« La figurine était suspendue par des câbles devant un écran de rétro-projection »
, raconte l’animateur Doug Beswick. « Animer avec des câbles est très difficile. Il faut sans cesse réajuster la figurine et les câbles eux-mêmes, pour éviter les sautes de mouvement. Et il faut également peindre les câbles pour qu'ils aient la même couleur que l'arrière-plan. C'est très long. Je crois qu'il nous fallait environ une heure pour avoir une seule image ! » (1) Quant à Chris Walas, talentueux concepteur des créatures du premier Gremlins, il cède ici le pas au génial Rick Baker, qui en profite pour relooker les petits monstres et les caractériser. Car si les mogwaïs et leurs alter-egos reptiliens étaient tous assez similaires dans le film précédent, ils adoptent ici des attributs morphologiques et des personnalités très distincts. Plutôt qu'un film, Gremlins 2 ressemble à une succession de sketches liés entre eux par un minuscule scénario-prétexte, une sorte de « Muppet Show » revu et corrigé par Joe Dante, comme en témoigne ce démentiel « New York New York » final entonné par une horde de Gremlins surexcités.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998.
L'interview complète a été publiée dans le livre STOP-MOTION.

© Gilles Penso

Thema: Contes de fées, Mutations

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Joe Dante - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Dimanche 28 décembre 2008 7 28 /12 /Déc /2008 21:57
de Joe Dante (Etats-Unis)
Avec Zach Galligan, Phoebe Cates, Hoyt Axton, Polly Holliday, Keye Luke, John Louie, Scott Brady, Dick Miller, Corey Feldman

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Le DVD est disponible ici

Dans l’argot des pilotes américains, les « gremlins » sont des lutins responsables des avaries dont sont victimes les avions. Détournant ce mythe, le scénariste Chris Columbus a bâti un conte de Noël d’un genre très spécial dont s’éprit aussitôt le producteur Steven Spielberg. Il fut d’abord question d’en confier la réalisation à Tim Burton, dont les courts-métrages de l’époque (Vincent, Frankenweenie) avaient séduit le père d’E.T. Mais Burton n’ayant encore dirigé aucun long-métrage, Spielberg se tourna vers un réalisateur plus aguerri, en l’occurrence Joe Dante, remarqué par ses réjouissants Piranhas et Hurlements.

Gremlins
démarre le soir de Noël. Désireux d'offrir à son fils un cadeau exceptionnel, Rand Peltzer lui ramène un Mogwaï, sympathique petite créature poilue qu'il a achetée dans une boutique chinoise et qu'il a baptisée Gizmo. Le vénérable vendeur lui demande de respecter trois règles : ne pas l'exposer à la lumière, car elle est dangereuse pour lui ; ne pas le mouiller, car il se multiplierait ; et surtout ne pas le nourrir après minuit, car il se transformerait alors en affreux Gremlin. Hélas, par inadvertance, les trois règles sont transgressées et bientôt une nuée de monstres voraces et facétieux se met à terroriser les habitants de Kingston Falls.

Une bonne partie du succès de Gremlins repose sur le mariage heureux des univers pourtant très distincts du réalisateur et de son producteur. Les bestioles mignonnes, les enfants astucieux et les Américains moyens dans leurs maisons de banlieue hérités de Steven Spielberg se mêlent ainsi au cynisme, à l'horreur mâtinée d’humour noir et aux clins d'œil de Joe Dante. Le mixage de ces deux influences est un cocktail explosif d'action, de rire, de suspense et de folie. Du coup, le ton de Gremlins
est souvent ambigu et quelques scènes - en particulier celle où Kate raconte la mort de son père – jouent un étrange jeu d’équilibre entre la farce et le mélodrame. Remarquables marionnettes conçues par Chris Walas, les Mogwaïs sont des sortes d'E.T. en peluche dont les enfants peuvent facilement raffoler, mais leurs alter egos, les Gremlins, font carrément basculer le film dans l'épouvante, voire l'horreur.

A ce titre, la scène dans laquelle la mère de Billy est attaquée dans sa cuisine verse volontiers dans le gore (les monstres sont massacrés à coups de couteau, réduits en charpie dans un mixer ou désintégrés dans un four à micro-ondes). Féru de références cinéphiliques, Joe Dante s’en donne à cœur joie, s’inspirant des Oiseaux pour décrire l’attaque de la bourgade, emmenant ses petits monstres voir Blanche Neige et les Sept Nains au cinéma, et concoctant un climax mouvementé qui s’achève comme Le Cauchemar de Dracula. On note également les apparitions furtives de prestigieux figurants tels que Steven Spielberg, Chuck Jones, Jerry Goldsmith, mais aussi Robbie le Robot et même la machine à explorer le temps de George Pal. Derrière le délire ambiant de Gremlins s’extrait en filigrane une critique acerbe de la société de consommation et de l’incapacité, pour l’homme occidental, de préserver les merveilles de la nature sans les pervertir. D’où le discours final de Keye Luke, ouvertement culpabilisateur.

© Gilles Penso

Thema: Contes de fées, Mutations

Par Gilles Penso - Publié dans : les films de Joe Dante - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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