L'Encyclopédie du Cinéma Fantastique
(The Shining)de Stanley Kubrick (Grande-Bretagne)
Avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, Scatman Crothers, Barry Nelson, Philip Stone, Joe Turkel
Voir la bande annonce
Le DVD est disponible ici
Le Blu-ray est disponible ici
Le roman de Stephen King est disponible ici
Chaque fois qu’il s’attaqua à une facette du cinéma fantastique, Stanley Kubrick lui offrit une œuvre faisant date, que ce soit dans le domaine de la politique-fiction (Docteur Folamour), du space-opera (2001 l’Odyssée de l’Espace) ou de l’anticipation (Orange Mécanique). Systématiquement, il s’appuya sur un roman classique, et Shining, sa première incursion dans l’épouvante, ne déroge pas à la règle. Ici, l’heureux écrivain adapté est Stephen King, alors très en vogue à Hollywood grâce au succès de Carrie. Les premières images de Shining donnent d’emblée le ton. Vue d’hélicoptère, une minuscule voiture y gravit une route de montagne, aux accents d’un lugubre dies irae composé par Wendy Carlos et Rachel Elkind.
Dans la peau de Jack Torrance, un professeur et écrivain en mal d’inspiration, Jack Nicholson livre l’une de ses prestations les plus célèbres et les plus hallucinées. Pour se consacrer sereinement à l’écriture de son nouveau roman, Torrance accepte d’assurer le gardiennage d’un hôtel du Colorado pendant la saison morte, en compagnie de sa femme Wendy (Shelley Duvall) et de son jeune fils Danny (Danny Lloyd). Or ce dernier possède le « shining », autrement dit certaines capacités divinatoires. Le gigantisme de la demeure victorienne, entièrement déserte en plein hiver, commence à jouer sur les nerfs de Torrance, dont l’esprit est déjà passablement perturbé. Bientôt, Danny est frappé de visions cauchemardesques, Wendy sent couver un danger croissant, et Torrance finit par basculer dans la folie, possédé par une force maléfique qui hante les lieux. Car l’hôtel fut jadis le théâtre d’un drame sanglant, au cours duquel le gardien précédent assassina sa femme et ses deux fillettes avant de se suicider…
Il faut bien reconnaître que Kubrick ne fut pas tout à fait respectueux du texte original au moment de son adaptation, délaissant quelque peu « l’enfant lumière » du roman (dont les capacités de télépathie et de voyance représentent un véritable enjeu dramatique) pour se concentrer pleinement sur le personnage du père psychopathe. Mais paradoxalement, cette « trahison » dans la forme ne l’est guère dans l’esprit. En effet, Stephen King fut le premier à avouer : « Vampires, loups-garous, je n’y crois pas, mais je crois aux meurtriers. Je crois en l’étranger qui vient dans votre maison au milieu de la nuit, frappe à votre porte, entre et vous tue. » Car la monstruosité humaine sera toujours plus terrifiante que n’importe quelle manifestation surnaturelle.
Et comment rêver mieux que Jack Nicholson, le regard fou et les babines retroussées, pour incarner cette incarnation de l’ogre ou du grand méchant loup des contes pour enfants ? Pour aller jusqu’au bout de l’approche psychanalytique, Shining s’achève dans un labyrinthe, lieu ô combien symbolique où l’enfant pourra enfin « tuer le père ». Entre-temps, Kubrick nous aura asséné des visions inoubliables, comme ces centaines de feuilles sur lesquelles Torrance a tapé à la machine le mot « meurtre », l’inscription « Red Rum » qui s’avère être une anagramme de « Murder », l’apparition des deux jumelles mortes dans le couloir de l’hôtel ou cette vision récurrente du hall inondé par des hectolitres de sang.
© Gilles Penso
Thema: Fantômes et Maisons Hantées, Pouvoirs Surnaturels
Lun 30 jun 2008
6 commentaires
Voilà un film extraordinaire : une situation qui parait classique, et tout bascule dans la folie, avec une mère désemparée et un écrivain halluciné.
Du grand cinéma !
Yohan - le 30/06/2008 à 23h04
Pour moi c'est l'un des premiers films de ce genre que j'ai vus et il y a deux passages qui m'avaient particulièrement angoissée : le moment où le gamin fait du tricycle dans les couloirs et le moment où le héros écrit des millions de fois la même phrase sur des feuilles... brrrrr, effrayant.
Beatrice - le 02/07/2008 à 18h40
Ou l'art de faire peur avec des choses simples…
Gilles Penso
Voilà un avis ô combien intéressant sur ce film culte !!
Surtout que les adaptations de Stephen King (j'en suis fan) sont rarement excellentes...
Ce film est terrifiant, et Jack Nickolson névrosé à souhait.... Il faudrait d'ailleurs que je le revois ;-)
Bisous,
Bool
Bool - le 03/07/2008 à 10h46
Je pense que le film n'a pas vieilli, et qu'il se bonnifie même à chaque visionnage. Si tu as l'occasion de le revoir bientôt, tu me diras s'il fonctionne toujours aussi bien.
Gilles Penso
Un must, un film culte.
BBK.mel - le 06/07/2008 à 09h24
J'ai toujours trouvé ce film supérieur au roman de King dont j'apprécie pourtant certaines oeuvres. L'un des rares films à m'avoir réellement fait frémir...
Grisé - le 13/08/2008 à 19h32
Jack Nicholson fait parti de ces grands acteurs irremplaçables et inimitables...
Un film exeptionnel qui montre que l'on n'a pas besoin d'une ambience sombre pour faire peur...
Art Vandelay - le 04/11/2008 à 17h40