L'Encyclopédie du Cinéma Fantastique

de Peter Jackson (Etats-Unis / Nouvelle-Zélande)
Avec Adrien Brody Naomi Watts, Jack Black, Andy Serkis, Thomas Kretschmann, Colin Hanks, Kyle Chandler, Jamie Bell


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L’histoire
d’amour entre Peter Jackson et King Kong date de l’époque où le cinéaste était encore bambin. « Je n’allais pas souvent voir de films à l’époque, parce que nous vivions à trente kilomètres du cinéma le plus proche et que mes parents n’étaient pas très cinéphiles », raconte-t-il. « Je me suis donc rabattu sur la télévision, où j’ai découvert King Kong alors que j’avais neuf ans. Ce film m’a marqué et m’a donné le goût de l’évasion. » (1) La carrière de Jackson fut tout entière hantée par ce film-monstre, et si Mon Ami Joe et le Godzilla de Roland Emmerich n’avaient pas pointé le bout de leur museau à la fin des années 90, il se serait lancé dans ce remake avant d’entamer la trilogie du Seigneur des Anneaux. Mais force est de reconnaître que son voyage au pays de Tolkien a fait mûrir l’homme, le poussant vers une écriture et une mise en scène plus complexes que prévues. Le premier parti pris fort consiste à situer le récit dans son contexte historique initial. Les premières séquences de ce King Kong s’attardent donc sur un New York rongé par la dépression, et nous familiarisent avec des personnages prolongeant habilement les problématiques abordées en 1933.

Ann Darrow est toujours une actrice au chômage, mais nous découvrons la richesse de son registre comique et acrobatique (qui servira plus tard, lors de ses relations de « jeu » avec Kong). Carl Denham, cinéaste intrépide et roublard, a été rajeuni, calquant ses caractéristiques physiques et son bagout sur Orson Welles. Quant à Jack Driscoll, le jeune premier beau et musclé, il voit chacune des facettes de sa personnalité redistribuées à divers protagonistes. Le machisme brut appartient désormais au capitaine Englehorn, le charisme de meneur d’homme a été confié au second Hayes et l’autosatisfaction béate est l’apanage du jeune premier Bruce Baxter. Du coup, le Driscoll du film est devenu en auteur de théâtre sensible et réservé arrondissant ses fins de mois en écrivant des scripts pour Denham.

L’accent est donc mis en priorité sur les protagonistes humains, pour mieux faire vaciller leurs certitudes et exacerber leurs caractères lors du plongeon dans le fantastique. Et de ce point de vue, Jackson ne se limite guère, imaginant de toutes pièces de nouvelles séquences d’action (le navire coincé entre les récifs, la cavalcade des sauropodes, la poursuite en taxi), réinterprétant l’une des plus célèbres scènes coupées de l’époque (l’attaque des abominations rampantes dans le puits) et décuplant l’impact de celles que nous connaissons déjà (notamment le célèbre combat de Kong contre pas moins de trois allosaures affamés !). Kong lui-même a bien changé depuis 1933. Son comportement et son apparence physique imitent à la perfection les vrais gorilles, et ses expressions faciales offrent une richesse et une variété incroyables.

A vrai dire, tout se passe comme si ce King Kong relatait les faits bruts tels qu’ils se seraient réellement passés, celui de 1933 en étant la réinterprétation glamour et hollywoodienne. D’où le clin d’œil à la scène romantique entre Fay Wray et Bruce Cabot et surtout la réutilisation de la musique de Max Steiner lors de l’exhibition de Kong à Broadway (avec en prime les mêmes costumes d’indigènes que dans le film original). Le King Kong de Peter Jackson est donc avant tout un hommage ému au classique de 1933, mais aussi une relecture tour à tour grandiose, effrayante, drôle et touchante du mythe de la Belle et la Bête, agrémentée d’un parallèle inattendu avec  « Au Cœur des Ténèbres » de Joseph Konrad.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en décembre 2009


© Gilles Penso

Thema: Singes,
Dinosaures, Araignées
Dim 6 jui 2008 5 commentaires
Excellente analyse ! C'est vraiment un chef-d'oeuvre que j'attends énormément en blu-ray (il avait même faillit me faire acheter un lecteur HD-DVD). Sacré Peter ! Et j'attends encore plus la sortie de Bilbo de Guillermo qui est déjà pour ma part cultissime, avant même d'être tourné ^-^ ... HS: j'ai ajouté ton superbe site dans les liens du mien ;-).
François - le 08/07/2008 à 03h18
Merci pour le compliment ! N'hésite pas à nous faire part de tes impressions lorsque tu auras visionné KING KONG en blu-ray.
Gilles Penso
Le film était assez jolie, je l'ai trouvé très "poétique", mais ce qui gâche ce sont les longueurs, qui ralentissent le rythme et l'histoire, voir qui décrédibilise le film ... je fais référence au "milieu" du film, quand ils sont encore sur l'île à la rechercher d'Anne, et qu'ils affrontent tant de monstres ... ça ne devient qu'une surenchère d'effets spéciaux qui n'est pas utile au récit .... A part le film est agréable, les acteurs sont bons (j'ai bcq apprécie de voir Jack Black dans un rôle non comique, où il s'en tire aussi bien) et la photographie sublime. Pas le meilleur film de Jackson à mon goût, mais une œuvre à voir quand même.
Elenwee - le 11/07/2008 à 08h45
Halalalaaaaaa , King Kong !!! Le film qui m'a arraché des larmes 45/50 minutes avant la fin dans une salle bondée, je tentais vainement de retenir mes snifouillages de femelle sensible afin de ne pas importuner mes congénéres ... L'histoire est toujours aussi efficace , la vision de Jackson est trés belle même si un poil plmobée par une surenchére de bastons / effets spéciaux qui font tourner la tête ... Récemment j'ai revu le film de 1976 avec Jessica Lange et Jeff Bridges et j'avoue avoir éclaté de rire , il a un regard méchamment libidineux le grand poilu dans ce film la !!!!
Gally - le 11/07/2008 à 20h46
Celui de 1976 est assez ringard à mes yeux, mais j'adore celui de Jackson, et l'original de 1933 reste un chef d'œuvre absolu.
Gilles Penso
Je dois avouer avec une certaine honte que j’ai découvert le King Kong de Jackson seulement... aujourd’hui, en DVD. Oui, je sais, pardon, je ne recommencerais pas...

Et force est de constater que, malgré certaines erreurs flagrantes et surprenantes (la fuite-slalom entre les pattes des sauropodes et la facilité avec laquelle les petits hommes immobilisent le grand Kong alors qu'il vient de foutre une raclée monumentale à trois allosaures affamés et des chauves-souris géantes), la re-lecture de ce classique par notre vénéré ami Peter est un putain de spectacle.

Tout ce qui fait un grand film y est, à profusion et parfaitement maîtrisé, comme d’habitude. Et ça fait du bien. Monsieur Jackson, merci !


P.S. : Dommage que le sieur Emmerich n’est pas su attendre et apprendre avant de massacrer notre petite bébête nucléaire préférée, j’ai nommé Godzilla.
Airone - le 19/04/2009 à 01h08
J'ai trouvé qua dans ce film, une des révélation était le petit Jamie Bell.
Force est de constater qu'il a déjà brillé de façon étonnante dans par exemple "The Chumscruber".
Je vous le conseille vivement afin de découvrir cet artsite mal connu qui a pourtant un réel talent. (Voir aussi "Dear Wendy" où il interprète un personnage totalement différent.)
Valérie - le 26/12/2010 à 18h49

Il s'est surtout révélé dans l'excellent BILLY ELIOTT. Et bientôt, ce sera le Tintin de Spielberg et Jackson !

Gilles Penso