L'Encyclopédie du Cinéma Fantastique

de Andy et Larry Wachowski (Etats-Unis)
avec Keanu Reeves, Laurence Fishburne, Carrie-Anne Moss, Hugo Weaving, Gloria Foster, Joe Pantoliano


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Férus de comic books, de jeux vidéo et de culture cyberpunk, et forts du succès de leur premier film Bound, Andy et Larry Wachowski se sont lancés dans une trilogie de SF ambitieuse dont Matrix constitue le premier volet. Son héros, Thomas Anderson (Keanu Reeves), occupe son temps libre en jouant aux pirates informatiques, sous le surnom de « Neo ». Un jour, contacté par l’énigmatique Morpheus (Laurence Fishburne), il découvre que le monde dans lequel il vit n’est qu’une façade… La révolution apparente que représentait Matrix au moment de sa sortie, entretenue par son phénoménal succès, n’est en réalité qu’illusoire, à l’image de la Matrice dans laquelle s’ébattent ses héros.

 

Car le concept initial, beaucoup plus sommaire qu’il n’en a l’air, emprunte toutes ses idées ailleurs et se contente de les recycler. On pourrait le résumer en une phrase : les machines se sont révoltées contre les humains (comme dans Terminator) et les ont entretenus dans un monde virtuel en leur inventant des identités (comme dans Dark City), jusqu’à ce qu’un groupe de résistants ne se mette en quête de l’Elu pour renverser ce régime tyrannique (comme dans Dune)… Certes, la recomposition de motifs thématiques préexistants est inhérente à tout processus créatif, et nous a offert quelques chefs d’œuvre de la science-fiction sur grand écran, la trilogie Star Wars en étant un exemple frappant. Mais ici, les influences semblent juxtaposées plutôt que réappropriées, et l’intérêt du film s’en ressent.

 

Pourtant, Matrix collecte les idées visuelles surprenantes, comme cette image vertigineuse de milliers d’humains retournés à l’état fœtal et reliés à une monstrueuse machine par un cordon ombilical artificiel. Mais l’intrigue du film souffre de son extrême linéarité, que les auteurs s’efforcent de briser par une narration complexe. Résultat : le récit devient accidenté et chaotique. Pour s’assurer que le public ne perd pas le fil, le scénario attribue au personnage de Morpheus des pavés de dialogues censés nous expliquer le mode d’emploi de ce monde virtuel. Le tempo du film se ralentit donc dangereusement en de nombreux moments, et les séquences d’action spectaculaires servent plus à rattraper les pertes de rythme qu’à faire avancer le récit.

 

Celles-ci, avouons-le, sont extrêmement efficaces, puisant leur inspiration dans le cinéma de Hong-Kong (Bruce Lee, Jackie Chan et John Woo en tête) et dans le jeu vidéo. Servies par des effets spéciaux étourdissants et un découpage virtuose, ces séquences de combat vertigineuses ont marqué une date historique dans le cinéma d’action, instaurant une nouvelle référence. C’est là que réside la révolution de Matrix, et là seulement. Du coup, le combat en apesanteur de Carrie-Anne Moss dans la scène d’intro (qui reprend une grande partie du découpage de l’ouverture de Sueurs Froides), le ralenti qui accompagne Neo pendant qu’il évite les balles tirées par l’agent Smith, la bataille dans le métro ou l’assaut dans le hall de la police resteront dans toutes les mémoires. Pour le reste, on préfèrera les facéties visuelles et narratives de Bound, mille fois moins tape à l’œil et mille fois plus audacieux.

© Gilles Penso

Thema: Mondes virtuels et parallèles,
Robots

Sam 22 nov 2008 5 commentaires
J'avais adoré lorsque je l'avais à sa sortie et avec le recul c'est essentiel grâce aux belles images et aux scènes d'action, l'histoire en elle même étant bien creuse. Et on ne va pas parler des deux suites qui sont très décevantes...
niko - le 22/11/2008 à 22h17
Fan des frères Wachowski et de cette trilogie tout particulièrement, Matrix a démocratisé le renouveau numérique dans les films de science-fiction (même si Dark City en était le précurseur). Indissociable de ces deux suites controversées mais pourtant essentielles à l'histoire, ce premier volet se concentre sur la grande question : "Qu'est-ce que la Matrice?"
Neopollux - le 24/11/2008 à 02h08
Pour moi, c'est une référence des films cyber-punk. J'ai adoré la trilogie des frères Wachowski.
Sebiwan - le 24/11/2008 à 14h35
Fresque messiano-philosophique lourdingue ou cheval de Troie des nouvelles technologies, Matrix restera modestement une tentative de vulgarisation de l’univers plus hermétique et passionnant de Mamoru Oshii. C'est lui qui amena le nouveau souffle au cyberpunk quatre ans plus tôt avec GHOST IN THE SHELL. La rencontre du monde des frères Warchowski avec l’animation japonaise a bien eu lieu avec les très variés ANIMATRIX, série de courts métrages inégales mais bien plus intrigante que la trilogie toute entière. Sinon les innombrables parodies en surfant sur les défauts de ses qualités l’ont rendu vraiment culte.
Jaco - le 05/07/2009 à 00h16
Sans vouloir vexer qui que se soit, il semble que certaines choses concernant Matrix vous ai échappé. Je vous conseille cette très brillante analyse sur ce site, vous ne serez pas déçu j'en suis convaincu : http://www.matrix-happening.net/
Gunslinger - le 22/09/2011 à 02h57

Excellente analyse, dont j'avais déjà pris connaissance, et qui pousse très loin - trop loin ? - le décorticage d'un film qui reste pourtant, à mes yeux, extrêmement superficiel sous ses allures de "petit guide illustré de la philosophie". Mais je sais qu'une polémique oppose depuis longtemps les détracteurs et les amoureux de l'œuvre des Wachowski. laissons donc ouverte la discussion, et merc pour le lien.

Gilles Penso